L'Algérie 10 ans après le putsch    
Les droits humains: Un bilan désastreux 

Chronologie d’une tragédie cachée

( 11 janvier 1992 – 11 janvier 2002 )

Salah-Eddine Sidhoum, publiée par Algeria-Watch, 11 janvier 2002

Cette chronologie, loin d’être exhaustive, a été rédigée sur la base d’informations de la presse nationale et internationale, des agences de presse, des témoignages de citoyens et de faits vécus par l’auteur. Elle retrace jour après jour la tragique guerre imposée à la population par les putschistes du 11 janvier 1992 avec son lot de morts, de blessés, de souffrances et de destructions. Notre intention n’est pas de dresser une indécente comptabilité macabre mais de simplement montrer à l’opinion publique qu’une véritable guerre se déroule en Algérie, guerre que les factieux auraient voulu - par une politique de désinformation et de manipulation - mener à huis-clos et cacher au monde.

1997
(jan-juin)
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1998
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1992

 

11 janvier 1992 : Coup d'Etat militaire contre la volonté populaire exprimée à travers le suffrage universel lors du premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991. Le second tour qui devait se dérouler le 16 janvier 1992 n’aura jamais lieu. Démission-déposition de Chadli Bendjedid. Apparition de blindés devant les principaux édifices publics au niveau de la capitale.

12 janvier 1992 : Dans un communiqué, la direction provisoire du FIS appelle le peuple algérien à protéger son projet et son choix.
Vaste opération d’arrestations nocturnes de militants du courant islamique. On parle d’un millier d’arrestations pour les deux seules dernières journées.

14 janvier 1992 : décret instituant le HCE (Haut Comité d’Etat), comité non prévu par la constitution, composée de 5 personnes (Khaled Nezzar, ministre de la Défense ; Ali Kafi, président de l’Organisation des Moudjahiddines ; Ali Haroun, ministre des Droits de l’Homme ; Tidjani Haddam, recteur de la mosquée de Paris et Mohamed Boudiaf qui présidera cette nouvelle formation. Les textes portant sur la création du HCE prévoient son existence jusqu’à la fin du mandat du Président déchu Chadli Bendjedid, en décembre 1993. Durant cette période transitoire, un Conseil consultatif national (CCN), ersatz du parlement dissous est prévu. Il n'aura que des prérogatives vagues et aucun pouvoir légiférant.
Lors d'une conférence de presse au Luxembourg, François Mitterrand qualifie l'arrêt du processus électoral "d'acte pour le moins anormal".

15 janvier 1992: Le FLN et le FFS condamnent l'anti-constitutionnalité du HCE.

16 janvier 1992 : Retour de Mohamed Boudiaf en Algaérie après 29 ans d’exil. Il prend la tête du HCE issu du putsch du 11 janvier. Ses véritables amis s'interrogent et s'inquiètent de son engagement précipité dans ce processus putschiste, d'autant plus qu'au lendemain du 1er tour, il déclarait dans la presse qu'il fallait laisser le FIS gouverner.
Le FIS, le FLN et le FFS exigent le retour à la légalité constitutionnelle.

17 janvier 1992 : Près de 500 militants du FIS dont de nombreux élus sont arrêtés durant les dernières 48 heures par les services de sécurité.

18 janvier 1992 : Rappel de l'ambassadeur d'Algérie en Iran suite aux vives critiques du gouvernement iranien au lendemain du coup d'Etat des généraux d'Alger.

19 janvier 1992 : Les 188 élus du FIS lancent un appel à l'opinion publique nationale et internationale pour un retour à la légalité constitutionnelle.
Un militaire tué et deux gendarmes blessés selon la presse à 20 Kms d'Alger.

21 janvier 1992 : Un gendarme tué à Lakhdaria (Bouira).

22 janvier 1992 : Arrestation de Abdelkader Hachani, président du bureau provisoire du FIS pour avoir diffusé un communiqué appelant l'armée à respecter le verdict du suffrage universel.

23 janvier 1992 : Arrestation de huit journalistes du quotidien El Khabar suite à la publication d'un encart publicitaire de Abdelkader Hachani appelant l'armée à respecter le verdict du suffrage universel.

24 janvier 1992 : Affrontements sanglants à la sortie des mosquées, après la grande prière du vendredi, sur pratiquement tout le territoire national (Alger, Annaba, Batna, Chlef, Constantine, Khenchela, Laghouat, Médéa, Oran, Saïda, Sidi Bel Abbés, Tlemcen). L'armée tire sur la foule : 30 morts sont dénombrés.
De violents affrontements ont lieu à la Mosquée Essunna de Bab El Oued : un mort.

25 janvier 1992 : Quatre journalistes espagnols sont arrêtés puis expulsés pour avoir interviewé des islamistes.
Poursuite des arrestations nocturnes de militants et sympathisants du courant islamique dans les quartiers populaires.

28 janvier 1992 : Arrestation par les services de sécurité de Rabah Kebir, membre de la direction politique du FIS, pour "incitation à la rébellion contre l'autorité".
Arrestation d'un certain Tayeb El Afghani, responsable présumé de l'attaque de la caserne de Guemmar.

29 janvier 1992 : Manifestation de citoyens dans le quartier de Bachdjarah (Alger) pour protester contre la répression. L’armée tire sur la foule : un mort.

31 janvier 1992 : Deuxième vendredi consécutif d'affrontements à la sortie des mosquées. Des morts et des blessés sont encore une fois à déplorer.
On parle de plus en plus de constitution de maquis.

Février 1992 : Dans un rapport concernant la situation des droits de l'homme en Algérie, Human Rights Watch :
- condamne le coup d'Etat survenu le 11 janvier 1992.
- dénonce les arrestations des militants islamistes et de vingt et un journalistes.
- exige la levée de l'état d'urgence et la poursuite du processus démocratique.
- exige la libération des responsables du FIS et plus particulièrement Abdelkader Hachani et Rabah Kebir.

4 février 1992 : Le FIS réclame la levée des mesures restrictives contre les mosquées et la libération de ses dirigeants. Il appelle la communauté internationale à boycotter le HCE.

5 février 1992 : Nombreux mouvements de protestation dans les universités algériennes pour dénoncer le coup d'Etat du 11 janvier.

7 février 1992 : Poursuite des manifestations à travers le territoire national contre le coup d'Etat. De nombreux morts sont signalés selon des sources hospitalières.
De nombreux jeunes seraient passés dans la clandestinité ou rejoint les maquis pour échapper aux arrestations massives et à la déportation dans les camps de concentration du Sud.
Les autorités annoncent l'ouverture de 7 centres de détention (camps de concentration) dans le sud algérien.

4 au 8 février 1992 : Soulèvement populaire dans le quartier de Bouakal à Batna. L'armée encercle les cités et ouvre le feu en donnant les blindés : 52 morts dont sept enfants.

8 février 1992 : Arrestation de l'imam Moghni, député du FIS à Bab El Oued (Alger).

9 février 1992 : Instauration de l'Etat d'urgence

10 février 1992 : Six policiers sont assassinés à la rue Bouzrina, dans la Casbah d'Alger. Selon la presse privée, cette action serait l'oeuvre d'un groupe armé dirigé par Allal Mohamed dit Moh Leveilley.

13 février 1992 : Des hommes armés attaquent l’Amirauté d’Alger : Dix morts dont sept militaires, un policier et deux assaillants.

14 février 1992 : Quatrième week-end de manifestations contre le Coup d'Etat, la répression et l'ouverture des camps de concentration.
Le commissariat de la Casbah est attaqué par des islamistes armés : un policier tué.
Des militaires cagoulés attaquent au lance-roquettes une maison de la Casbah d'Alger : cinq citoyens meurent calcinés.

16 février 1992 : Deux gendarmes blessés à Alger.

17 février 1992 : Ouverture des centres de concentration du sud. Ils accueilleront au fil des mois plus de 15 000 opposants politiques du courant islamique.

18 février 1992: Le "ministre" des Droits de l'Homme avance le chiffre de 5000 arrestations parmi les militants du FIS.

22 février 1992 : Le FIS annonce l'arrestation de près de 14 000 de ses militants.

23 février 1992 : La LADDH exige la fermeture des camps de concentration ouverts dans le sud algérien.

27 février 1992 : L'UEA (union des étudiants algériens), proche du FIS, appelle à une grève générale jusqu'au 4 mars pour protester contre le coup d'Etat et pour le respect du choix populaire.

1er mars 1992 : Selon le Mouvement Universitaire pour le Respect du choix populaire, au moins un millier d'étudiants auraient été interpellés au cours des manifestations estudiantines de la semaine écoulée.

3 mars 1992 : Le tribunal de Tlemcen prononce la peine capitale contre 3 citoyens pour « terrorisme »

3 mars au 3 juin 1992 : Les tribunaux à travers le territoire national prononcent 26 condamnations à mort.

4 mars 1992 : Dissolution du FIS par la chambre administrative du tribunal d'Alger. Tous les observateurs s"accordent à dire qu'il s'agit d'une décision politique imposée par les auteurs du coup d'Etat.

16 mars 1992 : Selon un décompte officiel, soixante dix civils auraient été tués en deux mois (12 janvier - 12 mars 1992) lors des manifestations contre le coup d'Etat militaire. Des sources hospitalières parlent de 197 morts.

17 mars 1992 : Le FLN demande aux autorités la fermeture des camps de concentration du sud.

19 mars 1992 : Attaque d'un poste de police à Constantine. Pas de victimes.
Rassemblement de familles de déportés dans les camps du sud, devant le Palais du gouvernement pour protester contre les conditions inhumaines de détention de leurs proches.

20 mars 1992 : 2996 citoyens sont déportés au camp de concentration de Reggane

28 mars 1992 : Deux militaires sont tués près de l'aéroport d'Alger.
Des informations rapportent la mort de 17 déportés au camp de concentration de Reggane.

29 mars 1992 : Décret portant dissolution des APC (Assemblées populaires communales) dont 397 du FIS, 28 du FLN et 7 indépendantes et des APW (Assemblées populaires des wilayas) dont 14 du FIS.

30 mars 1992 : Un policier blessé à Blida.
Le général Lamari, chef des forces terrestres démis de ses fonctions par Boudiaf. Il sera repêché et nommé quelques jours plus tard conseiller au ministère de la Défense.

31 mars 1992 : Libération de Rabah Kebir, qui bénéficie d'un non-lieu.
Un policier tué à Boufarik (Blida).
Libération de 400 déportés des camps de concentration du sud.

1er avril 1992 : À ce jour près de 7000 citoyens auraient été arrêtés par les services de sécurité dans le cadre de la vaste campagne de répression touchant le mouvement islamique.

2 avril 1992 : Mise en résidence surveillée à Collo de Rabah Kebir, responsable du FIS.

3 avril 1992 : Un lieutenant de la marine est blessé à Tamentefoust (Alger).

12 avril 1992 : Le camp de concentration de Aïn M'guel compte 1100 déportés.
Ouverture du procès des dirigeants du FIS au tribunal militaire de Blida. Il sera reporté ensuite au mois de juin.

15 avril 1992 : Le commandant de la gendarmerie nationale déclare à la presse :" Les deux tiers du travail de démantèlement des groupes subversifs ont été accomplis. Sur les 224 terroristes que nous pourchassions, il en reste à peine 80 en liberté, désormais isolés et acculés."

18 avril 1992 : Le procureur général de Blida échappe à un attentat.

19 avril 1992 : Le général Khelifa Rahim succède au général Lamari au poste de chef des forces terrestres.

26 avril 1992 : Début du procès des auteurs présumés de l'attaque du poste frontalier de Guemmar. 62 personnes sont inculpées dans cette affaire.

28 avril 1992 : Début du procès des auteurs présumés de l'attaque de l'Amirauté d'Alger. Parmi les 8 accusés, figurent 7 militaires.
La Cour Suprême d'Alger confirme la dissolution du FIS. Ce dernier, dans un communiqué appelle ses militants au calme et se déclare attaché à la légalité.

6 mai 1992 : Bombe à l'université de Constantine : 3 morts.
Fin du procès des auteurs présumés de l'attaque du poste frontalier de Guemmar. Sur les 62 accusés, 13 seront condamnés à mort et 16 acquittés.

12 mai 1992 : Fin du procès des auteurs de l'attaque de l'Amirauté d'Alger : 3 condamnations à mort dont une par contumace.

15 mai 1992 : Mohamed Saïd, membre de la direction provisoire du FIS condamné par contumace à 10 années de prison par le tribunal militaire de Blida.

21 mai 1992 : Vaste opération militaire à Lakhdaria (Bouira) contre les maquis nouvellement constitués.

22 mai 1992 : Vaste opération de ratissage dans la région de Zbarbar (Lakhdaria) où 1500 militaires équipés de lance-roquettes et appuyés de plusieurs hélicoptères sont mobilisés. Le premier bilan fait état de 10 morts dont deux militaires selon la presse privée.

26 juin 1992 : Amnesty International dénonce la torture et les arrestations arbitraires.

28 mai 1992: Création de trois nouveaux tribunaux militaires à Béchar, Ouargla et Tamanrasset.

3 juin 1992 : Le FFS appelle à une réconciliation historique.

18 juin 1992 : Le général Belkheir, « ministre » de l'Intérieur déclare :"Les services de l'ordre ont réussi à déloger d'Alger et des grandes villes les hors-la-loi islamistes, ce qui explique leur retrait vers les zones montagneuses."
Attentat à l'hôpital Selim Zmirli d'El Harrach (Alger) : un jeune infirmier de l'établissement poignarde un gendarme au pavillon des urgences. Ce dernier décédera quelques heures plus tard.

22 juin 1992 : Boudiaf installe le Conseil Consultatif National. C’est un semblant de parlement dont les membres sont désignés par le pouvoir militaire. Il est présidé par Rédha Malek. Parmi les 60 membres, figurent de nombreux ex-candidats aux élections législatives avortées de décembre 1991, rejetés par le suffrage universel.

24 juin 1992 : Le FFS appelle à un contrat national et à la tenue d'une conférence pour la "surveillance de la transition"

28 juin 1992 : Le général Nezzar déclare à la presse que "les déserteurs se comptent sur les bouts des doigts".

29 juin 1992 : Mohamed Boudiaf, président du HCE, comité issu du Coup d'Etat du 11 janvier 92, est assassiné à Annaba. Son garde du corps, Lembarek Boumaarafi, sous-officier des groupes d'interventions spéciales de l’armée est arrêté. De nombreux témoignages précisent que ce dernier ne serait pas le seul tireur. L’un de ceux qui auraient tiré sur Boudiaf aurait été tué. Son cadavre aurait été transféré rapidement par les services spéciaux sur Alger.

2 juillet 1992 : Le général Nezzar reçoit Abdelhamid Mehri (FLN), Hocine Ait Ahmed (FFS) et le Dr Ahmed Taleb El Ibrahimi.
Ali Kafi est désigné en remplacement de Boudiaf par le conclave des généraux. Rédha Malek est introduit comme nouveau membre du HCE.

4 juillet 1992 : Cinq policiers tués lors d'une embuscade à Boudouaou (Boumerdés).
Un responsable de la municipalité de Boufarik (Blida) est blessé par balles.
Le directeur du bagne de Serkadji est blessé par balle.
Installation de la commission chargée "d'enquêter" sur l'assassinat de Boudiaf. Elle est présidée par Bouchaib.

5 juillet 1992 : Cinq généraux sont élevés au grade de généraux major (Lamari, Djouadi, Khelifa Rahim, Djenouhat et Derradji).

8 juillet 1992 : Belaid Abdeslam remplace Ghozali comme chef du gouvernement.

10 juillet 1992 : Le FIS se déclare prêt à dialoguer avec le HCE.

12 juillet 1992 : Ouverture du procès des dirigeants du FIS devant le tribunal militaire de Blida en l'absence des accusés et de leurs avocats qui récusent cette parodie de justice. Abassi Madani et Ali Benhadj seront condamnés à 12 ans de prison.

16 juillet 1992 : Le FIS appelle la population à refuser le verdict inique prononcé contre ses chefs par le tribunal militaire de Blida. Manifestation de protestation à Constantine: un mort et quatre blessés.

17 juillet 1992 : Violentes manifestations à Bab El Oued et Belouizdad (Alger) pour dénoncer la condamnation des chefs du FIS. Des morts et des blessés sont à signaler. D'autres manifestations ont lieu à El Oued, Batna et Jijel.

21 juillet 1992 : Le camp de concentration de Ouargla compte 900 déportés.

22 juillet 1992 : Dans un article d'un hebdomadaire français Le Canard Enchaîné, sur la situation de guerre larvée qui se développait insidieusement depuis un mois, on pouvait lire : "Pour beaucoup, l'Algérie tient aujourd'hui du bateau ivre et les preuves ne manquent pas. L'inconcevable est arrivé, les deux piliers du régime actuel, les services de police et ceux de l’armée, se déchirent à belles dents et en public. C'est une première, la polémique se développe par journaux interposés et aussi grâce aux rumeurs."

23 juillet 1992 : un capitaine de gendarmerie est tué à Lakhdaria (Bouira).
Le FIS appelle les militaires fidèles à l'Islam, à s'opposer aux "généraux traîtres".

24 juillet 1992 : Imposante manifestation à la sortie de la Mosquée à Berrouaghia. Participation de femmes et d'enfants réclamant la libération de leurs époux et de leurs pères.

28 juillet 1992 : Fermeture selon les autorités de trois des sept camps de concentration du sud.

30 juillet 1992 : Dans un article sur la mort de Boudiaf, le correspondant de l'hebdomadaire Jeune Afrique (n°1647 du 30 juillet au 5 août 92) à Alger signalait déjà des faits qui seront confirmés par la suite par des militaires et policiers réfugiés à l'étranger :" Un troisième larron (de la guerre civile) agit dans l'ombre. Certaines opérations à la fois spectaculaires et meurtrières, telle celle qui a coûté la vie à plusieurs policiers en civil, début juillet, sont le fait de ces éléments incontrôlés liés à certaines factions de l'armée".

31 juillet 1992 : Premier bilan des affrontements, six mois après le coup d'Etat : 200 morts et une centaine de blessés. 15 000 citoyens sont déportés dans les camps de concentration de l'extrême sud dont 1224 enseignants et 2000 sont détenus dans les prisons.

Août 1992 : Le Monde diplomatique de ce mois s'interroge sur la situation politico-militaire de l'Algérie en guerre au lendemain de l'assassinat de Boudiaf :
" L'élection à Alger, de Ali Kafi à la présidence du Haut Comité d'Etat et la nomination de Bélaid Abdeslam à la tête du gouvernement permettront-elles à l'oligarchie politico-militaire, qui contrôle le pays depuis trente ans, de se maintenir au pouvoir? Eviteront-elles au régime de sombrer dans le chaos? Avec le général Khaled Nezzar, ministre de la Défense et homme fort du pays, ces dirigeants constituent désormais un triumvirat de choc qui n'a pas droit à l'erreur et devra très vite, réussir un triple pari : moraliser la vie publique, relancer l'économie et en finir avec le terrorisme des islamistes radicaux (...)"

1er Août 1992 : vaste rafle policière dans les milieux islamiques dans la région d’El Oued. On parle d’une quarantaine d’arrestations.
Deux policiers sont tués à Alger.

7 août 1992 : Violente intervention de la police contre des fidèles à la sortie de la Mosquée Es-Sunna de Bab El Oued : nombreux blessés. Des dizaines de citoyens sont arrêtés.

9 août 1992 : Les quotidiens La Nation, El Djazaïr El Youm et le Matin sont suspendus de parution.
La mairie de Jijel est détruite par une bombe.

20 août 1992 : Dix citoyens algériens sont tués dans une villa située à Baba Hassan suite à un assaut donné par les forces de sécurité. Il s'agirait d'un groupe armé dirigé par un certain Moh Leveilley.
Le « ministre » de l'Intérieur (Mohamed Hardi) parle, comme Robert Lacoste jadis, de "dernier quart d'heure".

25 août 1992 : Destruction d’une mosquée à El Eulma (Sétif) sous prétexte qu’elle avait été construite illégalement et qu’elle servait de refuge aux militants du FIS dissous.

26 août 1992 : Un odieux attentat à la bombe dans le hall de l'aéroport d'Alger - Dar El Beida fait 9 morts et 128 blessés. D'autres bombes explosent au même moment à Alger (agence Air France et Swissair). Quelques semaines plus tard la télévision retransmettra les "aveux" de quatre citoyens (Hocine Abderrahim, Rachid Héchaïchi, Soussène Saïd et Rouabhi Mohamed), le visage déformé par la torture. Ils « avoueront » avoir été les auteurs de cet ignoble attentat.

27 - 28 août 1992: La quasi-totalité des partis politiques dont le FIS condamne l'odieux attentat de l'aéroport.

31 août 1992 : Un procureur exerçant au tribunal d'Alger tué par des hommes armés.

2 septembre 1992 : L’armée donne l’assaut au lance-roquettes à un appartement d’une cité de Khazrouna (Blida) où étaient retranchés trois maquisards. Le bâtiment est pratiquement détruit. Trois morts sont à déplorer.

4 septembre 1992 : Des militaires tirent sur des fidèles à leur sortie de la grande prière à la Mosquée Bachir El Ibrahimi de Baraki : un jeune citoyen de 17 ans est tué. Douze autres sont blessés.

9 septembre 1992 : Belazhar, militant syndicaliste et enseignant universitaire tué à Constantine par un groupe armé.

12 septembre 1992 : Des gendarmes sont mitraillés par des hommes circulant à bord d'un véhicule à Mechraa Sfa (Tiaret).

15 septembre 1992 : La maison des jeunes de Tlemcen est détruite à l'explosif.

26 septembre 1992 : Embuscade meurtrière dans les gorges de la Chiffa (Blida) : quatre militaires tués.
Création d'un comité de coordination de la "lutte antiterroriste" et de la subversion (CCLAS) sous la direction du général Lamari.

28 septembre 1992 : Embuscade meurtrière contre une patrouille de police au quartier Maquaria (Hussein Dey) : quatre policiers tués.
Arrestation de plusieurs citoyens à Constantine, accusés d'appartenir à des groupes armés d'opposition.

30 septembre 1992 : Promulgation du décret portant création de trois tribunaux d'exception et de la loi d'exception dite loi "anti-terroriste".

1er octobre 92 : La télévision inaugure la série des « aveux » télévisés en diffusant les images de quatre citoyens dont le visage est déformé par la torture et qui « reconnaissent » être les auteurs de l’attentat de l’aéroport d’Alger.

2 octobre 1992 : Le camp de concentration de Oued En Namous compte 375 déportés.

10 octobre 1992 : Libération d'un millier de déportés des camps de concentration du Sud.

17 octobre 1992 : Un commissaire, son épouse et deux policiers sont tués dans le quartier Notre Dame d'Afrique sur les hauteurs d'Alger.

19 octobre 1992 : Deux citoyens sont tués à Boufarik ainsi que le DEC (maire non élu) de Blida durant la semaine écoulée.

21 octobre 1992 : Un tract intitulé Ettabsira, affiché dans certaines mosquées d’Alger fait état de la mort de cinq policiers dont un officier à Hussein Dey (Alger).

22 octobre 1992 : Vaste opération de ratissage dans le quartier de Bachdjarah (Alger) qui est bouclé très tôt et durant toute la journée. Participation des parachutistes à la fouille des maisons. Des tirs d’armes automatiques sont entendus.

29 octobre 1992: Fermeture du camp de concentration de Tiberghamine (Sud).

31 octobre 1992 : Deux voitures piégées explosent dans un parking du centre commercial de Riad El Feth (Alger) : plusieurs citoyens sont blessés.

1er novembre 1992 : Des militaires tirent sur la foule suite à une manifestation devant le marché de Djenan El Mabrouk (Alger) : un citoyen tué et quatre autres blessés.

3 novembre 1992 : Amnesty International adresse une "action urgente" concernant le citoyen Nadir Hammoudi, 27 ans, architecte, asthmatique arrêté par la police le 9 octobre 1992 à Alger et disparu depuis. Ce citoyen avait été séquestré durant vingt jours au commissariat de Bab El Oued et avait été sauvagement torturé.
1284 enseignants figurent parmi les déportés dans les camps de concentration de l'extrême Sud.

4 novembre 1992 : La ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) dénonce la violence, la torture, les exécutions sommaires et les atteintes à la liberté de la presse.
Les premiers témoignages de torturés nous parviennent des prisons de Serkadji et d'El Harrach.
Entrée en vigueur de la loi dite « anti-terroriste » calquée sur celle de Vichy du temps de Pétain.

13 novembre 1992 : Vaste opération de ratissage de l'armée à Khemis El Khechna, Hraoua (Boumerdés) et la forêt de Meftah (Blida). La presse parle d'un bilan provisoire de neuf morts.

14 novembre 1992 : Mouvement de protestation des détenus politiques du bagne de Serkadji contre les conditions de détention, réprimé avec brutalité par les gardiens et les renforts de gendarmerie. Plusieurs blessés sont à déplorer.
Mahi Bahi, "ministre" de la Justice est démis de ses fonctions pour avoir osé démettre de leurs fonctions certains magistrats dont le procureur général d'Alger, Abdelmalek Sayah.

15 novembre 1992 : Transfert de 26 détenus politiques du bagne de Serkadji vers celui de Tazoult. Tentative d'évasion en cours de route à Lakhdaria au lieu dit Ouled Chaaier. Plusieurs détenus seront tués.

21 novembre 1992 : Vaste opération de ratissage dans la région de Khemis El Khechna (Boumerdés). Participation des blindés et des hélicoptères. Des tirs sont entendus dans les maquis entourant le village.
Fermeture du camp de concentration de Bordj Omar Idriss (Sud).

5 décembre 1992 : instauration du couvre-feu dans sept wilayas du pays.

14 décembre 1992 : Cinq policiers sont tués à Kouba (Alger).

15 décembre 1992 : Treize citoyens qualifiés par la presse de "terroristes" sont tués à Alger et ses environs.

16 décembre 1992: Khelfi Abderrahmane, est tué à Hadjout (Tipaza) par des hommes armés.

17 décembre 1992 : Une centaine de militaires comparaissent devant le tribunal militaire de Béchar suite aux événements de Guemmar. Ils sont accusés de complicité avec les islamistes. C’est la première opération d’épuration au sein de l’institution militaire.


 

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