UN PERE DE FAMILLE INTERPELLE LES HAUTES AUTORITES DU PAYS

"Je veux faire le deuil de mon fils assassiné"

Le Soir d'Algérie, 23 avril 2007

C’est un père déterminé plus que jamais à ce que justice soit faite qui s’est déplacé hier à notre rédaction, pour «revendiquer le jugement des assassins de mon fils Tarek». «Cela fait dix années que j’ai perdu mon fils et cela fait dix années que nous souffrons et que nous n’arrivons toujours pas à faire notre deuil».
Ces propos sont ceux de Aït Saïd Hamid, le père de la victime, qui a indiqué avoir déjà «saisi à deux reprises le premier magistrat du pays en dates des 28 janvier et 16 avril 2007 pour mettre fin à ces 3800 jours et 3800 nuits de tourmente de toute une famille ». Une autre lettre, la troisième, a été transmise au premier responsable de l’institution policière et au ministre de la Justice en date du 15 mars dernier et dans laquelle le père de famille demande à nouveau d’être aidé «à faire le deuil de notre fils pour qu’enfin il repose en paix dans le royaume du Seigneur et que son âme, après 11 années d’errance, trouve le paradis». Dans le même document, il se demande «qui a encore intérêt à manipuler la justice et à protéger des assassins reconnus au moment où les petits voleurs de portables sont condamnés à la prison ferme». Aït Saïd Hamid est catégorique. «Mon fils a été assassiné volontairement par des policiers le 7 août 1996 et après dix années de souffrance, j’ai réussi malgré les innombrables embûches à déterrer le dossier. Dix ans après, soit le 13 janvier 2006, j’ai obtenu la mise sous contrôle judiciaire des policiers assassins et le 18 septembre 2006, la chambre d’accusation près la cour de Tizi Ouzou avait conclu à «un assassinat volontaire», indique M. Aït Saïd Hamid, qui n’arrive pas à comprendre «que les policiers assassins sont toujours en activité, qu’aucune mesure conservatoire n’ait été prise à leur encontre ; pis encore, ces derniers ont été promus».

«Qui a intérêt à manipuler la justice ?»

Toutes ces affirmations sont contenues dans les trois lettres adressées au président de la République, en citant à chaque fois l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation portant le N° 633 en date du 18/09/2006. Le père du défunt se demande «qui a intérêt à manipuler la justice», ou «ne veut pas que toute la lumière soit faite sur cette affaire». A ce propos, notre interlocuteur se demande «qui doit me rendre justice, en s’appuyant sur une célèbre citation du Premier ministre anglais Winston Churchill selon laquelle «rien ne peut ébranler un peuple qui croit en sa justice ». Selon une autre lettre adressée au directeur général de la Sûreté nationale, M. Aït Saïd Hamid relate les faits de cette affaire. Il dira que «mon fils Tarek, alors âgé de 19 ans, a été froidement assassiné par la police d’Azazga en date du 7 août 1996 et ce sont les auteurs de ce meurtre qui ont diligenté l’enquête». Des propos confortés par l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation qui a conclu «que les mis en cause dans cette affaire ont poursuivi une voiture de marque Mercedes, malgré que le témoin Dj. H. les ait informé que le véhicule en question appartenait à son ami qu’il attendait. Mais pour ne pas avoir marqué le stop, des coups de feu ont été tirés en direction du véhicule, touchant la victime au niveau de la tête qui a succombé à ses blessures lors de son transfert à l’hôpital ». La même source indique qu’avant cet incident, une altercation verbale a opposé la victime à l’un des policiers au niveau de la maison d’arrêt d’Azazga. De fait, la chambre d’accusation a conclu que les mis en cause dans cette affaire «sont reconnus coupables d’homicide volontaire puni par les articles 254 et 263 du code pénal». Or, pour le père de la victime «tous les dossiers traités par la chambre d’accusation près la cour de Tizi Ouzou ont été examinés et jugés à l’exception de celui relatif à l’assassinat de mon fils». «Moi, Aït Saïd Hamid, fils de chahid et digne fils d’une famille de quatorze martyrs, je jure de ne pas baisser les bras (…) Je demande justice, rien que la justice, mais toute la justice », conclut notre interlocuteur.
Hani Mostaghanemi

 
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