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LES
FAMILLES DE DISPARUS ECRIVENT AU MINISTRE DE LA JUSTICE
«Accordez-nous
un rendez-vous»
L'Expression,
12 juillet 2003
La problématique
des droits de l’Homme, de l’Etat de droit et de la justice
algérienne est suspendue à ce dossier.
L’un des tendons
d’Achille de la justice algérienne, le dossier des disparus,
revient depuis quelques semaines, sur le devant de la scène.
Dans une lettre ouverte, adressée au ministre de la Justice, les
familles de disparus demandent à rencontrer le premier responsable
du secteur aujourd’hui. «Plusieurs demandes d’audience
vous ont été adressées à vous ainsi qu’à
vos prédécesseurs, des milliers de plaintes, des milliers
de requêtes ont été adressées à votre
ministère, pas de réponse, jamais de réponse...»
ont-il écrit dans leur demande en s’interrogeant: «Pourquoi
refusez-vous de nous faire face? C’est une question que l’on
vous pose Monsieur le ministre, avez-vous peur de nous? Avez-vous peur
de ces vieilles mamans fanées, fatiguées et malades, qui
par temps de pluie ou sous un soleil ardent sortent dans la rue pour faire
entendre leur voix? Mais les entendez-vous?» Sur un ton pathétique,
ils ajoutent dans leur demande d’audience: «La seule et unique
arme que nous possédons, ce sont les portraits de nos enfants disparus,
qui croupissent dans des mouroirs isolés du monde,» avant
d’appeler le ministre à «la raison», dans la
même demande et avec le même ton en écrivant notamment:
«Regardez la vérité en face, regardez ces mères
meurtries par le chagrin et le désespoir. Faites fonctionner la
justice. Soyez juste et loyal devant Dieu et devant nous, les familles
de disparu(e)s.»
Cette demande d’audience intervient une semaine après le
sit-in organisé par ces familles pour rencontrer le ministre de
la Justice et empêché par les forces de l’ordre.
Ni la concorde civile ni l’instauration de la commission des droits
de l’homme présidée par Ksentini n’ont pu clore
ce dossier qui traîne en longueur.
C’est d’ailleurs toute la problématique des droits
de l’Homme, de l’Etat de droit et de la justice algérienne
qui se trouve suspendue à ce dossier. La plaie est ouverte et ce
dossier constitue l’un des plus épineux dossiers de la décennie
noire. Il est évident que les autorités algériennes
ont très mal traité le dossier qui est en passe de devenir
carrément un tabou. Les familles de disparus ont le droit de savoir
et de connaître le sort de leurs enfants d’autant plus qu’on
se revendique d’un Etat de droit.
Le ministre de la Justice, Mohammed Charfi, a indiqué il y a quelques
mois que la réforme de la justice est en train de s’effectuer
et tous les textes prévus pour cette réforme sont mis en
oeuvre.«Dire qu’il y a des blocages dans la réforme
de la justice me surprend», a-t-il déclaré. Le président
de la Commission nationale consultative pour la protection des droits
de l’homme (Cnppdh), Farouk Ksentini, lui, n’a pas ménagé
la justice algérienne: «Des magistrats n’appliquent
pas volontairement les recommandations de la commission Issad, la réforme
de la justice subit des blocages et la détention préventive
fait des ravages dans notre pays», avait-il déclaré
lors de son passage au forum d’El-Moudjahid.
B. TAKHEROUBT
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