Presse

Le correspondant du Figaro devant la justice

El Watan, 29 avril 2007

Arezki Aït Larbi, journaliste algérien (free-lance) et correspondant des quotidiens français Le Figaro et Ouest France, est convoqué au tribunal d’Alger pour le 2 mai prochain, à la veille de la célébration de la journée internationale de la liberté de presse, pour répondre d’une plainte pour diffamation déposée par un directeur central du ministère de la Justice.

Le journaliste, pour rappel, avait appris en 2006 avec stupéfaction qu’il était sous le coup d’un mandat d’arrêt lancé contre lui le 4 août 1997 par le juge d’instruction de la première chambre du tribunal d’Alger. Arezki Aït Larbi était, à cet effet, condamné par défaut, le 10 décembre 1997, à une peine de six mois de prison ferme. Il ne conteste pas la tenue d’un procès juste et équitable permettant au plaignant et à la défense d’enclencher un débat de fond. Toutefois, il s’est interrogé sur le fait que c’est la première fois qu’un journaliste tombe sous le coup d’un mandat d’arrêt pour un délit de presse. « Je ne fuis pas mes responsabilités, bien au contraire je revendique un procès juste où le plaignant dira au grand public en quoi il a été diffamé et à moi de démontrer la véracité de ce que j’ai avancé avec des preuves et des témoins. Toutefois, je ne comprends pas pourquoi on déterre cette affaire aujourd’hui », a indiqué hier M. Aït Larbi à sa sortie de prison. Rappel des faits. Jeudi dernier, vers 10 h, le journaliste algérien a été arrêté par la police des frontières de l’aéroport d’Alger, au moment où il allait embarquer pour Paris. Sans tarder, celui-ci a été présenté au procureur d’El Harrach avant d’être emmené au commissariat central d’Alger, où il a été décidé, en milieu d’après-midi, de le relâcher en lui remettant, toutefois, une convocation le sommant de se présenter samedi (hier, ndlr) à 8h30. Hier, le journaliste était au rendez-vous. Il s’est présenté au commissariat, les policiers l’ont accompagné au palais de justice, présenté au parquet, la magistrate a demandé à ce que celui-ci vide le mandat d’arrêt (par vider on entend une entrée et sortie de prison). En d’autres termes, M. Aït Larbi a été incarcéré hier dans la matinée à la prison de Serkadji et il en est ressorti une fois toutes les formalités achevées. « Selon la magistrate, tant que la justice n’aura pas levé le mandat d’arrêt celui-ci s’appliquera inévitablement sur le concerné. Pour y remédier, il faut aller vers un procès en justice », dira le journaliste. Le comble est que le mis en cause n’arrive pas à assimiler le fait qu’il avait quitté plusieurs fois le territoire national sans être interpellé par la police des frontières. « Je ne comprends pas pourquoi en 1997 je n’étais pas informé de cette situation pourtant je n’étais pas en exil et je n’étais pas en fuite », s’est indigné M. Aït Larbi, qui s’est demandé pourquoi il est le seul journaliste à n’avoir pas bénéficié de la grâce spéciale décrétée par le premier magistrat du pays. « A ma connaissance, en juin 2006, la chancellerie avait instruit le parquet d’Alger pour faire juger toutes les affaires de “délits de presse” avant le 5 juillet de la même année. Une procédure qui visait à accorder aux journalistes condamnés une grâce spéciale, que le président de la République allait promulguer à l’occasion de la fête de l’indépendance. Alors pour quel motif suis-je le seul journaliste exclu de cette procédure ? », s’est interrogé notre interlocuteur qui prend l’opinion publique à témoin dans cette histoire. A titre de rappel, M. Aït Larbi a pris connaissance de l’affaire en question en 2006 lorsque la police lui a bloqué le renouvellement de son passeport. Par le biais de son avocat, il a déposé le 14 juin 2006 une requête au parquet général exprimant sa disponibilité à répondre de cette « mystérieuse affaire », pour laquelle il n’a été ni convoqué ni informé. « J’ai attendu quatre mois pour avoir une réponse lapidaire où le parquet général d’Alger m’informe dans un procès-verbal remis à mon avocat que je suis sous le coup d’un mandat d’arrêt », a souligné le journaliste. « Le mandat d’arrêt du juge d’instruction, pourtant caduque après le jugement par défaut, est toujours en vigueur dans les fichiers de la police, après avoir servi au blocage de mon passeport, il risque d’être utilisé, “légalement”, pour mon arrestation », a lancé le journaliste qui estime que pour ce qui est de son affaire la justice n’a pas suivi la procédure courante. « Je ne conteste pas que la personne diffamée a le droit de déposer plainte, mais moi aussi j’ai le droit de me défendre et j’ai des témoins qui peuvent confirmer les informations rapportées dans le journal, alors pourquoi le juge d’instruction a opté pour un mandat d’arrêt au lieu de m’adresser une simple convocation ? », dira M. Aït Larbi.

Nabila Amir

 
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