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LA DIPLOMATIE IMPERIALE DANS LE CANIVEAUpar M. Saadoune, Le Quotidien d'Oran, 5 décembre 2010 L'analyse des câbles expédiés par l'ambassade des Etats-Unis à Beyrouth est en train de provoquer un séisme politique au Liban. Un compte-rendu d'entretiens entre l'ambassadrice de Washington et le ministre de la Défense libanais, Michael Murr, en mars 2008, mis en ligne par le site WikiLeaks, suggère l'existence d'une véritable collusion entre Israël et un membre du gouvernement libanais, membre de la coalition du 14 Mars du Premier ministre Hariri. Selon la dépêche transmise par Michèle Sison alors en poste à Beyrouth, le ministre de la Défense, envisageant une nouvelle guerre entre le Hezbollah et Israël, aurait fait part de ses vœux à la diplomate. M. Murr aurait notamment souhaité que l'armée israélienne s'abstienne de s'attaquer aux infrastructures des zones à population chrétienne et aurait soutenu que l'armée libanaise n'interviendrait pas contre les Israéliens. Plus gravement, le ministre aurait confirmé que l'armée libanaise, sous son autorité, pourrait reprendre le contrôle du Sud-Liban après que les forces du Hezbollah auront été laminées, «au bout de trois semaines», par l'armée israélienne. Le ministre a aussitôt démenti ces propos, relevant de la haute trahison, dans un communiqué diffusé par son bureau, où il jure de son patriotisme et met en cause la diplomate américaine. Selon ce communiqué, Michael Murr affirme que «ce qui a été rapporté par WikiLeaks est tronqué et pas précis. Et l'on se demande si la raison n'en est pas la gêne de Mme Sison concernant la détermination contre Israël du ministre de la Défense, ou bien l'incapacité de la diplomate à comprendre ce qui lui a été dit… Ce sont ou de mauvaises intentions, ou une mauvaise explication. Mais dans tous les cas, cela ne nous surprend pas». Tout en concluant que le ministre de la Défense «ne fait aucun compromis sur la souveraineté ». Le démenti est clair. Il semble de surcroît difficile d'imaginer qu'un dirigeant libanais, même rival du Hezbollah, puisse se laisser aller à des considérations qui constituent une offre de service indirecte à Israël. Alors, cette dépêche traduit-elle l'incompétence de la diplomate Sison ou est-elle un élément destiné à semer la confusion, à entretenir les divisions et les suspicions dans un pays très fragile ? Du point de vue de la résistance libanaise, la réponse, au fond, n'a pas d'importance. Les responsables du Hezbollah savent mieux que personne qu'ils vivent dans une réalité mouvante et un contexte international hostile. Les rapports de force internes au Liban sont connus, les adversaires et les alliés aussi. Michael Murr, dont il est difficile de mettre en doute le sens national, n'est pas un allié du Hezbollah. Est-il pour autant un homme disposé à de coupables arrangements avec l'ennemi de son pays, toutes confessions confondues ? On peut en douter. En tout état de cause, les révélations de WikiLeaks ne vont certainement pas dans le sens des intérêts libanais et elles nuisent gravement à la diplomatie américaine. De fait, ce que montrent les documents mis en ligne est une diplomatie cynique et sans morale, indigne d'une grande puissance. Mais en définitive, comme pour les fuites concernant les relations entre les pays du Golfe et l'Iran, ce câble «libanais» confirme que le bénéficiaire «stratégique» de cet étonnant déballage est Israël. |
Wikileaks | ||||
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www.algeria-watch.org
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