DECLARATION DES PARLEMENTAIRES ARABES A ALGER

Non au Grand Moyen-Orient

Le Quotidien d'Oran, 14 juillet 2005

Les parlementaires arabes, qui étaient à Alger pour les travaux de la 46e session de leur union, sont tous rentrés chez eux, hier, bien contents de leur labeur. Le contraire aurait été étonnant puisque, avant de boucler leurs valises, ces députés et sénateurs ont laissé pour la postérité de leur rendez-vous algérien une résolution fleuve, de soixante pages. Un texte mastodonte qu’un sénateur algérien du tiers présidentiel a expliqué comme «évident» d’un travail durant lequel «tout a été passé au crible: le terrorisme, le politique, les affaires économiques, la relation du monde arabe avec l’Europe et les Etats-Unis et l’avenir des représentations nationales» dans le jeu interne à chaque pays arabe et, collectivement, dans la perspective d’une «vraie intégration arabe».

Notre sénateur croit, en effet, à la possibilité dans une «vingtaine d’années, tout au plus», de la création d’un «espace arabe» intégré économiquement et «cohérent politiquement». La résolution de l’Union des parlementaires arabes (UPA), elle, parle de «destin et d’intérêts communs» et met l’accent sur la «nécessité d’une action sérieuse pour resserrer les rangs». Car, seule la «solidarité arabe est à même de préserver ses intérêts». Cette solidarité, poursuit notre source parlementaire, n’aura de «vrais symptômes» que si elle se traduit concrètement par un soutien des pays en crise ou en guerre tels que la Syrie, le Liban, le Soudan ou l’Irak. «Trop de problèmes graves cernent aujourd’hui la région» pour que ses Etats «et leurs parlements» ne se redéploient pas sur la «base d’un programme démocratique, tourné vers les sociétés».

Déploiement pour la démocratisation, on ne sait pas trop, mais ratissage large très certainement. Dans leur recherche d’une ligne de crête, les parlementaires arabes ont d’abord eu l’idée -très algérienne, semble-t-il- d’envoyer une petite salve en direction de la France, «dénoncée» pour ses démangeaisons coloniales et pour sa loi du 23 février 2005 qui accorde un «rôle positif» au fait colonial, notamment en Afrique du Nord. Paris en prendra note certainement mais comprendra aussi que cette salve n’a rien d’historique face au pilonnage essuyé par les Etats-Unis. La démocratisation du monde arabe, version Washington, ont conclu les parlementaires réunis à Alger, n’est rien d’autre qu’une «tentative dévoilée visant à effacer l’identité arabe et musulmane et à y intégrer Israël».

Les anti-Bush apprécieront et applaudiront la décision d’établir le futur siège de l’UPA à Damas, qui est dans la ligne de mire de Washington. Mais un observateur très au fait du dossier de la Ligue arabe a indiqué à ce sujet au «Quotidien d’Oran», le «caractère décalé de ce refus: les Américains, eux-mêmes, ne croient plus au GMO. Le projet n’a plus la même audience et plus du tout la pertinence souhaitée par la Maison-Blanche avant la réélection du Président George Bush».

Selon cette source, Washington serait déjà à la recherche d’un autre scénario autre que le GMO et qui tiendrait compte «de la montée en puissance du terrorisme islamiste et de l’absence d’alternative aux gouvernements en place». Pourquoi, selon elle, les parlementaires croient-ils nécessaire d’agiter un cadavre? Sont-ils les porte-voix de gouvernements arabes ne pouvant pas assumer publiquement un tel discours. «Bouteflika a déjà déclaré son irritation à l’égard du GMO, Moubarak aussi, mais de nombreux autres chefs d’Etat ne l’ont effectivement pas fait», rappelle notre source. Mais susurrant que GMO ou pas, il est improbable que Washington change de politique à l’égard du monde arabe et au Machrek, en particulier.

Kader Hannachi

 
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Offensive américaine en Algérie  
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