Les syndicats rompent la trêve sociale, le gouvernement Benkirane acculé

Boualem Alami, Maghreb Emergent, 27 Mai 2012

Une manifestation de grande envergure, la première depuis l’avènement d’un gouvernement islamiste au Maroc en novembre 2011, a rassemblé dimanche à Casablanca de dizaines de milliers de travailleurs marocains. Ceux-ci, à l'appel des syndicats CDT et FDT, réclamaient notamment l'application de l'accord social du 26 avril 2011.

La trêve sociale a été brutalement rompue au Maroc, où des milliers de travailleurs ont participé, dimanche, aux manifestations organisées à l’appel de la Confédération démocratique du travail (CDT) et de la Fédération démocratique du travail (FDT). Les manifestants entendaient imposer, face au gouvernement islamiste de Abdelilah Benkirane, « la dignité » des travailleurs, et exiger le respect des « revendications matérielles et sociales légitimes des salariés ».
Dans une déclaration commune le rendue publique le 22 mai, les deux syndicats avaient déjà lancé un coup de semonce à l’adresse du gouvernement, qui « persiste à prendre des décisions unilatérales contre les syndicats ». La classe ouvrière se trouve actuellement « dans une nouvelle situation marquée par le recul, la violation des libertés sociales et collectives, et la répression des manifestations et mouvements de protestation sociaux légitimes », affirmaient les organisations syndicales.

Au plan des revendications, les deux centrales syndicales, proches de l'USFP, qui a refusé d'entrer dans le gouvernement à majorité PJD (parti pour la justice et le développement), veulent une application plus large et immédiate de l'accord social du 26 avril 2011, notamment une revalorisation des salaires et des indemnités, et le blocage du projet de loi sur le droit de grève, ou l'unification du SMIG et du SMAG.
« Le gouvernement ne ménagera aucun effort pour activer les dispositions de cet accord, malgré la conjoncture difficile' », avait affirmé fin avril le chef du gouvernement, M. Abdelilah Benkirane, lors d’une réunion consacrée au dialogue social. Son ministre de l'économie et des finances, Nizar Baraka, avait ajouté que le projet de loi de finances 2012 vise la création de 26.204 postes d’emploi, et l’allocation de 13,2 milliards de dirhams pour la mise en œuvre des engagements contractés au titre du dialogue social. Selon lui, les secteurs sociaux (enseignement, habitat, santé) bénéficieront d'un budget de 72 milliards de dirhams au titre de cette loi de finances.

La conclusion de l'accord du 26 avril 2011 entre le gouvernement et les syndicats a déjà donné lieu notamment à la hausse du SMIG pour les secteurs de l’industrie, du commerce, des services et de l’agriculture, et l’augmentation du seuil minimum des pensions servies par la Caisse nationale de sécurité sociale de 600 à 1000 dirhams.

Les assurances du gouvernement insuffisantes

Les syndicats estiment toutefois que ces hausses sont « minimes » par rapport à la hausse du coût de la vie et la précarité des emplois au Maroc. Les syndicats marocains réclament notamment une hausse des salaires de 700 dirhams, la réduction à 34 % de l'impôt sur les revenus du travail, et l'application de l'échelle mobile des prix et salaires, ainsi que l'unification du SMIG dans les secteurs industriel et agricole.

Cette montée de la pression syndicale intervient alors que l’inquiétude gagne quant à la capacité de l’économie marocaine à maintenir une croissance raisonnable pour amortir les effets de la crise. Le ministre marocain de l’enseignement supérieur a ainsi déclaré que le Maroc risquait de se retrouver en « état de faillite ».

Les syndicats avaient observé une certaine réserve depuis l’avènement d’un gouvernement islamiste, qui avait remporté les élections législatives de novembre 2011 au Maroc, dans le sillage du « printemps arabe ». Depuis, les islamistes du PJD tentent de gérer les effets de la crise, sans disposer de véritables moyens de lancer des politique alternatives.


 
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Luttes syndicales  
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