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MINISTÈRE DE LA SANTÉ-SYNDICATS GRÉVISTES
Le bras de fer se poursuit
L'Expression, 27 mars 2010
Le ministre de la Santé a, une fois de plus, fustigé les praticiens grévistes, en réaffirmant que son département prendra des mesures sévères à l’encontre des médecins en arrêt de travail depuis trois mois. Le SNPSP et le SNPSSP, pour leur part, poursuivent leur mouvement de protestation. Quant au SNPSSP il devrait rendre publiques, aujourd’hui, les décisions de son conseil national.
F.-Zohra B. -Alger (Le Soir) - Le docteur Yousfi, président du SNPSSP, a précisé, hier, que son syndicat ainsi que le SNPSP ont déjà répondu aux déclarations, jugées diffamatoires, du ministre de la Santé et qu’ils comptent s’exprimer sur cette question aujourd’hui lors d’une conférence de presse. Le ministre s’est, pour sa part, exprimé sur le sujet en marge de la visite qu’il a effectuée, ce week-end, dans la wilaya de Constantine. Dans ses déclarations, il a emprunté un ton virulent à l’encontre des deux syndicats, le SNPSP et le SNPSSP, pour la deuxième fois en une semaine, condamnant le mouvement de protestation et accusant les praticiens d’exercer clandestinement dans le secteur privé en optant pour une activité complémentaire. Pourtant, lors des deux conférences de presse tenues au cours de la semaine écoulée, les représentants des deux syndicats ont exprimé leur indignation devant ce qu’ils qualifient de changement de ton de Barkat et «les contradictions constatées dans son discours». Le président du SNPSSP avait d’ailleurs déclaré que les praticiens avaient précédemment condamné le fait d’exercer chez le privé. Position qui, selon le syndicaliste, a été officiellement transmise à la tutelle. Le bras de fer se poursuit donc entre le ministère de la Santé et les deux syndicats grévistes. Le SNPSP et le SNPSSP ont donc opté pour la poursuite de leur mouvement de protestation et la révision de leur décision d’arrêter les rassemblements hebdomadaires. Cette action de protestation avait été gelée à la suite de la rencontre des représentants des deux syndicats avec des responsables au niveau de la présidence de la République. Le SNPSSP a tenu, hier, son conseil national dont les décisions seront communiquées aujourd’hui, selon son président. La situation semble donc aller vers le pourrissement, ceci d’autant plus que le ministre a mis en avant la décision rendue la semaine écoulée par la justice, déclarant la grève des praticiens illégale. Fort de cet argument, le premier responsable du secteur de la santé brandit la menace du licenciement pur et simple des grévistes. Pour leur part, les syndicalistes précisent que leur grève est légale et qu’ils n’enfreignent pas la réglementation, du fait qu’ils ont respecté les dispositions de la loi 90.02 en déposant un préavis de grève. Ils appuient également leurs déclarations par le fait qu’ils ont été reçus à maintes reprises au ministère de la Santé dans le cadre de réunions de conciliation. Les praticiens avaient aussi attesté qu’ils assuraient le service minimum, contrairement aux déclarations du ministre de tutelle.
F.- Z. B.
BARKAT PERSISTE ET SIGNE
«Je leur ferai la guerre»
Alors que les conseils nationaux des deux syndicats des praticiens et spécialistes de santé publique planchaient sur la suite à donner à leur mouvement de grève entamé il y trois mois, Saïd Barkat s’est empressé de réitérer la volonté de la tutelle de sévir contre les médecins grévistes. «Ceux qui ne rejoindront pas leur poste de travail immédiatement n’ont qu’à aller chercher du travail ailleurs», tonnera-t-il depuis Constantine, où il était en visite de travail, ce jeudi.
«C’est une grève qui dure depuis trois mois et nous avons été assez patients. Je n’admettrai jamais que nos enfants, nos femmes, nos frères et nos sœurs soient les otages d’une quelconque organisation, notamment quand s’agit de leur santé, car je n’ai pas la responsabilité de ma propre santé seulement mais aussi de celle de toute la population.» Le ton a ainsi été donné lors du long réquisitoire du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière à l’endroit des praticiens de santé publique. Tantôt conciliant et souvent ferme, Saïd Barkat surfera aussi bien sur la poursuite des concertations que sur la vague des mesures coercitives qui pèsent sur les grévistes et qui pourraient être, avertit-il, à effet immédiat». «La majorité des revendications ont été prises en charge, la justice a tranché et s’est prononcée sur l’illégitimité de cette grève, j’ai attendu et je suis prêt à renégocier encore, mais il est temps d’appliquer scrupuleusement la loi car, il est hors de question de laisser notre population être l’otage de nos propres enfants, que nous avons formés pour qu’ils s’occupent de leurs concitoyens.», a-t-il souligné. Barkat en veut particulièrement à ceux qu’ils qualifient de «jusqu’au-boutistes » et, en termes à peine voilés, de «hors-la-loi». «Heureusement qu’il y a des médecins sages qui n’ont pas lâché. Les autres, les jusquau-boutistes, assumeront leurs responsabilités car pour ma part, je ne reviendrai pas sur l’application stricte de la loi. La justice de la République algérienne a déclaré cette grève illégale et toute personne qui n’applique pas une décision de justice est hors-la-loi. Les grévistes ne défient plus Barkat mais s’oppose à la justice, cas. Quant à l’aspect administratif, ils connaissent aussi bien que moi ce qu’il y a lieu de faire», clamera-t-il. «Mais malgré tout, les portes du dialogues restent ouvertes ; ce sont nos enfants et ils peuvent avoir tort comme ils peuvent avoir raison. Ils ont obtenu plus qu’il ne fallait, mais à chaque fois, ils demandent plus», accuse Barkat, vraisemblablement embarrassé par la détermination de grévistes qui auront tenu la dragée haute à la tutelle trois mois durant. «C’est trop, ce n’est arrivé dans aucun autre secteur ; en France, ils les auraient renvoyés depuis longtemps», a-t-il estimé. D’accusations, il ne s’en tient pas uniquement à la «gourmandise » des grévistes, s’agissant des revendications socioprofessionnelles. «Je ferai la guerre à ceux qui prétendent être en grève et vont travailler chez le privé. Ce sont des fonctionnaires et ils n’ont pas le droit de tricher, d’autant plus s’ils sont médecins. Ils ont prêté serment, en vertu duquel ils sont interdits de mensonge», a-t-il ajouté. Sur un autre chapitre, le ministre de la Santé a reconnu que 6 000 unités, seulement, du vaccin contre la grippe A/H1N1 ont été consommées. L’Algérie, qui devait se doter de 65 millions de l’OMS, et de 20 millions, selon les experts nationaux, n’a finalement importé que 5 millions d’unités, qu’elle a intégralement payées en vertu du contrat qui la lie à son fournisseur. «L’un des plus prestigieux laboratoires internationaux, qui compte parmi ses clients les Etats-Unis, le Canada et la France», rassure le ministre. Barkat n’écarte pas, d’ailleurs, l’utilisation de cette réserve dans la vaccination contre la grippe saisonnière l’année prochaine, puisque sa péremption n’interviendra que dans deux ans. S’agissant de la production algérienne des médicaments, «la couvertures des besoins nationaux atteindra cette année 38 %, alors qu’elle était de l’ordre de 27 % l’an dernier», se félicite le ministre de la Santé, qui impute ce bond à la politique prônée par les pouvoirs publics qui ont imposé aux conditionneurs des engagements fermes pour le passage vers la production. Un suivi rigoureux de ce dossier est observé, selon le ministre, après la prorogation des délais à une année supplémentaire pour ces derniers, afin de se mettre en conformité avec les mesures prises par la tutelle.
K. G.
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