Enseignement technique

Grève des enseignants, guerre des chiffres

par H. Saaïdia, Le Quotidien d'Oran, 9 avril 2007

La grève de deux jours à laquelle a appelé la Coordination des lycées techniques et technicums (CLTT) a été largement suivie hier.

Solidarité corporatiste oblige, plusieurs professeurs de l'enseignement technique général n'ont pas donné de cours hier en signe d'appui à leurs collègues du technique dans leur action de «sauvegarde des lycées techniques», selon M. Bendaïkha, membre de la CLTT, syndicaliste du Conseil des lycées d'Alger (CLA), qui avance un taux de suivi de la grève de 70%. Un chiffre démenti, hier après-midi, par une source proche du ministère de l'Education nationale, qui a estimé le taux de débrayage à moins de 5% à travers le territoire national, qui compte 260 lycées techniques et technicums et quelque 6.000 enseignants techniques. Dans cette divergence de statistiques, qui revêt d'autant plus un caractère purement spéculatif qu'il n'existait pas d'un côté comme de l'autre des cellules de suivi - en tout cas des cellules qui soient fiables et crédibles - pour jauger l'ampleur de la grève, une chose est sûre cependant: les cours ont été plus ou moins perturbés dans la plupart des 260 établissements du technique à travers le pays. A Oran par exemple, qui compte 6 lycées techniques et technicums, la grève a fait le plein hier avec pratiquement zéro heure de cours au compteur. D'ailleurs, les élèves qui se souviennent encore de la grève du 16 janvier, ne se sont pas donné la peine de rejoindre leurs établissements, tellement convaincus que leurs professeurs, solidaires et résolus, n'allaient pas changer d'avis à la dernière minute. Selon ses représentants, la CLTT, ce «front» d'opposition à la restructuration de l'enseignement technique et qui est soutenu par les syndicats autonomes CLA, CNAPEST, SNAPEST et SATEF, «nous allons poursuivre la grève, aujourd'hui, comme prévu. Nous avons lancé un appel pour la tenue, aujourd'hui, de sit-in devant les directions de l'Education nationale des wilayas concernées pour dénoncer haut et fort le démantèlement programmé des lycées techniques, maquillé par le sceau de la réforme du système scolaire et des programmes du cycle secondaire, en particulier». Les mêmes représentants de la CLTT, déclarent avoir déjà mis en route une pétition nationale pour «contester le réaménagement de l'enseignement technique, tel qu'il a été conçu d'une manière hâtive et unilatérale par un courant au sein du ministère qui est favorable à la diminution de l'offre pédagogique, notamment dans le palier technique. Cette pétition sera jointe, entre autres documents annexes, en guise de preuve à une lettre qui sera adressée par la CNLTT au président de la République et au chef du gouvernement pour solliciter leur intervention». Une mesure d'autant incontournable, selon les mêmes représentants, que «le ministère continue à nous tourner le dos, verrouillant toutes les portes du dialogue et de la concertation».

Par ailleurs, la CNLTT compte organiser dans les prochaines semaines, une 2ème rencontre nationale des lycées techniques et technicums pour revendiquer l'abandon du plan de démantèlement des lycées techniques et technicums et le maintien en place des équipes pédagogiques et du patrimoine matériel et l'ouverture du dialogue sur des perspectives pour un enseignement rénové et de qualité. Concrètement, à travers cette mobilisation, la CLTT réagit aux mesures annoncées par le ministère pour le transfert dès la prochaine saison scolaire du patrimoine des lycées techniques (les ateliers) et le transfert administratif des enseignants des lycées techniques au secteur de la formation professionnelle.

 
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