Délégués emprisonnés

Otages d’un appareil répressif

Par Lakhdar Siad, La Tribune, Jeudi 23 janvier 2003

Jusqu’à preuve du contraire, la mobilisation citoyenne autour de la grève de la faim des détenus du mouvement populaire n’a pas fait fléchir la position politique des pouvoirs publics quant au maintien en détention préventive des représentants de la population en Kabylie. Après quarante et un jours de jeûne ininterrompu, du 3 décembre 2002 jusqu’au lendemain de la marche réprimée du 12 janvier dernier, et un nombre important d’actions diverses (pétitions, marches, sit-in…) à l’échelle nationale et internationale appuyées d’une mobilisation continue, le pouvoir ne s’est pas résigné à ouvrir les portes de ses prisons aux délégués du mouvement en Kabylie. La seule évolution notable qu’on pourrait considérer comme un résultat maigre, et loin d’être relativisé, de la mobilisation pour la libération des détenus est la relance au niveau des tribunaux de l’instruction des incarcérés après le blocage inexpliqué dénoncé par ailleurs par les avocats du collectif du printemps noir. En effet, on assiste depuis près de quinze jours aux auditions successives des délégués mis sous mandat de dépôt pour la plupart depuis plus de trois mois. La mise en branle de la machine judiciaire au lendemain de la fin de la grève de la faim pour entendre les détenus par les juges d’instruction a suscité quelque espoir quant à leur future libération, même si, cependant, les réquisitoires des procureurs de la République dans certaines affaires, dont le verdict est en délibéré pour le 26 de ce mois, ne laissent aucunement entrevoir leur remise en liberté. Dimanche dernier, le procureur de la République du tribunal correctionnel d’Azazga a requis 6 mois de prison ferme et 5 000 DA d’amende contre Rachid Allouache, Hacene Salah et Kader Belaïdi pour le seul chef d’inculpation d’«incitation à attroupement» et le double pour Mouloud Ameur, qui ne s’était pas présenté au tribunal. Au début de cette semaine, le juge d’instruction près le tribunal de Tizi Ouzou a auditionné Belaïd Abrika sur plusieurs affaires. Mardi dernier, le même délégué, en compagnie de Rachid Allouache et Nekkah Mohamed, en liberté provisoire depuis dimanche dernier, ont été auditionnés par le même juge. Une audition qui ne durera pas longtemps puisque les avocats ont décidé de se retirer en signe de contestation dans le fond et dans la forme de l’interrogatoire du juge qui s’est transformé, selon l’un d’eux, en commissaire politique. L’audition se poursuivra incessament selon une source judiciaire. Cela dit, les avocats de la défense n’ont pas cessé de dénoncer les «anomalies et entraves» faites à la procédure légale dans les étapes du processus de l’incarcération jusqu’aux auditions en passant par les réquisitions et autres détentions préventives «abusives».

L. S.

 

 
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