Le feu couve sur le front social

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 21 octobre 2009

A la contestation sociale exprimée par des actions de grève qui se multiplient depuis la rentrée, se greffent d'autres évènements révélateurs d'un climat de mécontentement populaire explosif. Ce sont ces émeutes qui secouent le pays du nord au sud et de l'est à l'ouest, avec pour déclencheurs des causes qui varient d'une région à l'autre.

Ce qui est l'indice d'un ras-le-bol qui prend prétexte de tout pour s'exprimer. Ces explosions de colère populaire auxquelles nous assistons en ce moment sont l'ultime recours pour les citoyens de se faire entendre par des pouvoirs publics autistes et en l'absence de toute autre voie et relais pour le faire. Ce langage de l'émeute est certes critiquable quand il s'accompagne de destructions de biens collectifs et privés. Il est, hélas, la seule façon laissée aux Algériens de faire savoir qu'ils sont excédés par les injustices sociales, la corruption, le népotisme, le chômage et l'état de non-droit sous lequel ils vivent. Le recours à la seule répression en guise de réponse ne fait qu'exacerber la fronde populaire. Si cette répression parvient à endiguer momentanément les foyers de l'émeute, elle nourrit le ressentiment populaire qui en est à la base.

L'émeute qui a eu pour théâtre avant-hier le quartier algérois de Diar-Chams, situé à quelques centaines de mètres du palais d'El Mouradia, où au même moment Bouteflika présidait le Conseil des ministres, renseigne sur le dramatique décalage qu'il y a entre l'insouciante sérénité qu'affiche une autorité sourde et aveugle et la réalité sombre de désespoir accumulé dont elle a tenté de lui faire prendre conscience.

En se produisant peu de mois seulement après la réélection du président Bouteflika, le chapelet d'émeutes qui secoue le pays décrédibilise incontestablement et irrévocablement le discours triomphaliste et satisfait qui est le credo des autorités et la légitimation de la continuité consacrée par le scrutin d'avril dernier.

Les émeutes en question ne sont ni plus ni moins que la remise en cause de cette continuité et des pratiques de gouvernance qu'elle perpétue. Le semblant de paix sociale qu'un pacte troussé par des partenaires en totale déconnexion avec la société est censé avoir établi, ne sera d'aucun effet sur la lame de fond d'une révolte populaire, dont seul le moment de l'explosion reste l'inconnue. Cette perspective n'inquiète pas outre mesure apparemment le premier responsable du pays. Lequel, sa réélection obtenue, s'est muré dans la haute solitude du pouvoir, laissant à des exécutants et à une administration imperméables à la récrimination populaire le soin de «l'intendance», ce qu'ils font dans le mépris le plus absolu des attentes et revendications citoyennes.

Que dire aussi de ces partis, organisations politico-sociales et élus qui, alors que l'émeute se propage, n'ont d'autre centre de préoccupation que le prochain renouvellement de la composante sénatoriale ? Rien, sinon qu'ils vivent sur une autre planète, sans se rendre compte qu'ils sont sur un volcan qui les volatilisera quand il entrera en éruption.

 
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