Malgré la disponibilité et les explications des autorités

Diar Echems ne décolère pas

Par :Chérif Memmoud, Liberté, 21 octobre 2009

Cette fois-ci, les émeutiers ont eu recours aux cocktails Molotov. Plusieurs blessés et arrestations ont été enregistrés au cours de ces heurts qui ont provoqué un mouvement de panique chez les citoyens d’El-Madania et d’El-Mouradia.

Ce n’était que partie remise entre les forces de l’ordre et les habitants de Diar Echems. Ces derniers, après une légère accalmie ce matin, ont décidé de reprendre les hostilités. Hier soir, en effet, les émeutes se sont propagées dans les autres quartiers d’El-Madania comme Diar El-Mahçoul et jusqu’au quartier voisin relevant de la commune d’El-Mouradia, à savoir la Redoute. Des affrontements bien plus violents que ceux de la veille. Cette fois-ci, les émeutiers ont eu recours aux cocktails Molotov. Plusieurs blessés et arrestations ont été enregistrées au cours de ces heurts qui ont généré un mouvement de panique chez les citoyens d’El-Madania et d’El-Mouradia. Les policiers anti-émeute, qui ont doublé leurs effectifs, ont réussi contrairement à avant-hier à s’infiltrer jusqu’au quartier qu’ils ont totalement quadrillé. Même avec du gaz lacrymogène, les émeutiers ont pu résister et se montrer intraitables, usant de toutes sortes de projectiles, des pierres, des bouteilles de limonade en verre, des barres de fer… Ils ont même décidé de barrer la route aux policiers en plusieurs endroits, avant que la police n’intervienne pour dégager les accès.
La route menant de Bir-Mourad-Raïs à El-Madania a été fermée à la circulation. Des dizaines de personnes se sont retrouvées du coup bloquées et n’ont pu rentrer chez elles.
Cette remontée des hostilités est due aux jeunes arrêtés avant-hier et qui n’ont pas été relâchés comme promis par les autorités. Il s’agit, au fait, d’une trentaine de jeunes émeutiers qui étaient l’objet d’un compromis qui, selon les habitants, n’a pas été respecté.
Auparavant, à Diar Echems, tout était calme. Mis à part quelques débris de verre, rien ne présageait d’une journée d’émeutes. Hier, à 9h30, tout le monde vaquait à ses occupations. On avançait à petits pas dans ce secteur réputé à risque où même les forces de sécurité soutenues par un imposant renfort n’ont pu accéder. Notre surprise fut grande lorsqu’un des émeutiers de la veille, que nous avons retrouvés, se sont montrés disponibles à donner leur version des faits sur ce qui s’est passé lundi dernier.
C’est dans le quartier le plus chaud d’El-Madania que nous avons rencontré Halim et discuté avec lui et certains de ses camarades, qui habitent eux aussi Diar Echems, des raisons du soulèvement de lundi. Pour eux, il n’y a pas de doutes, ce sont les services de sécurité qui ont commencé les hostilités. “Il n’y avait aucune place pour le dialogue. Nous n’avons fait que nous défendre. Nous vivons dans une misère totale ; il n’y a même pas le minimum d’hygiène. Nous sommes plusieurs familles à partager un appartement, une pièce-cuisine. Au lieu de nous permettre de bénéficier d’un logement décent, on nous réserve les matraques. On ne se taira pas. Venez avec moi, venez voir où nous vivons ; des conditions en deçà du minimum de dignité humaine. Et dire qu’on est au cœur de la capitale”, criait Halim. Le spectacle, en effet, n’était pas beau à voir : des dizaines de constructions de fortune collées les unes aux autres. Halim ne se retient plus. “Regardez, vous appelez ça des conditions de vie ? Et avec ça, dès qu’on ouvre la bouche pour parler et demander l’amélioration de nos conditions, on nous envoie la police”, s’est-il écrié. “Nous avons donné un ultimatum aux autorités qui expirera le 1er novembre prochain ; si rien n’est fait d’ici là, on reprendra notre protestation”, a-t-il averti.
C’est sur cette sommation des habitants de Diar Echems que nous quittons Halim et ses voisins. Direction l’APC d’El-Madania. Sur place, au siège de la mairie, le président de l’Assemblée communale s’est, sans attendre, mis à notre disposition et a donné sa version des faits. Sûr de lui, il nie avoir toute relation avec ce qui s’est passé et se dit “élu et représentant de la population”. “Ce qui s’est passé, c’est que des habitants ont décidé de squatter le stade. Je suis intervenu pour leur demander d’arrêter car cela est illégal. Il s’agit de constructions illicites. Je les ai reçus, j’ai discuté avec eux et j’ai pensé que tout était rentré dans l’ordre.”
Ce n’était pas le cas, puisqu’hier encore, Diar Echems ne décolérait pas.


La réunion d’hier a duré jusqu’à 13h30

Le wali-délégué reçoit des représentants du quartier

Par :Ali Farès

La colère des habitants du quartier Diar Echems, dans la commune d’El-Madania, s’est apaisée en début d’après-midi de lundi quand le wali- délégué de Sidi-M’hamed, Mohamed-Laïd Khalfi, a reçu des représentants de cette cité.
Selon les déclarations de ce dernier, la situation au quartier semble reprendre son cours normal à l’issue des discussions, confirmant “la volonté des pouvoirs publics à prendre en charge les doléances des citoyens dans le cadre d’une restructuration du quartier décidée, il y a quelque temps. Nous avons expliqué à ces représentants que les travaux de réfection et de réaménagement de la cité sont inscrits dans le programme initié par l’État et la wilaya au profit des quartiers confrontés à ce genre de problèmes, à l’exemple de Diar El-Kef, sur les hauteurs de Bab El-Oued. Deux cas se présentent : les familles qui optent pour quitter ce quartier seront relogées
dans les programmes d’habitat de la wilaya d’Alger et les familles qui y restent auront dans ce cas des logements de types F3 et F4. Nous avons reçu les représentants des habitants de Diar Echems à deux reprises avant-hier et hier à 11h30 pour une réunion qui a duré jusqu’à 13h30”, nous a déclaré le wali-délégué, avant de poursuivre qu’au cours “de la discussion, nous avons été sensibles à leur situation puisqu’il s’agit de 1 400 familles qui vivent dans des F1 et F2, pour la plupart depuis 1958.”
Le wali-délégué a ajouté que le dossier de relogement a été initié en 2002, mais la solution vient d’être relancée maintenant.
“S’agissant de la prolifération des bidonvilles, le problème, tout en étant pris en charge par les autorités de la wilaya d’Alger, conformément à un programme RHP, crée, il faut le dire, une situation anarchique très difficile à gérer. Le fait d’être à l’étroit dans un petit logement ne donne pas le droit à quiconque de squatter un terrain ou un domaine public pour y ériger une baraque. Ceci étant, nous maîtrisons la situation. Pour preuve, les représentants de ce quartier sont repartis convaincus”, a précisé le wali-délégué. Pour rappel, la cité Diar Echems a été construite à l’avénement de la Ve République française en 1958, quand le président Charles de Gaulle avait lancé à l’époque “le Plan de Constantine”. Les logements minuscules F1 et F2 étaient destinés à recaser les familles indigènes.

 
Version imprimable
Emeutes  
www.algeria-watch.org