LA COMMÉMORATION DU PRINTEMPS NOIR À TRAVERS LA KABYLIE

Réaction imprévisible des autorités à Béjaïa

El Watan, 20 avril 2003

Les manifestations programmées par les archs à Béjaïa seront-elles interdites et réprimées comme le laisse prévoir la répression du meeting populaire qui devait se tenir mardi dernier à Sidi Aïch ? La question taraude aussi bien les délégués du mouvement que les observateurs de la scène locale qui font remarquer par ailleurs que des actions similaires ont pourtant été tolérées dans d’autres localités de la wilaya et ailleurs.

Ainsi, des animateurs des archs ont pu tranquillement animer un rassemblement jeudi dernier à Tazmalt et des manifestations ont pu se tenir sans histoires à El Kseur, dans le courant de la semaine passée. Avant-hier encore, un meeting a été tenu sans encombres dans la ville des Genêts... Une gestion policière imprévisible en somme qui a de quoi dérouter. Les renforts dépêchés pour empêcher la manifestation de Sidi Aïch ont dû faire face à un accès de colère qui a malheureusement fait de nouveaux blessés. Deux d’entre eux, des manifestants, sont d’ailleurs toujours hospitalisés. «Nous avions tout préparé de sorte à ce qu’il n’y ait pas de débordements. Les hostilités ouvertes par les CNS, bien avant le début de la manifestation, ont malheureusement remis la tension dans la localité», s’indigne un délégué de Sidi Aïch. La présidence tournante de la CICB y a vu, quant à elle, une manœuvre pour dissuader la population de venir en masse aux manifestations de ce 20 avril. L’attention qui s’est focalisée depuis au moins une semaine sur la marche populaire prévue pour demain à Béjaïa et pour laquelle les animateurs du mouvement pronostiquent les foules des grands jours s’alourdit donc des craintes suscitées par ce qui s’est passé à Sidi Aïch. Qui plus est quand on sait que le chef-lieu de la wilaya est pratiquement interdit aux manifestations du mouvement depuis au moins une année. Lors de sa récente visite dans la wilaya, M. Zerhouni avait laissé entendre que les manifestations «culturelles» et toutes celles menées dans un cadre «responsable» et organisé seraient les bienvenues pour commémorer ce qu’il a considéré comme une fête. Cette bienveillance risque fort de ne pas concerner des actions de protestation comme celles projetées par les archs. A moins que l’on reconduise, côté autorités, la «dérogation» qui a permis, le 20 avril dernier, à des centaines de milliers de personnes de battre le pavé aussi bien à Béjaïa qu’à Tizi Ouzou et Bouira.

Par M. Slimani
Béjaïa : De notre bureau

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Quel impact pour le MAK ?

Près de deux ans après la création du MAK (Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie), Ferhat Mehenni, porte-parole du Mouvement, n'a pas réussi à élargir le cercle des autonomistes. L'assise organique n'a pas été ébauchée, et les quelques activités publiques organisées dans certaines localités restent le fait du porte-parole de ce Mouvement.

Il y a un auditoire pour le MAK, mais très peu de monde à la tribune, occupée uniquement par l'ancien chanteur engagé et animateur du MCB. Lors de sa conférence de presse tenue mercredi dernier à Tizi Ouzou, à l'occasion de laquelle il a rendu public le PAK (Projet pour l'autonomie de la Kabylie), un document en deux feuillets, Ferhat Mehenni n'était pas entouré des figures connues pour être proches de l'option prônée par le MAK. Le Mouvement est-il déjà en reflux avant même la constitution de sa première structure organique ? Pour faire avancer son mouvement, Ferhat compte sur une présence médiatique au plan national et une activité intense au sein de la diaspora kabyle à l'étranger, où le projet du MAK est très présent dans les milieux de l'émigration relayant les activités des archs. Sur les sites web communautaires, très «visités» dans la région, la voix du MAK surpasse celle des partis traditionnels (RCD et FFS) et concurrence celle des archs, dont les perspectives politiques ne sont pas suffisamment lisibles aux yeux de la communauté émigrée. Quel impact réel en Kabylie pour un projet d'autonomie autour duquel ne se bousculent pas les personnalités connues ? Deux ans après la première intervention publique du MAK, Ferhat Mehenni tient une conférence de presse où il précise sa pensée et son projet. Celui-ci préconise, en substance : «L'autonomie régionale se traduira par la mise sur pied, en Kabylie, d'un Etat à travers l'élection d'un Parlement régional qui, en fonction de sa majorité politique, élira un chef de l'Exécutif pour former un gouvernement local (…) Les Assemblées populaires communales seront remplacées par les archs où chaque village, chaque quartier seront représentés (…) L'Etat central gardera l'exclusivité de la défense nationale, l'émission de la monnaie et la définition de la politique étrangère. Il aura aussi un rôle de régulation et de péréquation économiques entre les régions du pays, en attendant un Etat fédéral.» A la création du MAK, les formations politiques ayant un ancrage dans la région réagiront par des formules plus proches de la dérision que d'une position politique de fond. L'ex-secrétaire général du FFS, Ahmed Djeddaï, lancera cycliquement dans ses meetings : «Pendant que les jeunes (du mouvement citoyen) font l'Histoire, Ferhat fait de la géographie.» Les répliques de Saïd Sadi sont encore plus corrosives : «L'huile d'olive pour nous, le pétrole pour tous ?», «un paradis local n'a pas de sens»… Ferhat Mehenni, de son côté, ne manquera pas de formules et répondra que «tous les chemins mènent à l'autonomie», expliquant que son projet n'est rien d'autre qu'une formalisation plus audacieuse des concepts de «régionalisation modulable» préconisés par le RCD et la «régionalisation positive» portée par le FFS. Sadi, lors du forum d'El Youm, en octobre 2001, précisait sa position, en déclarant que «la décentralisation et le transfert du pouvoir aux responsables locaux constituent une grande tendance dans le monde moderne. Toutefois, une autonomie parcellaire et isolée constitue une sécession.» Ali Kerboua, ex-secrétaire général du FFS, a de son côté déclaré dans un entretien que «la régionalisation est un concept administratif. Elle est une forme de décentralisation qui permet une participation citoyenne plus effective. Il y aurait la commue comme cellule de base, puis la wilaya, puis la région. Le FFS ne lui donne aucun contour politique et le revendique pour l'ensemble du pays.» Qu'en est-il de la position des archs ? Dans les «perspectives politiques» tracées par la CADC, il est indiqué que «le modèle centraliste et jacobin de l'Etat algérien empêche la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El Kseur». La CADC préconise donc la «refonte du système actuel de sorte que le mode d'organisation politico-institutionnelle de l'Etat consacre pleinement les spécificités sociologiques, culturelles et linguistiques de chaque région du pays». Des perspectives plus proches des thèses du RCD que de celles du FFS, commentent les observateurs de la scène locale. Le document de la CADC a été ajourné lors du dernier conclave de l'Interwilays des archs. Ceux-ci restent donc sans perspectives politiques précises et misent sur l'action de rue pour maintenir la mobilisation. Mais l'empêchement des différents rendez-vous électoraux passés et à venir constitue en vérité une option politique qui renforce objectivement, selon les observateurs, l'option des autonomistes. La mise à l'écart de la Kabylie de la vie institutionnelle nationale met la région dans une situation d'autonomie de fait, sans pour autant fournir d'alternative claire.

Par D. Tamani
Tizi Ouzou : De notre bureau

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Hommage à Beni Douala

A 9 h du matin, une altercation verbale se produit entre Khaled Guermah et des policiers de la sûreté de daïra devant l’ex-brigade de la gendarmerie, lieu de l’assassinat de Massinissa le 18 avril 2001.

Le père de la victime venait d’écrire avec de la peinture sur le mur du désormais commissariat de la sûreté urbaine de Beni Douala le texte suivant : «En ce lieu maudit et hanté par la haine et la hogra est tombé l’innocent et héros amazigh Guermah Massinissa sous les balles meurtrières des gendarmes assassins.» Le premier acte commémoratif du deuxième anniversaire du Printemps noir venait de commencer. La suite se produit au village Agouni Arous où repose Massinissa. Avant 11 h, il était déjà perceptible qu’on est loin du premier anniversaire. Tant en engouement populaire qu’en organisation des activités. Des gerbes de fleurs ont été déposées par des délégués des archs, des parents des victimes et des personnalités politiques, parmi lesquelles Hachemi Cherif du MDS, Ferhat M’henni du MAK et L’hadi Ould Ali du MCB. Le responsable du MDS devait nous déclarer : «La lutte doit continuer et la flamme doit être maintenue. On a besoin de mobilisation la plus radicale et la plus large possible.» Pour sa part, Ferhat M’henni, dans une déclaration à El Watan, a estimé que «le sacrifice de la jeunesse kabyle n’a pas été vain et a raffermi la cohésion de la Kabylie et lui a donné des perspectives avec l’autonomie de la région». Ces personnalités politiques ont attiré l’attention des nombreux jeunes filles et garçons qui prenaient des photos avec elles. Au même moment, se relayaient à la tribune des délégués locaux de la CADC, de la CIC Béjaïa et de la CCC Bouira qui réitéraient les positions du mouvement et les revendications des archs : refus de tout dialogue, demande de libération des détenus, rejet des indemnisations et satisfaction de la plate-forme d’El Kseur. Lors de son intervention, Khaled Guermah, exprimant sa profonde déception, a appelé la population, notamment les délégués, «à l’unification des rangs, car les problèmes internes sont plus durs que les problèmes externes», a-t-il crié au micro. Certains délégués de l’Interwilayas dégagent, pour leur part, une vive préoccupation : craignant une démobilisation le 20 avril, jour de la marche. Ils se sont réunis dans le village l’après-midi pour préparer «le rassemblement national» qui aura lieu à Amizour (Béjaïa) le 22 avril à midi.

Par Saïd Gada

 

 
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