18 décembre, journée mondiale des migrants

Quelle alternative à l’émigration clandestine ?

El Watan, 18 décembre 2010

L’Association algérienne AFAD vient de finaliser les recommandations qu’elle prévoit de soumettre lors du Forum social mondial de Dakar (Sénégal). Ce rendez-vous planétaire se tiendra en février prochain à Dakar (Sénégal), où AFAD représentera notre pays en tant que membre du Comité de pilotage du projet régional de défense des droits des migrants, demandeurs d’asile et réfugiés, mis au point en février 2008, à l’initiative de la Cimade.

Au même titre que ses homologues du Maroc, du Mali, du Niger, du Sénégal et de Mauritanie, eux aussi membres du comité, Mme Haddad, présidente de l’AFAD, estime «cruciale» la participation de l’Algérie. Car il s’agit de réfléchir ensemble sur la problématique de la migration dans sa globalité, le forum de Dakar devant consacrer une large part à la thématique de la migration. Ce forum vient à son heure, note la militante, compte tenu des dégâts collatéraux énormes induits par l’émigration clandestine. Dégager une stratégie commune de lutte pour une alternative à l’émigration clandestine pour les ressortissants des zones de départ ou de transit est l’objectif recherché par ces pays, dont la plupart se sont substitués «gendarmes» de l’Europe.

En effet, explique Mme Haddad, des pays traditionnellement d’émigration comme le Maroc, l’Algérie, le Mali, le Niger, le Sénégal ou la Mauritanie sont subitement devenus des pays de transit, voire d’accueil par défaut pour de nombreux migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. De plus, les accords mis en œuvre par l’Union européenne et ses Etats membres pour endiguer les flux migratoires africains vers l’Europe ont des conséquences importantes sur la manière avec laquelle sont traités les migrants. En cause, ces pays n’ont ni les moyens humains et financiers ni, pour certains, la tradition démocratique nécessaire à un traitement respectueux des droits humanitaires.
D’où la mise au point du projet régional et la participation au Forum mondial de Dakar qui, selon notre source, ont pour finalité de proposer un cadre juridique régional pour la libre circulation des personnes et inciter l’Europe à revoir sa politique migratoire.

C’est à Gao, au Mali, en 2008, rappelle Mme Haddad, que le forum sous-régional avait été mis en place par des associations sénégalaise, nigérienne, malienne d’abord, pour s’étendre à un niveau régional intéressant des pays comme la Libye, l’Algérie, le Maroc en raison de leur rôle indéniable dans le transit de candidats à l’émigration clandestine vers les pays européens, notamment. Dès lors, le réseau s’est engagé dans une stratégie de collaboration et d’échange avec tous les acteurs de la plateforme de la migration, note-elle. Outre les recommandations, les pays concernés par les flux migratoires – départ, transit, accueil – prévoient d’exposer des exemples d’initiatives dissuasives réussies dans certains d’entre eux. L’objectif consiste à donner aux associations et ONG africaines les moyens de peser sur la balance lors du Forum social mondial de Dakar, conclut la présidente d’AFAD.

250 sans-papiers algériens à Genève

Bien qu’ils soient peu nombreux – à peine 250 – comparés aux autres immigrants clandestins nord-africains, indique Mme Haddad, la présidente d’AFAD, les sans-papiers algériens «harraga» sont très peu acceptés par les Suisses, notamment la population genevoise. Cette dernière les surnomme les «Zizou» en référence au joueur international de football Zinédine Zidane.

Ces 250 sans-papiers sont accusés, pour la plupart, d’être spécialistes du vol à la tire et d’agressions. Selon Mme Haddad, en vertu des «jours-amendes» – un régime de peines pécuniaires mis en vigueur début 2007 – ces sans-papiers sont relâchés sitôt arrêtés. Ce régime «jours-amendes» est néanmoins fortement décrié par le camp de la bourgeoisie parlementaire suisse.

Pour elle, le durcissement de la loi dans les pays européens – principalement en France, en Espagne et surtout en Italie – a poussé les harraga à jeter leur dévolu sur la Suisse. Une nouvelle destination pour les sans-papiers algériens qui n’hésitent plus à faire des côtes espagnoles et françaises des points de transit pour tenter leur chance ailleurs. «La Suisse et l’Autriche semblent représenter, actuellement pour nos harraga, une terre d’accueil», note notre interlocutrice.

C’est justement dans le souci de juguler ce phénomène avant qu’il ne prenne de l’ampleur que les deux pays ont convenu de conclure ce nouveau protocole. Pour la Suisse, «le fait de solliciter les services de la police algérienne pour reconduire les sans-papiers expulsés dénote son attachement à son titre d’un des pays les plus humanitaire au monde. Elle voudrait épargner à nos harraga les affres des reconductions forcées dont aiment à le faire les policiers de l’Hexagone», ajoute la militante. En Algérie, l’on ne s’est pas limité à criminaliser l’acte d’émigration clandestine. Pis encore, la chasse aux harraga par des policiers algériens est lancée outre-frontières.
Naima Benouaret


Accords bilatéraux de réadmission signés par l’Algérie

Leur application se heurte à des contraintes

En raison de sa centralité géographique et de ses potentialités économiques, l’Algérie est passée du statut de pays d’origine et de transit à celui de pays de destination des migrations tant légales qu’irrégulières.

C’est pourquoi elle attache une grande importance à la coopération régionale dans le domaine de la migration. Ainsi, outre les conventions d’établissement signées dans les années 1960 et 1970 avec les pays du Maghreb, l’Algérie est liée aux deux principaux pays voisins du Sud, le Mali et le Niger, par des accords de coopération frontalière signés en 1995 et 1997. Ces accords prévoient la coopération en matière de lutte contre la migration clandestine à travers l’échange d’informations et le démantèlement des réseaux de passeurs.
Au cours de la dernière réunion du Comité frontalier algéro-nigérien, tenue en avril 2006 en Algérie, les deux pays ont convenu d’approfondir la coopération par la coordination de la lutte contre la migration clandestine et un meilleur contrôle des flux de migrants illégaux.

L’Algérie a également conclu, en mars 2002, un arrangement avec le Nigeria qui prévoit la coopération en matière de rapatriement de leurs ressortissants en situation irrégulière. Cet engagement a été réitéré, en octobre 2005 à Abuja, par les deux parties. Eu égard notamment à sa position géostratégique au carrefour de l’Europe et de la Méditerranée, notre pays se caractérise aussi par des flux migratoires à destination de l’Europe. A cet effet, des accords bilatéraux de réadmission ont été conclus avec certains pays européens, notamment la France (le 28 septembre 1994), l’Allemagne (le 14 février 1997), l’Italie (le 24 février 2000), l’Espagne (le 31 juillet 2002), la Suisse (le 3 juin 2006), le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (le 11 juillet 2006).

Ces accords ont été signés sur la base des principes suivants : l’identification préalable, l’authentification de la nationalité, l’accord de renvoi en cas d’erreur sur la nationalité, la préservation des droits acquis des ressortissants concernés et le respect de la dignité des personnes réadmises. Leur mise en œuvre bute sur les délais trop longs enregistrés dans l’acceptation, par les pays de renvoi, de reprendre les personnes réadmises en Algérie, dont la nationalité algérienne n’est pas formellement établie après l’examen de leur situation.
Naima Benouaret


Vers une charte mondiale des migrants

Une Charte mondiale des migrants (CMM) sera proposée lors du Forum mondial de Dakar, le premier regroupement citoyen planétaire de l’histoire.

L’objectif recherché par ses auteurs est de contribuer à la disparition de tout système ségrégationniste et à l’avènement d’un monde pluriel, responsable et solidaire.La CMM est le fruit de plusieurs études et enquêtes menées par l’Assemblée mondiale des migrants (AMM) partout dans le monde. Elle vise à offrir aux migrants les moyens juridiques à même de leur permettre de défendre leurs droits. En voici un extrait : «Les migrantes et migrants doivent jouir du même droit d’exercer un commerce là où elles et ils le désirent, de se livrer à l’industrie ou d’adopter un métier, manuel ou non, comme toute profession permise pour les groupes nationaux de façon à leur permettre d’assumer leur part de responsabilité dans la production des richesses nécessaires au développement et l’épanouissement de tous.»

Naima Benouaret


1,21 million d’Algériens à l’étranger, selon la BM

La communauté algérienne établie à l’étranger est estimée à environ 1,21 million de personnes. Elle est principalement concentrée dans 9 pays avec en tête la France, ensuite l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis, la Belgique, l’Allemagne et la Tunisie, indique la Banque mondiale dans son rapport de 2010. D’autres sources parlent, pour leur part, de 2,5 millions d’Algériens vivant à l’étranger. Ils seraient 1,3 million en France, 53 000 au Canada, 35 000 en Espagne, 27 000 en Allemagne et 15 000 aux Etats-Unis. En termes d’apport, les transferts de fonds effectués par la diaspora algérienne via les canaux bancaires et postaux fluctuent autour de 2 milliards de dollars par an. Un montant presque équivalent est écoulé sur le marché informel.
Naima Benouaret

 
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Criminalisation de la migration  
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