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“Pré-carré” ?
Mounir Boudjema, Liberté, 15 avril 2006
En brandissant publiquement l’entente algéro-américaine, la diplomatie algérienne envoie un signal limpide aux Français. Le huis clos avec la France est terminé.
L’air de rien, les propos du MAE algérien, Mohamed Bedjaoui, à Washington sont une première. L’ancien magistrat de La Haye, diplomate sur les bouts des ongles, connaît mieux que quiconque la résonance des mots en diplomatie. Son affirmation que les États-Unis d’Amérique ont plus de poids que la France en Algérie brise un tabou et plante un nouveau décor dans les relations algéro-françaises.
Si le président Bouteflika a dit tout haut à Douste-Blazy que l’Algérie n’acceptera plus d’être dans le rôle du partenaire “humilié” par un devoir de mémoire à sens unique et des octrois de visas conditionnés, sa colère n’a pas transpercé les murs du palais d’El-Mouradia. Paris ayant saisi le message, Chirac en premier, sachant que le traité d’amitié n’est pas certainement pour lui, mais pour son successeur, les choses devaient rester en l’état. Du moins le croyons-nous.
Mais, voilà que le discret Bedjaoui, complice diplomatique de Bouteflika et parfait connaisseur de la France, lâche, comme par inadvertance, une conclusion qui chamboule la perception stratégique des relations extérieures de l’Algérie. Devant Condoleezza Rice, qui menaçait la puissance iranienne quelques minutes avant, Bedjaoui “reconfigure” la vision algérienne de ses rapports avec les deux puissances occidentales qui ont le plus d’intérêts dans notre pays.
Pour de nombreux observateurs, que les États-Unis détrônent la France en Algérie, du moins dans le carré des décideurs, était un fantasme longtemps entretenu par des diplomates français trop confiants dans leur marge de manœuvre dans un pays qu’ils traitent encore comme faisant partie d’un “pré-carré” naturel. On savait les Américains entreprenants, agressifs sur le pétrole, pragmatiques dans l’antiterrorisme, pratiques dans leur conception de la démocratie en Algérie. On savait les Français en recul dans les espaces d’échanges commerciaux, timorés par l’investissement et ambigus dans leur approche de l’histoire commune. Mais, aussi bien pour les uns que les autres, la déclaration de Mohamed Bedjaoui est une nouveauté. Une redistribution de cartes sans précaution langagière ou sémantique qui traduit parfaitement l’état d’esprit des dirigeants algériens, Bouteflika en tête.
En brandissant publiquement l’entente algéro-américaine, la diplomatie algérienne envoie un signal limpide aux Français. Le huis clos avec la France est terminé. L’Algérie ne sera plus otage des hésitations françaises dans la région et doit, également, changer de vision par rapport à l’histoire commune. Du moins, celle de l’avenir.
Et si Bouteflika a autorisé Bedjaoui à porter ce coup terrible à “l’arrogance” française au Maghreb, en particulier en Algérie, c’est que le président algérien sait que les rapports de force, aussi bien internes qu’externes, sont en sa faveur et vont le demeurer.
M. B.
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Offensive américaine en Algérie
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