ESSAIS NUCLEAIRES FRANÇAIS EN ALGERIE

Vers une action internationale

par Fayçal L., Le Quotidien d'Oran, 11 avril 2007

Une action judiciaire internationale commune sera menée par tous les pays ayant été victimes des essais nucléaires français. L'annonce a été faite hier par maître Fatma Benbraham lors de son passage au forum d'El Moudjahid. Selon cette avocate, membre de l'Instance nationale pour la décolonisation des relations algéro-françaises (INDRAF), «cette instance internationale déposera une plainte contre la France auprès de la justice française et la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité».

S'appuyant sur le rapport du ministère de la Défense de la République française, publié le 7 février 2002, Me Benbraham a estimé que «ce document a ignoré les milliers de victimes des nombreux essais nucléaires effectués par l'ancienne puissance coloniale en Polynésie et dans le Sahara algérien». Elle ajoutera dans ce contexte que «le rapport français cache les atrocités commises, en soutenant que les essais étaient à caractère scientifique», affirmant que «l'INDRAF vient de créer une cellule pour prendre en charge les doléances des victimes, civiles et militaires». «Si le premier essai colonial en Algérie remonte au 13 février 1960, les séquelles de ces expériences quant à elles sont restées jusqu'à ce jour, où des générations après souffrent toujours des effets secondaires graves entraînés par ces essais», a-t-elle précisé.

Cette rencontre à la quelle ont pris part des historiens et autres témoins des événements a été caractérisée par la publication de chiffres qui dénotent, selon la conférencière, «la gravité de ces pratiques». Selon elle, «le fameux rapport parle de 300 à 400 victimes, or les rapports datant des années soixante ont révélé l'existence de 8.500 victimes militaires et 6.000 civiles, réparties entre les populations de la région et les travailleurs algériens», a-t-elle soutenu.

L'avocate a affirmé, en outre, que la cellule qui a été créée «va demander à la France d'indemniser les victimes et les ayants droit», ajoutant que «la plainte qui va être déposée s'appuiera sur le traité de Rome de 1999, relatif aux crimes contre l'humanité et aux génocides». Une preuve selon l'avocate que les Algériens devaient servir de cobaye, «la France a protégé son peuple et son territoire pour détruire notre terre».

De son côté, l'ex-appelé de l'armée française, M. Gérard Aïssa Ruot, a expliqué que «les militaires dépêchés à Reggane et In Ekker ne savaient pas qu'ils allaient assister à de dangereux essais nucléaires». Il a affirmé que «rien que pour avoir caché la vérité à ses militaires, la France est condamnable», soutenant que les appelés du contingent «une fois arrivés au point zéro, lors du premier essai baptisé «Gerboise bleue», avaient compris qu'il s'agissait d'essais nucléaires».

 
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