Hormis les partis au relatif et traditionnel ancrage dans la société

Le syndrome des salles vides poursuit les partis microscopiques

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 30 Avril 2007

Rares sont les meetings électoraux qui ont drainé beaucoup de monde lors des quatre premiers jours de réclame politique en faveur des listes des 24 partis et de celles dites indépendantes. Phénomène conjoncturel ou alors tendance lourde ?
Tout porte à croire qu’il s’agit, dans le cas de l’écrasante majorité des partis en lice -ceux connus depuis de longues années pour être dénommés schtroumpfs en référence à la taille de célèbres dessins animés- d’une tendance lourde que viendra fort probablement confirmer l’annonce des résultats de ces législatives (2007-2012). Des images de la télévision nationale montraient samedi soir des salles quasiment vides concernant les meetings des dirigeants à la tête des partis schtroumpfs engagés dans la course électorale avec des listes dont les chances de succès sont minimes, pour ne pas dire inexistantes. Les sigles sont multiples au sujet pour ces partis microscopiques, certes vieux de plusieurs années dans leur majorité, mais tous sans ancrage dans la société. Il s’agit, entre autres, du mouvement El Infitah de Omar Bouaacha, du PNSD de Mohamed Cherif Taleb, du RA de Ali Zeghdoud, du MEN de Ali Boukhezna, etc. Même les partis de la mouvance islamiste qui, jadis, mobilisaient des milliers de personnes à leurs manifestations se retrouvent devant des sièges ou gradins aux trois quarts vides.
Le duo Ennahda-MRN a eu à le vérifier lors de ce début de campagne. Samedi dernier, il n’y avait pas foule au meeting du MRN de Mohamed Boulahia, à Tlemcen, et à celui d’Ennahda de Fatah Rebaï à Ouargla. Ces deux mouvements islamistes, créés à l’origine par Abdallah Djaballah, sont, selon toute vraisemblance, partis pour une véritable débâcle lors du scrutin du 17 mai prochain.
Toujours selon les images de l’ENTV, seuls les dirigeants des partis à relatif ancrage national dans la société, à savoir le FLN de Abdelaziz Belkhadem, le RND de Ahmed Ouyahia, le MSP de Bouguerra Soltani, le RCD de Saïd Sadi, le PT de Louisa Hanoune, et à un degré moindre le FNA de Moussa Touati, font salle comble.
Au-delà de la capacité de mobilisation de quelques-uns des 24 partis en course pour le palais Zighoud Youcef, il est à souligner que, dans certaines manifestations publiques lors de cette campagne, des fonctionnaires sont, semble-t-il, libérés de leur poste de travail pour rejoindre les meetings et ce, en fonction du… poste de responsabilité de ceux qui aspirent à devenir députés. Quelques cas sont, à ce propos, rapportés par des correspondants de presse.
Par ailleurs, des placards publicitaires sont publiés dans la presse nationale pour tenter de rameuter militants et sympathisants pour leurs manifestations publiques et ce, à la place et lieu du travail militant de proximité à l’échelle locale. Autre phénomène télévisuel : un président d’un parti qui ne se manifeste que lors des rendez-vous électoraux et dont le sigle comprend «Nature» et «Développement» se permet même le luxe, toujours selon le JT de samedi dernier, de «convoquer» l’ENTV dans son bureau pour une «conférence de presse». Quoi qu’il en soit, et au quatrième jour de la campagne, les leaders des FLN, RND, RCD, PT et FNA se trouvaient hier respectivement dans les wilayas de Chlef (Abdelaziz Belkhadem), Khenchela (Ahmed Ouyahia et Moussa Touati), Mila (Saïd Sadi), Relizane (Louisa Hanoune).
De leur côté, Taleb et le PNSD se trouvaient hier à Souk Ahras, Rebaïne et AHD54 à Bouandas (Sétif), Bensalem et le PRA à Khemis Miliana (Aïn Defla), Boukhezna et le MEN à El Tarf, Zeghdoud et le RA à Bouira, etc.
Autre première lecture de ce début de campagne : Si Saïd Bouchaïr n’a pas manqué de réitérer son appel aux acteurs de la campagne à «faire preuve de sagesse dans l’affichage des portraits, tout en respectant les espaces réservés à cet effet», il n’en demeure pas moins qu’au fur et à mesure que s’égrènent les jours des trois semaines légales de propagande électorale, nombre d’affiches font l’objet d’arrachage alors que des badauds s’occupent du reste. Quant à la fraude électorale, elle ne serait qu’une «vue de l’esprit», selon le coordonnateur de la commission politique nationale de surveillance des élections législatives.

Y. H.

 
Version imprimable
Elections 2007  
www.algeria-watch.org