La direction du parti de Abdelaziz Belkhadem face à la protestation de ses cadres

Les ministres au charbon

El Watan, 5 avril 2007

A chaque échéance électorale pour le renouvellement de l’Assemblée populaire nationale, les dissensions, les frustrations et les ambitions qui s’expriment au sein du parti, de manière latente, affleurent et créent dans les rangs du parti un climat de malaise.

En tant que parti dominant au sein de la majorité parlementaire sortante et de l’exécutif, il est tout à fait normal que les clameurs qui s’élèvent de l’intérieur du parti ne laissent pas indifférents. Après la phase de redressement du FLN qui s’est effectuée, dans le sillage de l’élection présidentielle d’avril 2004 dans les conditions que l’on sait, on pensait, trois ans plus tard, que le parti avait soldé définitivement ses comptes avec le courant emmené par l’infortuné Benflis ou ce qui en restait et qu’il était entré dans une nouvelle phase de stabilisation organique et programmatique. Le mécontentement généré par l’opération de choix des candidatures au niveau de certaines structures de base du FLN a révélé que le FLN reprofilé n’a pas encore consommé sa crise. Le secrétaire général du FLN, M. Belkhadem, qui a joué un rôle de premier plan dans le repositionnement du parti et l’allégeance prêtée au président Bouteflika intronisé président d’honneur du parti, s’est livré dans une conférence de presse animée cette semaine à des déclarations publiques pour le moins déroutantes. Il nous apprendra sur le ton presque de la confidence que les listes des candidatures du FLN sont frappées du sceau de Bouteflika. Dans l’entourage du parti et des heureux candidats à la candidature du FLN parmi le collège des candidats - ministres en poste - on ne nie pas le fait que Bouteflika en sa qualité de président d’honneur ait eu à exercer son « droit de veto » sur les candidatures proposées. Mais de là à penser que le choix des personnalités figurant sur les têtes de listes du parti est l’œuvre de Bouteflika et de lui seul, c’est aller vite en besogne, affirme-t-on. La caractéristique première des listes électorales du FLN et plus précisément du choix des têtes de listes réside dans le fait que tous les ministres FLN du gouvernement en place ont été non seulement retenus sur les listes du parti, mais bien plus placés aux premières loges. A l’exception d’une seule personnalité et non des moindres et qui n’est autre que le secrétaire général du parti, M. Belkhadem lequel s’est mis, cette fois-ci, en réserve du mandat parlementaire alors qu’il n’a jamais manqué à l’appel lors des différentes législatures qui se sont succédé depuis plus de deux décennies. Nul doute que ce choix est loin d’être un désaveu politique de sa propre famille politique et du président Bouteflika entre les mains duquel Belkhadem ne manque pas, à chaque fois, de remettre le sort du parti et son sort personnel. Et pourtant, statutairement, en tant que secrétaire général du parti, il est censé être le véritable patron du FLN, Bouteflika n’étant que président d’honneur du parti ! A quoi répond donc la stratégie élaborée par la direction du FLN et ses sponsors politiques dans les cercles du pouvoir et qui consiste à aligner tous les ministres en exercice, sans exception, pour les prochaines législatives en leur confiant, sûrs de leur bonne étoile, des missions de lièvres ? La direction du FLN est-elle satisfaite du travail accompli par tous ses ministres au gouvernement pour leur renouveler sa confiance en les sollicitant pour les prochaines élections législatives ? Le FLN a fait montre, en l’espèce, d’une solidarité sans faille envers ses cadres en ne sacrifiant aucun ministre en poste. Pas même ceux que l’on présentait comme partant du gouvernement et dont le président n’a pas manqué publiquement lors de ses visites d’inspection sur le terrain de critiquer de manière sévère leur gestion. On ne change pas une équipe qui gagne : c’est le message qui apparaît en filigrane de la stratégie électorale mise en œuvre par le FLN dans la perspective des prochaines législatives. C’est aussi une manière pour le FLN d’inviter ses ministres à se soumettre à l’épreuve des urnes. Autre hypothèse : si les ministres FLN avaient été jetés par paquet à la trappe, la lecture à faire d’un tel geste ne peut être que politique. En jouant donc la carte de la continuité, le FLN cherche à faire croire qu’il est sur la bonne voie et que son bilan dans les institutions est positif. Et qu’il faut par conséquent lui faire confiance pour l’avenir. C’est le sens à donner au rappel en masse sous le drapeau du FLN des ministres de ce parti pour les prochaines législatives. Qui pourrait croire en effet un seul instant que tous les ministres FLN choisis pour représenter le parti dans les différentes circonscriptions électorales représentent le meilleur cru apte à mener le FLN vers la victoire aux prochaines législatives ? A bien analyser de près, certaines candidatures de ministres étrangers aux wilayas où le parti les a désignés pour représenter le parti, on a du mal à suivre le FLN dans sa logique électorale. Certaines candidatures ressemblent à s’y méprendre à un véritable suicide annoncé. En envoyant aux charbons un ministre qui se fera inévitablement étriper, c’est aussi le parti qui se fait hara-kiri. Quel est donc le secret du FLN pour forcer ainsi avec une assurance des grands jours les portes du paradis ? Même celles qui apparaissent, selon toute logique, hermétiques et blindées pour le parti.

Omar Berbiche

 
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Elections 2007  
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