Incorporation par le FLN des ministres en tant que têtes de liste :

Un choix stratégique et… risqué

par Youcef Brahimi, Le Jeune Indépendant, 2 avril 2007

Qui est responsable du bilan du gouvernement issu de l’alliance présidentielle ? C’est à cette question que se résume le dilemme après le choix d’utiliser massivement des ministres en tant que têtes de liste. Qui sera alors le fusible sur qui on mettra tout ce qui est négatif ? le premier enseignement à retenir est que le pouvoir, et par ricochet le FLN, a retenu la leçon de 2002 en préparant à l’avance au moins deux personnalités, l’une diplomate de carrière, la seconde ministre, pour le poste de président de l’APN et troisième homme de l’Etat si l’on ne prend pas en considération le président du Conseil constitutionnel.

Le deuxième enseignement est que les deux personnalités, Abdelkrim Gherieb et Abdelaziz Ziari, sont de l’Est – ce qui nous laisse déduire que le pouvoir a décidé de corriger l’atteinte au sacro-saint principe de l’équilibre régional en réservant le poste à une personnalité originaire de l’est du pays.

Car depuis la démission d’Ali Benflis, originaire de Batna, du poste de chef de gouvernement en 2003, l’Est n’est plus représenté au sommet de l’Etat. Le président de la République, le président du Conseil de la nation, le président du Conseil constitutionnel sont de l’Ouest, le président de l’APN du Sud, le chef du gouvernement du Centre-Ouest.

Le troisième enseignement est que le FLN a décidé d’utiliser en masse ses ministres en tant que têtes de liste. Cette stratégie a, certes, ses avantages : elle limite la contestation de la base, complexe les listes des autres candidats, permet aux ministres qui ne seront pas reconduits dans le futur gouvernement de sortir par la grande porte, profiter de la double casquette des ministres pour abuser des médias lourds… Mais elle a aussi des inconvénients et pas des moindres.

A moins de considérer que la mémoire des électeurs est trop défaillante ou que leur capital patience soit intact, le coup de gueule du président de la République retransmis par l’ENTV en avril dernier sur certains ministres, la demande de remaniement du gouvernement faite par Belkhadem pour se défaire de certains ministres et qui n’a pas été satisfaite, ne plaident pas en faveur de la stratégie de l’ex-parti unique.

Les retombées du scandale Khalifa, impliquant directement ou indirectement certains ministres, la persistance des crises du logement, du travail, de confiance, la hausse de la criminalité et de la délinquance, les scandales financiers à répétition vont certainement désavantager les ministres candidats qui auront, en plus, du mal à choisir des thèmes mobilisateur, tellement l’échec est patent.

Le FLN n’est pas le seul parti de l’alliance présidentielle à faire face à la problématique de la perception de l’Algérie profonde, celle qui vote, du bilan médiocre des dix dernières années. Mais en optant pour l’injection de quasiment l’ensemble de ses ministres, le FLN, au grand bonheur du RND et du MSP qui tenteront de capitaliser les reports de voix des électeurs de la famille nationaliste, prend le risque de se voir reprocher, seul, la responsabilité du bilan peu reluisant des gouvernements qui se succèdent.

Ce n’est pas parce qu’on a lâché une hausse modeste et très discutable des salaires, après une décennie de blocage, que le FLN mobilisera une base incrédule lassée par les slogans creux, l’abus de la référence à la Révolution ou les promesses sans lendemain.

La tentation de faire référence au programme du président de la République pour s’assurer des secondes au JT de l’unique ne pourra non plus pas assurer une mobilisation de l’Algérie profonde, confrontée à la pénurie du lait pasteurisé, aux coupures de l’alimentation en eau potable, à la persistance du chômage et de la crise du logement, à la catastrophe des structures sanitaires publiques… Autre problématique, le vivier des électeurs du FLN se rétrécit d’année en année par la disparition de retraités, de moudjahidine, de fonctionnaires, de fellahs… un vivier pratiquement impossible à reconstruire à cause du désintérêt des jeunes vis-à-vis de la politique.

Et la marginalisation des jeunes compétences, visible dans le choix des têtes de liste et des 4 candidats qui suivent, dont l’âge avancé est évident, n’est pas faite pour arranger les choses. Le choix donc de la direction du FLN de confier aux ministres les têtes de liste a ses avantages et ses inconvénients.

A Belkhadem de transformer les inconvénients en avantages en commençant, par exemple, par communiquer sur le profil du futur gouvernement… Y. B.

 
Version imprimable
Elections 2007  
www.algeria-watch.org