Le secrétaire national du FFS à Béjaïa

« Notre boycott crée un déséquilibre »

El Watan, 21 avril 2007

Le Front des forces socialistes réaffirme sa décision de boycotter les législatives du 17 mai prochain avec presque le même argumentaire qui l’a amené à faire l’impasse sur le dernier scrutin législatif en date et prend ainsi le « risque » d’un cinquième boycott d’affilée depuis les sénatoriales de décembre 2003.

Le conseil national du FFS avait, pour rappel, lancé le mot d’ordre de « dissidence nationale électorale citoyenne et pacifique » lors des élections législatives du 30 mai 2002 qu’il avait considérées comme s’inscrivant « dans la perspective diabolique de mise à mort du peuple algérien et du potentiel politique qui lui est resté fidèle ». Cinq ans plus tard, le parti de Hocine Aït Ahmed décèle chez le pouvoir en place les mêmes velléités de « faire démissionner la population de la politique ». « Que le citoyen arrive à ne croire en rien, c’est cela le summum de la dictature », considère-t-on. La reformulation est de Karim Tabbou qui est venu avec ses envolées lyriques ponctuer sa première sortie publique, jeudi dernier à la maison de la culture de Béjaïa, en tant que premier secrétaire du FFS fraîchement désigné. Une première sortie intervenant à la veille de la réunion, hier, du conseil national devant adopter le programme de la nouvelle équipe. Le parti socialiste fait le constat du recul de la démocratie et refuse de « se laisser incorporer dans les institutions » actuelles et dit être convaincu que son boycott « crée un déséquilibre » dans ces législatives. Le message, s’il est adressé à la majorité de la classe politique engagée dans la course électorale, ne manque pas de « s’occuper » du frère ennemi, le RCD en l’occurrence dont la position reconsidérée vis-à-vis du pouvoir échappe à la logique du FFS. « Comment s’est faite cette transition ? », s’est interrogé Karim Tabbou qui explique que si la solution est dans la négociation avec le pouvoir, son parti aurait pu le faire avec « plus de possibilités parce que plus crédible ». « Certains se sont empressés d’organiser leur congrès comme s’ils étaient mis au courant de ce qui va venir », déclare-t-il l’air soupçonneux. L’allusion est à la disqualification des listes du parti de Djaballah pour cause de congrès non tenu dans les temps. Comme pour mettre en avant le combat « solitaire » du FFS convaincu d’être « devant une élection sans règles », il est invité à « recréer la notion du collectif ». Une invitation pour qui ? Le discours abondamment imagé, le nouveau n°2 du Front des forces socialistes compare le champ politique national à une « grande salle d’attente où chacun attend séparément ». La rhétorique est utilisée pour stigmatiser les tenants du pouvoir, rendus coupables d’user « de moyens pas très catholiques » et « de casser des ressorts ». Pour lui, les jeux sont faits parce que le pouvoir qui « a passé des marchés et distribué les rôles » a choisi « ses candidats ». « Pour la première fois, les élections seront transparentes », ironise-t-il. Karim Tabbou ne veut pas croire à la crédibilité du prochain scrutin ni à la neutralité de l’administration. « Dans un pays où le sachet de lait est donné par quota, on ne peut pas croire à une élection démocratique », dit-il. L’opinion publique est prise à témoin sur le fait que « l’administration a été actionnée pour se mobiliser il y a trois jours ». « C’est celui qui paye l’orchestre qui choisit la chanson », ajoute Tabbou.

K. Mejdoub

 
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