Des universitaires lancent un réquisitoire contre le gouvernement à la veille des législatives

Farouk Djouadi, Maghreb Emergent, 29 Avril 2012

Les élections législatives du 10 mai ne suscitent pas un grand débat en Algérie. Des spécialistes tentent pourtant de secouer le cocotier, en prononçant des sentences radicales. Le docteur Abdelaziz Hariti suggère ainsi un boycott massif des législatives pour imposer un changement politique radical et pacifique en Algérie, alors que l’économiste Bachir Messaitfa insiste sur l’indigence du gouvernement dans le domaine de la gestion, et sur l’absence de vision économique.

Le désintérêt des Algériens pour les élections législatives est annonciateur d’un changement politique radical. Et un fort taux d’abstention lors de ce scrutin sera « la manière des Algériens » de faire leur révolution contre un pouvoir « despotique » et « liberticide », qui a « étouffé » la population durant cinquante ans : c’est là l’essentiel d’une analyse de la situation politique algérienne présentée, dimanche à Alger, par le Dr Abdelaziz Hariti, directeur du Centre des études stratégique « Espoir de la nation ». Selon lui, les partis politiques, anciens et nouveaux, mobilisés par le régime à fin d’animer la campagne électorale, ne pourront rien changer. Et pour cause, le pouvoir et « ses dérivés » ont perdu toute confiance des Algériens.

Le Dr Hariti a déclaré que les Algériens n’iront pas voter parce que les réformes politiques annoncées par le président Bouteflika, en avril 2011, ont été « en deçà des attentes ». Mais aussi parce que les partis politiques sont, en matière de pratiques, une « copie conforme » du régime en place. Ce dernier ne pourra pas gonfler le taux de participation, car l’Algérie est « sous surveillance » internationale des suites des « révolutions » survenues en Tunisie, en Libye et en Egypte. Une fois le pouvoir discrédité par un boycott massif de ses élections, les Algériens pourront jeter les jalons de la « la deuxième république », selon le Dr Hariti.

L’absence de vision économique a précipité la faillite du régime

De son coté, l’économiste Bachir Messaitfa a estimé que la faillite du régime algérien est liée directement à sa gestion chaotique des affaires économique de la nation. Selon lui, l’absence de vision économique chez les dirigeants algériens se traduit, notamment, par l’inexistence d’un ministère de l’Economie. La décision économique est entre les mains d’un seul homme, le premier ministre en l’occurrence, qui « n’a pas réussi à mettre fin à la corruption et à la dilapidation des richesses du pays ».

Bachir Messaitfa, professeur d’économie à l’université d’Alger, a noté que le gouvernement de coalition composé du FLN, RND, et du MSP, appliquait depuis 1999, le programme du président Abdelaziz Bouteflika qui consistait en réalité à une simple « distribution de la rente ». Cette politique a mené à des résultats catastrophiques : le pays importe 70 % de ses besoins tandis que les exportations hors hydrocarbures ne représentent que 1.5 % du PIB.

A l’image du pouvoir, les partis politiques n’ont pas de vision économique, a déclaré Bachir Messaitfa. Les propositions formulées jusqu’ici par les partis en lice aux législatives sont « irréalisables, et ne tiennent pas compte des contraintes budgétaires ». Il a cité, en ce sens, les programmes de certains partis qui parlent d’un SNMG de 35.000 dinars, la création de sept millions de PME et la nationalisation des entreprises publiques privatisées durant la décennie 1990.

 
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Elections législatives 2012  
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