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Ali Yahia Abdennour, président de la LADDH «La charte est une offense aux droits de l’homme»par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 12 septembre 2005 Dans des propos virulents, le président de la LADDH répond à Ouyahia qui a accusé les initiateurs de Sant’Egidio d’avoir vendu le pays, et n’hésite pas à l’accuser de «fonctionnaire zélé qui se sert du prestige du pouvoir» Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a fustigé la démarche du président de la République en qualifiant la charte pour la paix et la réconciliation nationale de véritable «violation des principes des droits de l’homme aussi bien nationaux qu’internationaux». Dans une conférence de presse, animée à Alger et consacrée justement au référendum ainsi qu’à l’organisation du congrès de la ligue, M. Ali Yahia Abdennour a reproché à ladite charte d’être caractérisée par de profondes «confusions qui risquent de prolonger la crise, à défaut de lui apporter une solution définitive». Se faisant plus explicite, le président de la ligue dit voir en la charte une simple solution sécuritaire à un problème dont l’origine est d’ordre politique. Pessimiste, il va jusqu’à avancer que ce référendum est la quatrième proposition suggérée après, notamment, la loi sur la rahma et la concorde civile. «Il aurait fallu tirer les enseignements de toutes ces étapes et se résigner à aller chercher une véritable proposition à même de permettre une fin radicale de la violence», a-t-il affirmé. La solution la plus appropriée aurait été, estime-t-il, «de soumettre l’idée de la réconciliation nationale à un débat ouvert, pour déboucher sur une conférence nationale avant de soumettre les conclusions à un référendum». Par contre, ce qui est proposé aujourd’hui est une charte «incompréhensible contenant des non-dits reconnus par l’initiateur lui-même», a-t-il ajouté. Insistant sur le respect inéluctable des droits de l’homme, M. Ali Yahia Abdennour estime que l’»impunité» est une atteinte grave à la dignité de la victime dans la mesure où «il est inadmissible d’accepter qu’un criminel ne réponde pas de ses actes». «La paix et le respect des droits de l’homme, qui passent par la justice et la vérité, sont indissociables l’une de l’autre (…) ; tout pardon doit intervenir après une décision de justice, autrement cela créera des frustrations chez la victime elle-même», affirme-t-il. Or, poursuit l’avocat, l’environnement politique adéquat à une telle démarche est inexistant actuellement. Entre autres conditions citées par M. Abdennour pour créer ledit environnement, figurent notamment la levée de l’état d’urgence, la réforme de l’Etat et l’ouverture du champ politique. «Le président de la République ne cesse de marteler que le peuple est libre de voter contre la charte, mais, parallèlement, toutes les portes sont fermées à ceux qui font campagne contre cette démarche», s’étonne-t-il. Que se passera-t-il le 30 septembre ? Sur quels critères seront reconnus les terroristes criminels de ceux qui ne le sont pas ? Le terrorisme va-t-il réellement cesser ? Ce sont là autant d’interrogations soulevées par le président de la LADDH, qui rappelle, au passage, que la promulgation de la loi sur la concorde civile n’a pas empêché la mort de 850 à 1 200 personnes annuellement depuis l’année 2000. Ce qui le pousse à déduire que «la charte proposée à référendum n’est autre qu’un chèque en blanc que le président demande au peuple de signer pour lui donner davantage de pouvoir». S’inspirant du titre d’une chanson des années 1930, M. Ali Yahia Abdennour extrapole en concluant que «Oublie le passé et vient m’embrasser» ne peut s’appliquer à tous les coups et «surtout pas dans ce genre de circonstance». A la question de savoir s’il lance un appel à voter contre cette charte, M. Ali Yahia Abdennour répond : «Non, ma mission consiste uniquement à relever le danger, et le dernier mot reviendra aux citoyens.» Ouyahia est un adolescent politique Répondant aux déclarations de M. Ouyahia qui a accusé les initiateurs de la réunion de Sant’Egidio d’avoir vendu le pays, M. Ali Yahia Abdennour n’hésite pas à user de propos virulents en allant jusqu’à reprocher au chef du gouvernement d’être «un militaire habillé en civil». «Que peut-on répondre à un fonctionnaire zélé qui, de surcroît, est un adolescent politique ?», s’interroge-t-il. Toutefois, met-il en garde, «Ouyahia, habitué à utiliser les prestiges du pouvoir pour gravir les échelons devrait faire attention, car c’est souvent dans ce genre de situation que les chutes sont difficiles». «En tout cas, ce n’est pas nous (les initiateurs de Sant’Egidio, ndlr) qui avons vendu Hassi Messaoud et Hassi R’mel aux étrangers», affirme-t-il. En dernier point, notons que le congrès national de la LADDH, prévu pour les 22 et 23 de ce mois, se déroulera sous le slogan «Humanité, dignité et liberté». S. H. |
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