Bouteflika passe outre les objections et poursuit sa réforme "textuelle"

Salim Rabia , Maghreb Emergent, 10 Juillet 2011

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a décidé de poursuivre voire d’accélérer sa réforme « textuelle » sans tenir des objections politiques des opposants qui réclament un débat national sur les pratiques d’un système qui rendent caduques les lois et la Constitution. Au cours du Conseil des ministres, le président a demandé au gouvernement d’accélérer le travail d’élaboration des projets de lois (régime électoral, partis politiques, association et information) afin qu’ils soient examinés lors de la prochaine session parlementaire.

Le Conseil des ministres algérien réuni ce dimanche a décidé de différer sa décision sur trois projets de loi qui lui était soumis afin de permettre au « Gouvernement de prendre en considération toute proposition pertinente formulée lors des récentes consultations politiques, et qui, le cas échéant, aurait été omise ». Il s’agit d’un projet de loi relatif à la wilaya et de la loi organique fixant les cas d’incompatibilité avec le mandat parlementaire et de la loi fixant les modalités d’élargissement de la représentation des femmes au sein des assemblées élues. Le président Bouteflika a demandé, par ailleurs, au gouvernement de continuer son travail de préparation des avants projets de lois relatifs au régime électoral, aux partis politiques, aux associations et à l’information afin qu’ils puissent être soumis à la prochaine session du parlement. Selon le communiqué officiel publié par l’APS, le président Bouteflika a affirmer sa « détermination à faire aboutir, à travers ces réformes législatives ainsi que la prochaine révision de la Constitution, une consolidation réelle de l’Etat de droit fondée sur une séparation bien comprise des pouvoirs, une garantie confortée des droits et des libertés individuels et collectifs, le renforcement du pluralisme démocratique et un dispositif électoral offrant des garanties plus fortes de transparence et d’impartialité ». Le président Bouteflika semble tendre la perche à ceux qui ont choisi de décliner l’invitation de la Commission Bensalah chargée de recueillir les avis et propositions de réformes constitutionnelles. "La large consultation que nous avons récemment décidée a permis de connaître l’avis de la classe politique, des personnalités nationales et de la société civile. Cette démarche demeure ouverte à toute partie qui voudrait encore y apporter sa contribution", a indiqué Bouteflika en précisant que les « contributions et vues recueillies seront prises en considération dans l’élaboration de tous les projets de textes, y compris celui relatif à la révision de la Constitution, en ayant à l’esprit les principes, les constantes et les intérêts de la Nation ». Il a estimé qu’en définitive, c’est le peuple qui aura « à se prononcer sur la consolidation de l’Etat de droit et de la démocratie dont il est la source, et dont il a été l’artisan depuis la libération du pays au fil des différentes étapes de notre histoire contemporaine".

Mehri : « un système occulte dirige le pays »

Abdelaziz Bouteflika ne semble pas vouloir déroger à sa démarche de la réforme par les textes qui a suscité des critiques au sein de l’opposition. Beaucoup ont décliné l’invitation de la Commission Bensalah en faisant valoir que l’Algérie n’a jamais connu un problème de « textes » mais de pratiques politiques qui les réduisent à un pur décor. Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du FLN qui a accepté, par souci de pédagogie, l’invitation de la Commission Bensalah a souligné dans un entretien à la Nation que « depuis le début de la crise de 92 à ce jour, nous sommes devant un régime et un système de pouvoir ayant un aspect visible acceptable à travers les textes. Mais il a également une réalité autre, celle d’être un système occulte global qui dirige le pays. Quand on revendique le changement et que l’on nous donne les textes à discuter et à changer, à améliorer ou à amender, cela signifie qu’on limite les changements à la forme et que l’on ne touche pas au fondement du régime ». Pour Abdelhamid Mehri le changement ne peut se limiter à un changement de personnes ou de textes et il doit commencer par un débat national sur ce qu’il faut changer en partant d’une analyse du fonctionnement et des pratiques du régime. Il a cité, à cet effet, la pratique de « l’injonction verbale d’en haut » qui prime sur les lois et la constitution.

 
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