PLUS DE 120.000 PLANTS D’OPIUM ET DE CANNABIS DÉTRUITS EN UNE SEMAINE

L’Algérie nouveau «royaume» du pavot?

L'Expression, 29 avril 2007

La lutte contre la culture de drogue douce est devenue une priorité nationale en raison du lien unissant le terrorisme, le blanchiment d’argent et le trafic de drogue.

L’Algérie est-elle en passe de devenir un pays producteur de drogue? L’affirmative s’impose au vu des derniers coups de filet opérés par les éléments de la Gendarmerie nationale.
Les éléments de ce corps, à Timiaouine, appuyés par le Groupement d’intervention de réserve d’Adrar, ont découvert à Ksar Bahamou, dans la commune de Talmine (wilaya d’Adrar), une plantation d’opium et de cannabis contenant 43.000 plants d’opium et 500 autres plants de cannabis, selon un communiqué des services de la Gendarmerie nationale. Les mêmes sources ajoutent que «la marchandise de contrebande sera incinérée sur place» en étroite collaboration avec la justice.
Une enquête a été ouverte à ce sujet par la brigade de Gendarmerie de Charouine, dans la même wilaya, a-t-on encore souligné. La veille, vendredi, les mêmes éléments ont découvert à Ksar Bouhamou, toujours dans la commune de Talmine, une plantation de cannabis et d’opium contenant seize mille plants de la même substance et quarante cinq autres plants de cannabis. Auparavant, exactement lundi 22 avril, les mêmes éléments avaient découvert dix plantations de cannabis et d’opium d’une superficie totale de quinze hectares à Ksar Yahia Idris, commune de Talmine. Un simple calcul arithmétique donne une découverte de 15.060 plants de cannabis et 24.724 plants d’opium saisis en moins d’une semaine dans la seule wilaya d’Adrar en plus des 180kg d’opium. A cela s’ajoutent d’autres découvertes de la même nature faites dans différents endroits et exploitations agricoles, situés dans les wilayas d’Adrar et Bechar, ayant permis la destruction d’un total de 8073 plants de cannabis et autre pavot somnifère.
Par ailleurs, les éléments de la Gendarmerie nationale de Béni Abbès (Wilaya de Béchar) ont interpellé au sud-ouest de la même commune, les nommés G.A, 38 ans, demeurant à Hassi Lefhal (Ghardaïa) et D.A 27 ans, demeurant à Timimoun (Adrar), à bord d’un véhicule transportant neuf (9) kilogrammes et neuf cent cinquante cinq (955) grammes de kif traité. De son côté, la section de recherches de la Gendarmerie nationale de Blida a saisi lundi 10kg de kif traité à Chlef.
Deux personnes ont été arrêtées au niveau de la gare d’El Affroun et un kilo et demi de kif traité a été saisi. La perquisition a permis l’arrestation d’une troisième personne et la saisie de 10kg de kif traité.
Ainsi, le cannabis et l’opium ne transitent plus par les frontières ouest du pays mais sont cultivés à même le sol national. Des champs à perte de vue ont vu le jour. En outre, les quantités saisies démontrent que l’Algérie tend à devenir une plaque tournante de culture, de commercialisation et de consommation de drogue douce. Passant ainsi de statut de pays de transit, puis de consommateur pour arriver à celui de pays producteur.
Des quantités de plus en plus conséquentes sont saisies. Outre le fait qu’elles témoignent de l’imminence du danger qui guette le pays, ces quantités effrayantes de stupéfiants saisies en l’espace d’une semaine, nous poussent à nous interroger, dès lors, sur le volume réel de poison ayant échappé à la vigilance des services chargés de lutter contre la drogue et surtout de s’interroger: quelle est la quantité de stupéfiants consommée en Algérie?
Sur ce point, Abdelmalek Sayeh, président de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Onlcdt), affirmait: «Notre pays se dirige tout droit à devenir un grand espace de consommation de stupéfiants et il suffit, pour se convaincre, de constater que le phénomène touche jusqu’aux écoles primaires». S’agissant des causes de la progression vertigineuse prise par ce phénomène il avait estimé que la crise économique et sécuritaire qu’a vécue le pays, ces deux dernières décennies, est en grande partie responsable de cette situation inquiétante. Une raison à laquelle, on peut ajouter, poursuivait l’ancien magistrat, le fait que l’Algérie se trouve à proximité du Maroc, premier producteur de cannabis dans le monde et tout près de l’Europe, l’un des plus importants espaces de consommation de stupéfiants. Par ailleurs, «le volume des saisies de drogue est en nette évolution par rapport aux années précédentes», ne cessaient de déclarer les responsables au niveau de l’Onlcdt. Cependant, un fait mérite d’être relevé. Depuis la création de cet organisme, la lutte contre la culture de drogue douce est devenue une priorité nationale en raison du lien unissant le terrorisme, le blanchiment d’argent et le trafic de drogue.
Notamment depuis que Al Qaîda-Maghreb a décidé de faire de cette région sa zone de transit et de préparation de ses actes terroristes. Sur un autre plan, si la culture du pavot ne cesse de prendre de l’ampleur, c’est le ministre délégué, chargé du Développement rural, Rachid Benaïssa, qui doit vraiment s’arracher les cheveux au même titre, d’ailleurs que, Saïd Barkat, ministre de l’Agriculture et du Développement rural. En effet, le Fonds national de développement agricole initié par le ministère de l’Agriculture semble donner ses fruits, non pas ceux escomptés, du fait que les terres allouées à ce projet sont détournées de leur vocation initiale.

Smail ROUHA

 
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Kif, pouvoir et trabendo! (D. Benchenouf, 27.05.06)  
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