Procès du réseau maghrébin de trafic de drogue: 20 condamnations à perpétuité à Oran

par J. Boukraâ, Le Quotidien d'Oran, 15 mai 2008

Après quatre longues journées d'audience, le verdict de l'affaire de la filière maghrébine de trafic de drogue est tombé comme un couperet, hier après-midi.

Ainsi et à l'issue de plusieurs heures de délibération, le tribunal criminel d'Oran a condamné 16 accusés parmi les 24 présents à l'audience à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour sa part, le ressortissant libyen, mis en cause dans cette affaire, a été lui aussi condamné à perpétuité, avec interdiction de séjour en Algérie. Concernant les 4 accusés en fuite, ils ont été condamnés, eux aussi et par contumace, à perpétuité. Au total, ce sont donc, 20 condamnations à perpétuité. En outre, 5 accusés ont écopé de 20 ans de prison ferme. Un autre accusé a été condamné à une année de prison ferme et deux autres accusés on été, pour leur part, acquittés. S'étant constituée partie civile, la douane a demandé près de 10 milliards de centimes de dommages et intérêt.

C'était la consternation dans le box des accusés. Certains ne pouvaient plus tenir sur leurs jambes. D'autres se sont évanouis. Quelques accusés ont violemment réagis au verdict et ont crié à tue-tête leur innocence. A l'extérieur, le mécontentement se lisait sur les visages des familles des accusés qui ont été empêchées d'entrer dans la salle d'audience. Le dispositif de sécurité a été immédiatement actionné pour éviter tous débordements.

Par ailleurs, deux accusés en liberté provisoire ne se sont pas présentés au procès. Ils ont été condamnés à 5 ans de prison ferme et à verser une amende de 500.000 DA chacun.

Pour rappel, les accusés ont été poursuivis pour « importation et exportation de drogue», «association de malfaiteurs» et «faux et usage de faux de documents administratifs» et « port d'arme à feu ». Les faits remontent au mois de février 2007, lorsque les services de sécurité ont procédé à l'arrestation de quatre des mis en cause et à la saisie de 144 kilogrammes de résine de cannabis au niveau des communes de Boutlélis et d'Aïn El-Turck. 26 personnes présumées membres de ce réseau d'»importation et exportation de drogue», à partir du Maroc, vers la Libye en passant par l'Algérie et la Tunisie, ont été arrêtées par la suite, dont deux ont été placées sous contrôle judiciaire. Quatre autres demeurent en fuite.

Auditionnés par le tribunal, les accusés ont nié les faits tels que présentés dans l'arrêt de renvoi et sont revenus totalement ou partiellement sur leurs premières déclarations faites lors de leur interrogatoire par la police ou devant le juge d'instruction. Ils ont, cependant, reconnu avoir falsifié leurs documents d'identité, car ils étaient déjà impliqués dans d'autres affaires de stupéfiants. Le procureur de la République avait requis la perpétuité à l'encontre des 24 accusés présents.

Le représentant du ministère public a notamment mis en relief sa conviction quant à la pleine responsabilité de chacun des inculpés dans cette affaire, tout en citant des exemples de transactions financières effectuées vers les comptes de chèques postaux (CCP) des accusés dans lesquels de grosses sommes étaient souvent déposées. Il a également souligné que c'est la première fois qu'un réseau de cette envergure est démantelé par les services de sécurité.

Cette peine, réclamée par le magistrat dans son réquisitoire, a été, cependant, contestée par les avocats, qui avaient estimé que les charges retenues à l'encontre de leurs mandants reposaient principalement sur les procès-verbaux des investigations préliminaires basées essentiellement sur des «soupçons liés aux antécédents judiciaires des accusés» qui ne produisent, selon eux, «aucune preuve matérielle». Les avocats ont qualifié le réquisitoire de «disproportionné». Ils ont déclaré, dans ce contexte, que cette peine maximale prévue par l'article de loi auquel s'est référé le magistrat s'applique uniquement à «l'importateur» ou «exportateur» de drogue, acte «impossible à commettre par la totalité des accusés ».

Pour sa part, le procureur de la République a reproché aux avocats d'avoir trop « insisté » dans leurs plaidoiries sur l'interrogatoire des accusés par les services de police.

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org