Seules cinq requêtes sur plus d’un millier ont été approuvées

Pas de compensation pour les Algériens soumis à l’esclavage nazi

Le Quotidien d'Oran, 23 octobre 2005

Les requêtes déposées par les Algériens auprès du mécanisme mis en place par l’Allemagne pour indemniser les personnes astreintes au travail forcé durant la Seconde Guerre mondiale ont été massivement rejetées.

Dans des statistiques publiées le 18 octobre 2005 par la fondation en charge de la question, on indique que sur 1.263 demandes de compensation au titre du travail forcé, seules 4 ont été acceptées. Sur 86 dossiers de blessures corporelles, un seul a été approuvé et 85 rejetés. Enfin un seul dossier déposé pour «perte de biens» a été rejeté. C’est donc le rejet qui domine de manière massive pour les milliers de dossiers déposés par des Algériens victimes de travail forcé ou par leur ayants droit.

En 2000, une association algérienne établie en Allemagne se proposait de lancer une action en vue de parvenir à une indemnisation des Algériens soumis au travail forcé en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. La publicité faite autour de cette association avait suscité de nombreuses demandes d’Algériens ou de leurs ayants droit pour initier des procédures de compensation. Un membre de ladite association, aujourd’hui disparu, M. Salim Samai nous a adressés un courrier pour souligner que l’article publié le 15 novembre 2000 dans notre journal avait fait sortir de nombreux Algériens de leur léthargie. L’association qui agissait en vertu de la loi allemande du 6 juillet 2000 relative à la compensation du travail forcé durant la Seconde Guerre mondiale, demandait aux Algériens concernés ou à leur ayants droit de déposer tout document pouvant faire foi.

Outre la procédure «d’indemnités allemandes des travailleurs forcés et esclaves durant la 2è Guerre mondiale», d’autres formes de demandes d’indemnités ont été initiées. M. Samaï ne donne pas d’indications sur les résultats de ces procédures, mais nous indique, qu’il a reçu, lui-même, un chèque de 1.000 dollars de la part de la «commission internationale des réclamations des assurances». Il avait déposé une requête au nom de son père, mandataire à Batna, qui était assuré pour la «navette Batna-Alger» et dont le cheptel ovin a été «potentiellement saisi par les milices de Vichy à Chemora, douar des Aurès» où il était né. De toute évidence, M. Samaï agissait dans le cadre du chapitre «perte de biens» prévu par le mécanisme de compensations. Il reste que la lettre accompagnant le versement de la compensation de 1.000 dollars souligne qu’il n’a pas été possible de trouver des archives mais que les informations fournies par M. Samaï permettaient de conclure qu’il pouvait avoir contracté une assurance. La requête ne pouvant être établie en «raison des ravages de la guerre et du temps passé», c’est à titre «humanitaire» que la compensation lui est accordée. Et de fait, les dossiers présentés par les Algériens peinent à se faire reconnaître une éligibilité au système de compensation prévue par la législation allemande pour le travail forcé. La petite compensation humanitaire reçue par M. Samaï ne doit pas cacher que les démarches entreprises par les Algériens sont plutôt vaines. En 2001, l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), soulignait dans un communiqué que sur 4.000 demandes algériennes de réparation au titre du Programme allemand de dédommagement du travail forcé, la plupart ne remplissaient pas les critères d’admissibilité. La loi allemande exclut de l’éligibilité les prisonniers de guerre et les personnes décédées avant le 16 février 1999. Le communiqué relevait que les «personnes originaires d’Algérie et de France qui ont été soumises au Service du Travail Obligatoire en Allemagne (STO) sous le régime nazi et auxquelles le statut de Personne Contrainte au Travail en Pays Ennemi (PCT) a ensuite été accordé, selon la législation française, ne remplissent généralement pas les conditions requises pour obtenir réparation au titre du Programme allemand de dédommagement du travail forcé».

M. Saâdoune

 
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