Ouyahia à propos des événements d’octobre 1988 :

C’est le résultat du déchirement de l’appareil de l’Etat au sujet du choix économique

par Halim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 26 avril 2007

«Octobre 1988 a été le résultat d’un déchirement au sein de l’appareil de l’Etat entre les partisans et les opposants à l’ouverture économique», a révélé mardi le secrétaire général du RND Ahmed Ouyahia, qui était l’invité des «Rencontres économiques» initiées par le Forum des chefs d’entreprise (FCE) et consacrées à la présentation par les leaders des partis politiques de leurs programmes économiques respectifs.

L’ex-chef de gouvernement a ajouté que l’Etat «s’était retrouvé à l’époque au pied du mur» devant les aspirations de la jeunesse qui «prenait conscience qu’elle ne pourra plus bénéficier des avantages dont avaient bénéficiés ses aînés», citant à ce propos «un enseignement de qualité et un emploi garanti».

Les responsables de cette situation sont, selon lui, ceux qui ont choisi d’emprunter de l’argent et de s’endetter après la crise de 1982 pour maintenir à leur niveau les dépenses sociales de l’Etat alors que les prix du pétrole entamaient une chute vertigineuse suite à la fin de la guerre entre l’Irak et l’Iran.

«Le drame a commencé en 1982 lorsque l’Etat a choisi de recourir à la dette extérieure avec l’illusion du pétrole à 40 dollars alors que la guerre irano-irakienne était finie et au moment où le pays enregistrait une explosion démographique importante», a expliqué M. Ouyahia, indiquant que cette situation «nous a amenés à aller, au début des années 1990, sur une civière pour demander l’aide du FMI».

Ainsi donc, celui qui a fait toutes ses classes dans les rouages et l’appareil de l’Etat et que beaucoup aiment appeler «l’enfant du système» nous fait savoir que le «hoquet» de 1988 est le résultat d’un bras de fer entre la rive gauche et la rive droite de l’Etat sans autres précisions, néanmoins, sur l’identité des uns et des autres.

S’agissant de lui, qui n’a d’ailleurs jamais caché ses préférences puisque, comme aime-t-il à le répéter souvent, «les règles du marché et de l’économie sont clairement établies depuis 200 ans», M. Ouyahia ne cache pas sa tendance libérale.

Pour preuve, M. Réda Hamiani, le président du FCE, a, après avoir écouté l’exposé succinct du programme économique du RND, plaisanté avec M. Ouyahia en lui suggérant d’adhérer au FCE tellement son programme est en adéquation avec les visions et les aspirations des patrons.

M. Ouyahia a en effet fait siennes toutes les doléances et les demandes des patrons du FCE allant jusqu’à ne pas voir d’inconvénient et de danger à privatiser l’université et les hôpitaux. Le leader du RND préconise la privatisation graduelle des banques publiques après la consolidation de leurs capitaux par la Banque d’Algérie.

Toutes les PME publiques doivent être également vendues, ajoute M. Ouyahia, qui appelle aussi à ce que les entreprises stratégiques soient ouvertes au partenariat allant jusqu’à proposer de donner 49 % de leurs capitaux aux éventuels partenaires.

«Nous drainerons ainsi un savoir-faire et un engineering», argue-t-il. En outre, M. Ouyahia, est prêt, pour encourager l’investissement, à céder le foncier industriel avec un taux de 50 % de baisse dans l’intérieur du pays, citant ainsi l’Egypte qui a pu de cette manière développer son Sud.

Concernant le marché informel, la bureaucratie, l’accès au crédit et l’allègement des charges fiscales, jugés par les patrons du FCE comme les principaux écueils faisant face à l’émergence d’une véritable production nationale, Ouyahia sera à la hauteur des attentes de ces derniers.

La lutte contre la fraude économique et le gain facile passent, selon lui, par «un renforcement des moyens humains et juridiques de contrôle ainsi que par une syndication de l’information entre tous ses acteurs». Pour l’accès au financement des investissements, le leader du RND propose des crédits remboursables après quinze ans et n’exclut pas à ce que ceux-ci soient octroyés par les centres banquiers régionaux sans passer par le niveau central.

Entre autres avantages qu’il propose aux investisseurs, Ouyahia promet d’alléger leurs charges fiscales en réduisant la TVA et l’IRG de 20 %. La baisse de la première entraînera automatiquement, selon lui, une amélioration du pouvoir d’achat des citoyens alors que la deuxième servira à booster l’investissement sans porter préjudice au Trésor public puisque, explique-t-il, ce dernier «récupérera ces aides au quintuple en l’espace de cinq ans».

Pour l’émergence d’un véritable marché de l’immobilier, Ouyahia propose de céder les terrains de construction au dinar symbolique aux opérateurs privés «exactement comme on le fait avec l’office public», clame-t-il en préconisant également une aide au loyer ainsi que pour la scolarisation des enfants.

Seul point de discorde avec les patrons dont il était l’invité, Ouyahia n’accepte pas à ce que les travailleurs soient licenciés. «La paix sociale est à ce prix», a-t-il averti en indiquant que la cohésion sociale, la réhabilitation du plaisir de vivre dans le pays et l’amélioration des conditions sociales des Algériens font partie des priorités du RND.

Les Algériens «méritent autre chose que la mendicité et l’aumône», a-t-il dit en faisant référence au dilemme actuel alternant entre les seules augmentations de salaires et la solidarité. Pour M. Ouyahia, toutes ces dispositions visent à dynamiser le programme du président de la République de sorte à «le rendre plus rentable et lui permettre de donner des résultats rapides et substantiels».

H. M.

 
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