Abdelmalek Sayeh, directeur de l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie :

Les trafiquants algériens veulent s'affranchir des producteurs marocains

par Nassima Oulebsir, Le Jeune Indépendant, 30 avril 2007

Nos trafiquants, à la fibre entrepreneuriale, veulent devenir indépendants des producteurs marocains, leurs traditionnels «fournisseurs». Tels sont les premiers éléments de l’enquête de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie qui tire, au passage, la sonnette d’alarme.

L’institution lance un appel à l’ensemble des autres institutions étatiques pour conjuguer leurs efforts afin de faire barrière à l’investissement dans la production de drogue, sous peine de vivre des situations plus dangereuses que celle du Maroc.

Sur le plan de la prévention, l’Office réfléchit à la possibilité de créer un réseau d’associations pour mieux sensibiliser la société. Quant aux chiffres, ils sont de plus en plus inquiétants. Pour les trois premiers mois de cette année, 1 744 affaires ont été traitées, soit une moyenne de 19 par jour ! Le Jeune Indépendant : Depuis le début de l’année, on assiste à une spectaculaire hausse des saisies de cannabis, à quoi cette augmentation est-elle due ? M. Abdelmalek Sayeh : Certainement les chiffres deviennent de plus en plus importants.

Statistiquement parlant, nous avons enregistré la saisie de 5 837 kg de résine de cannabis et 1 025 plantes de cannabis. Ces chiffres concernent la période compris entre le 1er janvier et la fin de mars. Le mois d’avril n’est pas inclus, sachant qu’il s’agit particulièrement d’une période où d’importantes saisies ont été effectuées, il faut donc s’attendre à un bilan plus important.

En outre, 26 000 comprimés de psychotropes ont été saisis également durant le premier trimestre de cette année. Les chiffres démontrent également qu’au total, 1 744 affaires ont été traitées, dont 558 liées au trafic et à la commercialisation des stupéfiants.

Comment expliquez-vous l’ampleur du trafic de drogue ? Cela démontre que les différents services de sécurité font d’énormes efforts. Tout ce qui a été effectué a été fait à base d’exploitation de renseignements. Je profite de cet entretien pour rendre un hommage appuyé à l’efficacité de nos services de sécurité.

Sans la vigilance qui est de mise, le phénomène aurait pris une autre proportion, beaucoup plus dangereuse… Mais la situation est déjà inquiétante, surtout avec la découverte de champs de culture de résine de cannabis et de pavot.

Comment expliquez-vous la production du pavot chez nous ? Vous savez très bien que notre désert est vaste. Il est impossible de tout contrôler. L’éloignement de ces champs et de ces implantations rend la tâche plus difficile pour les services de sécurité, et pas seulement pour ceux chargés de lutter contre la drogue.

Le terrain dans le sud du pays favorise largement toutes sortes de productions, y compris de drogue. De plus, les différents réseaux de trafiquants sont constamment en contact entre eux. Selon nos conclusions, les trafiquants vont de plus en plus vers la culture de cannabis dans les wilayas du Sud.

Ils cherchent à ne plus dépendre des trafiquants marocains. Leur but et de produire, non seulement pour assurer leur indépendance, mais surtout pour exporter et commercialiser en maîtrisant les prix ! Il n’y a donc plus de doute, nous sommes devenus un pays de production ? Hélas, c’est une évidence ! La consommation prend de plus en plus du volume et, de ce fait, le marché de la drogue est devenu très porteur pour les trafiquants.

Il faut préciser que c’est le marché qui incite à la conversion de la culture de cannabis à celle, plus lucrative, du pavot. Que faire face à cette nouvelle donne ? Nous continuons bien entendu à lutter contre les trafiquants. Mais aujourd’hui, nous devons être plus vigilants qu’auparavant.

Au niveau de l’Office, nous continuerons dans nos campagnes de sensibilisation pour prévenir en mettant sur pied un réseau d’associations. Toutes les institutions étatiques sont aussi appelées à conjuguer leurs efforts pour barrer la route à cette nouvelle menace.

N. O.

 
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