Affaire Achour Abderrahmane-BNA

Une instruction et de nombreuses interrogations

El Watan, 25 avril 2007

Le motif est lié à l’extradition, il y a moins d’un mois, d’un des accusés. De lourdes interrogations entourent l’enquête judiciaire. Celle-ci n’a pas évoqué le volet des crédits bancaires complaisants, les complicités au sein de la police et l’origine de la fortune des proches et associés de Achour.

Le voile n’a pas encore été levé sur le scandale financier qui a coûté à la Banque nationale d’Algérie (BNA) un préjudice provisoire de 22 milliards de dinars pour certains et de 32 milliards de dinars pour d’autres et au centre duquel se trouve le richissime commerçant, Achour Abderrahmane, et des membres de sa belle-famille. Depuis l’éclatement de cette affaire en octobre 2005, à la suite d’une lettre anonyme adressée aux plus hautes autorités du pays, une trentaine de personnes ont été inculpées, durant une instruction qui redémarre à zéro, après l’extradition du Maroc de Baghdad Settouf, un des beaux-frères et associé de Achour Abderrahmane. Dans ce dossier, en plus de Achour Abderrahmane, ses associés, sa secrétaire et son épouse, ont été également inculpés les responsables des agences BNA de Bouzaréah, de Zighout Youcef, de Cherchell, de Koléa, ainsi que l’ex-PDG de la BNA, son inspecteur général, le directeur régional et celui du réseau exploitation, deux commissaires aux comptes, deux experts comptables, le directeur du service informatique pour, entre autres, association de malfaiteurs, dilapidation de deniers publics, faux en écriture bancaire, escroquerie et chèques sans provision.

Anomalies

Parmi les mis en cause, 15 ont été mis sous mandat de dépôt, notamment les responsables des agences, alors que deux autres sont concernés par des mandats d’arrêt, dont un international, à l’encontre de l’ex-directeur de l’agence BNA de Bouzaréah, actuellement à Londres. L’arrêt du juge d’instruction devant être examiné par la chambre d’accusation près la cour d’Alger a suscité de nombreuses interrogations chez certains avocats du fait des anomalies qu’il comporte. Ainsi, il s’avère que le magistrat n’a pas interrogé Achour Abderrahmane sur les complicités dont il a bénéficié au sein de la police, pour prendre la fuite en dépit du dépôt d’un mandat d’arrêt international, dont il faisait l’objet, ou encore sur l’achat d’un appartement à l’épouse d’un commissaire avec un chèque ou sur les cadeaux offerts à des responsables et consistant en billets d’avion pour des destinations de rêve ou encore des prises en charge dans des hôtels luxueux à l’étranger. Le juge s’est limité uniquement aux traites et chèques de cavalerie, laissant de côté tout ce qui pourrait éclabousser des personnalités de l’Etat. Il n’a pas approfondi l’enquête sur l’origine des fonds de Achour, de ses proches, famille et associés, subtilisés à la banque, du fait qu’ils ont été amassés durant les années 1999-2005, au cours desquelles Achour a commencé ses transactions frauduleuses. Ainsi, et à titre d’exemple, lors de sa première audition par le juge, sur procès-verbal, Guebli Mohamed, un des associés de Achour Abderrahmane, affirme être porteur de parts dans la société ECA (comptoir africain d’emballage au centre du scandale), au même titre que Achour Abderrahmane et Settouf Toufik, qu’il a par la suite vendues à ce dernier, le 28 juin 1999. Il explique qu’il s’agit de 165 parts, d’une valeur de 1,6 milliard de dinars, cédées auprès du notaire Boughernout Ali. Or, dans les procès-verbaux d’audition en tant que témoin, Settouf Toufik nie catégoriquement toute participation financière dans les sociétés de Achour Abderrahmane, omettant de révéler être poursuivi avec Achour dans l’affaire du foncier agricole à Koléa. En 2005, Achour décide de changer le statut de ECA. Celle-ci devient complexe d’emballage africain (ECA), et le nom de l’actionnaire, Settouf Toufik, a été retiré. Néanmoins, elle garde ses initiales, son adresse sociale, son activité et son matériel. Mais Settouf Toufik revient sur ses propos lors de la deuxième audition en affirmant que la société lui appartient, mais il n’a fait que louer le siège auprès de Achour Abderrahmane et de Djamel Settouf (son frère).

Énigme non élucidée

Il révèle avoir acheté les équipements pour un montant de 270 millions de dinars, dans le cadre de l’APSI, au nom de son frère Djamel, du fait qu’à l’époque, il n’avait pas encore d’identification fiscale. Aucune explication sur l’origine des fonds de cette société n’a été donnée, vu que la question n’a pas été posée. Cette société a évolué avec l’argent de la banque, du fait qu’elle a été créée en 1999 par des associés qui n’avaient aucune richesse personnelle. Ce sont des chèques au nom de ECA qui ont permis d’acheter des biens immobiliers et commerciaux à des membres de la famille de Achour Abderrahmane, situés sur la route de Koléa. Mieux, les trois grosses cylindrées, un Touareg, une BMW X Five et une BMW 730, achetées avec des chèques ECA, d’une valeur de 300 millions de dinars pour le compte de Settouf Djamel (inculpé) et Settouf Toufik, ainsi que Achour Abderrahmane ont disparu de la circulation, et aucune question sur ces véhicules ou les biens acquis n’a été posée. Autre anomalie. L’épouse de Achour Abderrahmane, Settouf Djamila, inculpée, déclare devant le juge que ses biens proviennent de la vente d’un magasin qu’elle possédait à Bou Ismaïl. Elle explique qu’elle avait établi une procuration pour le chauffeur de Achour Abderrahmane, alors qu’elle était au Maroc, pour lui permettre de le louer. L’acte de location a été établi par le notaire Boughernout, sans que la procuration ne soit signée par les services du consulat d’Algérie au Maroc. Ce que le notaire confirme en expliquant avoir établi l’acte sans une légalisation de la représentation diplomatique, du fait du manque de temps. Settouf Djamila, et dans sa deuxième déclaration, affirme avoir vendu le même magasin par le biais toujours du notaire, alors qu’elle n’était pas en Algérie. Le même notaire rédige et établit les actes de la société Transport Bleu, impliquée dans les opérations de traites creuses et croisées, appartenant à Achour Abderrahmane, son épouse Settouf Djamila, Aïnouche Rabah et son épouse Malika Laouati. Mais les deux épouses affirment, là encore, qu’elles n’ont jamais signé ces actes. La confrontation avec le notaire n’a pas eu lieu. L’énigme n’a pas été élucidée. L’instruction n’a également pas abordé le volet des crédits complaisants ayant été accordés à Achour Abderrahmane, par la BNA, avec des garanties largement insuffisantes. A titre d’exemple, le 18 août 2001, Achour a présenté un bien immobilier d’une valeur de 1 million de dinars et la banque lui a accordé un montant de…650 millions de dinars. Entre 2000 et 2005, Achour a bénéficié d’au moins une vingtaine de prêts d’une valeur de 650 millions de dinars chacun, sur la base de garanties souvent surévaluées et ne couvrant même pas le un dixième du crédit. Ce qui prouve que quelque part, certaines parties font en sorte que la vérité sur le dossier Achour Abderrahmane ne soit pas connue.

Salima Tlemçani

 
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