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Plus de 1 million d’enfants traumatisés par le terrorisme, selon la Forem
5 % seulement ont été suivis psychologiquement
Par Malika L. B., Le Jeune Indépendant, 14 septembre 2008
La Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) a lancé la réalisation de deux études académiques. La première porte sur le suivi des enfants ayant vécu les massacres terroristes de Bentelha et la seconde sur l’allaitement maternel. Les résultats de ces deux enquêtes seront prêts la fin de ce mois.
Selon une étude réalisée par cette fondation, les séquelles des massacres terroristes commis à Bentalha sont encore «perceptibles» dix ans après. Selon une étude psychologique, la moitié des enfants de Bentalha souffrent encore de traumatismes, une décennie après les actes terroriste perpétrés dans cette commune.
«Une évaluation prospective de 413 enfants, aujourd’hui adolescents, suivis pendant dix ans au centre de soins psychologiques de Bentalha, a fait ressortir que 51% d’entre eux présentent toujours un syndrome de stress post-traumatique» (PTSD, sigle anglais de Post traumatic syndrom disorder). «Il s’agit de la première étude en Algérie et en Afrique sur le suivi à long terme des enfants traumatisés par la violence», a assuré le président de la Forem, le Pr Mustapha Khiati. Le PTSD «est un trouble psychologique résultant de l’exposition d’un sujet à un agent stressant, qui peut être un événement traumatisant faisant intervenir la mort ou une menace sur l’intégrité physique», explique-t-on.
Parmi les enfants suivis, «24 % ont une mauvaise estime de soi (...) reflétant le regard négatif qu’ils portent sur eux-mêmes, une sorte de culpabilité qui renvoie à la difficulté de dépasser le traumatisme», lit-on sur le compte rendu de cette étude, signé par Mmes Souhila Zémirline, psychologue à l’hôpital d’El-Harrach, et Akila Lekheb, du centre de soins de Bentalha. Depuis sa création en 1998, ce centre a suivi 1 200 enfants victimes ou témoins de la violence terroriste, ainsi que des centaines d’adultes, généralement des femmes. Cela représente «80 % des victimes psychologiques du massacre» perpétré dans la nuit du 22 au 23 septembre 1997, qui a fait des centaines de morts, rappelle-t-on.
La Forem estime à «plus de un million le nombre d’enfants traumatisés par le terrorisme durant la décennie noire, dont 5 % seulement ont été suivis psychologiquement», a déclaré le Pr Khiati.
Le président de la Forem a estimée le bilan de cette étude «très positif», car il «reflète le travail formidable effectué par le personnel du centre, avec très peu de moyens». Pour éclairer le travail accompli au centre, le Pr Khiati a insisté sur la gravité des traumatismes subis par les enfants de Bentalha. «55 % d’entre eux ont été des témoins directs d’actes de violence et le taux des PTSD était de 70 % en 2002.» «Que la moitié des enfants suivis aient pu s’en sortir est une grande réussite.»
Le Pr Khiati a expliqué que les enfants qui présentent un PTSD, «peuvent souffrir d’un trouble autistique (repli sur soi) ou, au contraire, adoptent un comportement violent». Il a lié l’absence de suivi psychologique de la majorité des enfants traumatisés à «l’augmentation progressive de la délinquance juvénile et de la violence sociale. C’est un nouveau phénomène qui commence à se développer».
Il a été signalé que beaucoup d’enfants traumatisés «ont une baisse de rendement scolaire», alors que d’autres, paradoxalement, «travaillent plus à l’école et deviennent de bons élèves, pour tenter d’oublier leur trauma. C’est ce qui s’appelle le syndrome d’évitement». Le PTSD «peut provoquer chez les enfants atteints des traumatismes de langage, comme le bégaiement, les cauchemars (...) et une inhibition de la pensée, engendrant des difficultés scolaires».
D’autre part, un deuxième rapport d’évaluation psychologique sur dix ans portant cette fois-ci sur 120 adultes, dont 97 % de femmes, traumatisés par les violences terroristes, a été réalisé.
Il a été noté chez les adultes un taux de prévalence du PTSD de 47 %, proche de celui des enfants (51%), alors que 38 % des adultes ont un niveau d’estime de soi bas, un taux beaucoup plus prononcé que chez les adolescents (24 %). «Deux adultes qui étaient suivis au centre de Bentalha sont allés jusqu’à mettre fin à leurs jours», a dit le Pr Khiati relevant, par ailleurs, les difficultés sociales rencontrées par la grande majorité des victimes de Bentalha. M. L. B.
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Dossier: Massacre de Bentalha
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