Blocage des routes nationales

Manœuvres autour des arouch

Par Karim Kebir, La Tribune, 5 janvier 2003

Le dialogue entre le pouvoir et les arouch en vue de trouver une solution à la crise qui secoue la Kabylie depuis bientôt deux années est devenu désormais comme un conte dans les esprits : tout le monde en parle mais bien peu de gens en ont vu. Après que de nombreuses voix eurent décrété de manière unilatérale la fin du mouvement citoyen, notamment après la participation du Front des forces socialistes (FFS) au scrutin du 10 octobre dernier, voilà qu’on nous ressort, comme un lapin du chapeau du magicien, une nouvelle tentative de dialogue dont la finalité, à terme, est la satisfaction de la plate-forme d’El Kseur. A en croire certaines sources, des tractations entre des délégués du mouvement citoyen et des représentants des autorités auraient eu lieu il y a quelques jours à Alger et l’accord est conclu entre les deux parties sur les modalités de mise en branle de «l’accord». Les propositions, dit-on, seront même débattues lors du prochain conclave du mouvement prévu à Takerbouzt, dans la wilaya de Bouira. On ne connaît pas ailleurs pas l’identité des délégués ni celle des représentants du pouvoir. A vrai dire, ce n’est pas la première fois que de pareilles initiatives de la part des autorités soient évoquées par les médias avant qu’on se rende compte au bout du parcours qu’il ne s’agissait que de simples rumeurs quand ce n’est pas carrément de l’intoxication. Alors, faut-il accorder du crédit, encore une fois, à ces «révélations» du quotidien arabophone El Fedjr ? On ne peut, à l’évidence, dissocier l’annonce de cette initiative de la décision des arouch de reprendre la contestation dans la rue et la proximité de l’organisation des élections partielles. Cette annonce semble beaucoup plus participer d’un scénario destiné, à première vue, à enlever les arguments aux contestataires que l’affirmation d’une réelle volonté de trouver une solution définitive à la crise. Il n’est pas exclu également que l’objectif recherché est de discréditer davantage les partis fortement implantés dans la région en ce sens que la solution ne dépend plus d’eux. Ce qui est en revanche certain et qu’on omet souvent, sciemment ou non, de souligner, c’est que le pouvoir est incapable de donner plus qu’il n’a concédé à ce jour. La plate-forme d’El Kseur, faut-il le rappeler, ne se réduit pas à une simple série de revendications qu’on peut satisfaire au gré des conjonctures car, dans sa substance, elle renvoie au changement de régime. Vu sous cet angle, ce n’est pas demain la veille, serait-on tenté de dire. En outre, il est pour le moins étrange que le MSP de Mahfoud Nahnah, qui n’a jamais porté dans son cœur tout ce qui a trait à la Kabylie -il s’était félicité, rappelons-nous, du refus des imams de prier sur la mort de Matoub Lounès- en vienne aujourd’hui à appeler à la libération des détenus. Cet appel ne lui est suggéré que par ses relais dans les sphères du pouvoir ou, pour le moins, pour porter l’estocade à un parti qu’il soupçonne d’être derrière l’agitation des arouch. Il serait sans doute naïf de croire que la libération des détenus obéira aux pressions des contestataires. Comme leur emprisonnement, leur libération ne dépendra que d’une décision politique dont on aura pesé au préalable les dividendes. Au centre de toutes les convoitises, le mouvement citoyen sur lequel bien des espoirs ont été placés a fini au fil des mois par devenir l’objet de toutes sortes de manœuvres en raison de la transgression du code d’honneur qui devait faire sa force et le mettre à l’abri des manipulations. Seul un retour au vote démocratique des délégués peut redonner du souffle à un mouvement qui prend aujourd’hui eau de toute part.

K. K.

 
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