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Rapport préliminaire
de la Commission nationale denquête
sur les événements de Kabylie. (Juillet 2001) Publié par Algeria Interface, 27 juillet 2001 I - Introduction I - Introduction Le 18 avril 2001, un jeune lycéen de 19 ans, Guermah Massinissa, reçoit dans le corps, à lintérieur des locaux de la Brigade de gendarmerie de Béni-Douala, et daprès le rapport dautopsie, trois des six balles de kalachnikov tirées en rafale par le gendarme Mestari. Lune des balles tirées a blessé un autre gendarme qui se trouvait à proximité. Le jeune Guermah fut admis à la polyclinique de Béni-Douala, puis à lhôpital de Tizi-Ouzou pour les premiers soins. Devant la gravité de ses blessures, il fut transféré à lhôpital Mustapha à Alger. Il devait y décéder le 20 avril 2001 à 8h15. Le 22 avril 2001, à Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, trois membres dun groupe de collégiens, se dirigeant vers le stade en compagnie de leur professeur de gymnastique, sont interpellés par les gendarmes, dans des conditions irrégulières. Linhumation du jeune Guermah Massinissa, le 23 avril, devait donner lieu à des émeutes en série. Entre-temps, la gendarmerie rend public un communiqué dans lequel elle déclare que le défunt avait été interpellé suite à une agression suivie de vol. Le ministre de lIntérieur reprend la fausse information et déclare que la victime était un délinquant de 26 ans; mais lors dune conférence de presse le ministre reçoit un bulletin scolaire duquel il résulte que le jeune Guermah était en fait un lycéen. Les deux bavures, aggravées par les fausses déclarations des autorités, que les populations considèrent comme diffamatoires pour la victime décédée, devaient donner lieu à une série démeutes dans les wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa, et atteignent les wilayas limitrophes de Bouira, Sétif et Bordj Bou Arréridj. Le mercredi 2 mai 2001, le professeur Mohand Issad était chargé par Monsieur le Président de la République dentreprendre une enquête sur ces événements et lui donne toute latitude pour composer une commission ad hoc, mener les investigations comme il lentendait, demander tout document et entendre toute personne quil jugera utile. Le professeur Issad
se mit en devoir de constituer la Commission denquête, pour
une mission qui sannonçait extrêmement difficile. Il
entreprit des contacts. Il sollicita les uns, reçut loffre
spontanée dautres. Il essuya quelques refus. Une première réunion plénière fut tenue le 16 mai 2001 dans les locaux aménagés pour la Commission au siège de la cour suprême, à leffet de dégager les axes dinvestigations. Immédiatement,
se sont imposés les axes de recherche suivant : Deux groupes furent constitués à leffet de se rendre, lun dans la wilaya de Tizi-Ouzou, sous la direction du bâtonnier Mahi Ghouadni, lautre dans la wilaya de Béjaïa, sous la direction du bâtonnier Abdelwahab Benabid. Un troisième groupe devait rester à Alger, sous la responsabilité du professeur Issad. Les groupes de Tizi-Ouzou et de Béjaïa ont accompli leur mission et rédigé des rapports. Le groupe resté à Alger réceptionna les documents quil a reçus des ministères de la Justice et de lIntérieur, des wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira, Bordj Bou Arréridj et Sétif, de la Direction générale de la Sûreté nationale etu du Commandement de la Gendarmerie nationale. Au retour des groupes qui se sont déplacés à lintérieur du pays, cinq groupes de travail devaient de nouveau être constitués pour une exploitation plus poussée des données et des documents recueillis. Ces groupes furent placés sous la responsabilité respective de MM. Zekri, Ghouadni, Meziane, Benabid et Issad. II - Les dégâts humains 1) - Dans un état nominatif des citoyens décédés, dressé par le ministère de lIntérieur pour la période du 22.04.2001 au 28.04.2001, il ressort les chiffres suivants : 13 décès pour la wilaya de Béjaïa, 26 pour la wilaya de Tizi-Ouzou, 1 pour la wilaya de Sétif et 1 pour Bouira. Dans un autre état
global, arrêté au 12 mai 2001, le ministère de lIntérieur
donne les chiffres suivants : Pour les fonctionnaires de police, le même état donne 56 autres blessés à Tizi-Ouzou, 224 à Béjaïa, un à Boumerdès et 6 à Bouira. Pour la gendarmerie
nationale : Soit un total de
: - Daprès
un autre état nominatif du même ministère de lIntérieur,
arrêté au 11 juin 2001, le dernier chiffre passait à
27 localités touchées (16 à Tizi-Ouzou et 11 à
Béjaïa). Le nombre des décès passait à
34 à Tizi-Ouzou, 17 à Béjaïa, tandis quon
enregistrait un 2e décès à Bouira et un décès
à Alger. Au 11 juin 2001, le nombre de décès sélevait à 55 parmi la population et un parmi les gendarmes, mort accidentellement par électrocution. En revanche, et du
11 mai au 11 juin 2001, le nombre de blessés par balles passait
pour les cinq wilayas (Tizi-Ouzou, Sétif, Boumerdès et Bouira)
de 190 à 305. Le nombre des autres blessés,
qui était de 301 au 12 mai, nest pas indiqué dans
létat établi au 11 juin. On peut sétonner de ce bond dans le nombre des blessés, et du nombre plus important dans les rangs de la police que dans ceux de la gendarmerie. Lexplication pourrait se trouver, dune part dans le fait que la police na pas tiré par balles là où elle a eu à intervenir, ce qui la rendue plus exposée, dautre part dans le fait que la gendarmerie elle-même a moins tiré par balles à partir du 11 mai, date du premier état global, ce qui la rendue plus vulnérable. 2) Des blessés
par balles et des morts, du 18 au 28 avril 2001, en Kabylie Les données
traitées ont pour source exclusive des documents officiels, communiqués
par les services des ministères de la Justice, de lIntérieur,
de la Santé. Il est évident
que la mort de Guermah Massinissa est la conséquence des blessures
par balles reçues aux deux membres inférieurs. Le pronostic a été
aggravé par les délais imposés au traitement. 1 - DGSN : état
numérique par qualité des personnes décédées
et blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe
1.1. premier tableau
: 1.2. deuxième
tableau : 1.3 - troisième
tableau - Il apparaît
donc que, sur lensemble des wilayas dAlger, Tizi-Ouzou, Béjaïa,
Sétif, Boumerdès et Bouira, deux cent soixante sept citoyens
ont été blessés par balles. Rapporté à
chacune des wilayas où il a été constaté des
décès par balle (Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif
et Bouira), les chiffres deviennent : 2- DGSN : état
numérique global des personnes décédées et
blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe
2. Citoyens, total décédés
: 50 Ces deux tableaux
confirment les impressions précédentes : Il apparaîtrait que le nombre des civils blessés par balles présente une proportion de morts, variant selon les lieux et les jours, de un sur dix, à un sur trois. Cette proportion,
portant sur des blessés civils dépourvus darmes à
feu, paraît effrayante. Elle nest comparable quavec
les pertes militaires, lors des combats réputés les plus
durs en temps de guerre. 3. Evaluation de
limportance et de la localisation des blessures.
3.3.1 - Les plaies
décrites portent toujours les stigmates des lésions causées
par des projectiles à haute vélocité (supérieure
à 800 m/s). 3.3.2 - Nayant pu disposer daucun échantillon de projectile ou de fragments (exception faite du cas Guermah). Dans ce cas particulier, personne na évoqué léventualité de lutilisation de projectiles non réglementaires. Il sagissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47, ni des radiographies des victimes avant lextraction des agents vulnérants, aucun commentaire ne peut être exprimé à ce propos. Cependant, nous ne pouvons, à partir des éléments à notre disposition, dire si les blessures résultent de projectiles tirés par des fusils classiques ou darmes de précision, ou de AK 47.
- Nous ne disposons daucun document ou pièce ni rapport dexpertise balistique, exception faite du cas Guermah. Dans ce cas particulier, personne na évoqué léventualité de lutilisation de projectiles non réglementaires. Il sagissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47. - Nous navons
pas obtenu les dossiers radiologique ni des morts, ni des blessés
par balles ayant survécu. Leur examen serait très important
: - Lanalyse de ces images permettrait léventuelle identification de différents types de projectiles, ou, au contraire, un modèle unique. - Cette analyse porterait autant sur les fragments de chemise que sur le contenu de cette enveloppe. - Nous avons cependant une expertise balistique (Guermah) qui dit que les orifices de sortie des balles AK47 peuvent faire plus de six centimètres de diamètre. - Les munitions de guerre réglementaires pour armes légères, type OTAN et type russe sont bien connues. - Elles ne sont pas discutées quant à leur conformité avec les traités internationaux. - Elles sont cependant
construites pour effectuer les délabrements les plus importants
possibles. - Effectuer leur trajectoire avec une vitesse subsonique, entre 850 et 950 m/s - Une stabilité (et donc précision) maximale jusquà atteindre une cible distante de 300 et même 400 mètres. - Pour se déstabiliser au maximum, dès le contact avec elle. - Du fait de cette déstabilisation, les mouvements du projectile, à lintérieur du corps de la cible, provoquent des cavités dun diamètre supérieur à 10 fois la longueur du projectile. - Cette cavité est soumise à une pression qui atteint N fois celle de la pression atmosphérique. - La rencontre de tissus denses (os) aggrave les dégâts . Au niveau du crâne, les lésions décrites sont considérables : liquéfaction du cerveau et éclatement de la boîte crânienne sont couramment observés. - Le fusil dassaut
AK47 est réputé avoir une bonne précision jusquà
100 mètres. - Certains auteurs vont jusquà dire que les munitions modernes, normalement agréées par les règles internationales, sont très proches, par leurs effets, de ce qui était attendu des balles fabriquées pour se fragmenter au maximum, et dites explosives. - Conclusion : - Toutes les blessures
que nous avons eu à connaître sur documents nécropsiques
sont compatibles avec les effets qui sont observés normalement
lors des blessures occasionnées par des munitions de guerre.
1 - Pendant la période
considérée, les blessés par balles lont été
par des munitions de guerre.
I - Affaire Guermah Massinissa : 1) Le 18 avril 2001 à 18h30 quatre jeunes gens se présentent à la brigade de gendarmerie de Béni-Douala pour y déposer plainte à lencontre dun groupe dautres jeunes gens pour agression et vol à hauteur du lycée situé à 200 m de la Brigade. - Selon un télégramme du 19 avril 2001, envoyé par la brigade de Béni-Douala au chef du groupement de gendarmerie de Tizi-Ouzou, quatre gendarmes se sont déplacés à bord du véhicule des plaignants, et à leur retour, en compagnie de Guermah Massinissa et Merakeb Koceila, sont entrés directement dans la salle dattente en attendant dinformer le chef de brigade qui était dans son bureau où il notifiait à la famille Matoub des convocations judiciaires. Au retour des gendarmes, il devait être 19h, la famille Matoub habite à Tizi Hibel, à plusieurs kilomètres de la brigade. Dans la salle dattente, le gendarme Mestari Merabet actionne, par inadvertance son arme, un kalachnikov, dont la sûreté était désactivée, et une rafale de 6 coups est sortie, dont trois devaient aller vers le sol et trois autres toucher un autre gendarme, Benferdi Mounir, et le jeune Guermah Massinissa. Lidentité des plaignants ne sera pas relevée sur linstant, ceux-ci ayant quitté la brigade immédiatement après lincident. - Dans une lettre
du 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressée à Monsieur le
ministre de lIntérieur, le commandant de la gendarmerie nationale
reprend la version du tir par imprudence et dune rafale
de 6 coups. Le tract du RCD demande un rappel à lordre des darkis qui ..; se défoulent sur nos jeunes et les exemples sont nombreux, et linstallation dune sûreté de daïra, car Béni-Douala nest plus un petit bourg des années 70, mais un lieu de vie pour 35.000 personnes qui méritent dêtre encadrées civilement. Lappel du groupe de citoyens dénonce, notamment, les actes irresponsables de certains darkis..., la légèreté avec laquelle ces mêmes éléments font usage de leurs armes, les bastonnades... dont nos jeunes font lobjet, et demande, entre autres, dinterdire les brutalités envers les citoyens de tous âges et de nappliquer que la loi, toute la loi à tout contrevenant, de moraliser les actions de lensemble des éléments.... Ils ajoutent que un darki a exigé sous la menace de son arme du personnel médical de la polyclinique dabandonner les soins prodigués au jeune , victime de la rafale et dune hémorragie, pour soccuper de son collègue, touché au talon et jouissant de toutes ses facultés. - Le lieutenant-colonel
Hellal, auteur dun rapport du 3 mai 2001, reprend la version de
laccident par imprudence et déclare que, dans lattente
du chef de brigade qui se trouvait dans son bureau, le darki Mestari Merabet
alors quil tenait de sa main droite son arme non sécurisée
et armée balle au canon alors quil lignorait, a soudain
pressé sur la détente et une rafale sest déchargée
et a atteint Guermah Massinissa, qui était assis, et le darki auxiliaire
Benferdi Mounir..;. Devant le juge dinstruction militaire de Blida, le gendarme Mestari Merabet déclare sêtre rendu, lui et ses collègues, à bord du véhicule des plaignants, au motif quil leur était interdit de se déplacer à bord du véhicule de la brigade en dehors des heures de service. Interrogé , le commandant régional de Tizi-Ouzou répond par écrit quil ny avait aucune instruction quant à linterdiction dutiliser le véhicule de la brigade en dehors de certaines heures, et que le chef de brigade a ordonné aux gendarmes de se déplacer à pied, compte tenu de la proximité des lieux. - Les conditions de linterpellation ne sont pas élucidées. Alors que le rapport du lieutenant colonel Hellal du 3 mai 2001 déclare quà la vue des gendarmes le groupe (des agresseurs) sétait dispersé et fui vers la forêt, et que les éléments de la brigade nont pu en arrêter quun seul, qui a été conduit vers la brigade à pied, tandis que les autres éléments ont appréhendé un second garçon qui a été conduit à la brigade à bord dun véhicule. Le père de Guermah Massinissa, Guermah Khaled, déclare que son fils était à la maison en train de réviser ses cours lorsquil est descendu dans la rue après avoir entendu du vacarme, et quil a été arrêté par les gendarmes qui passaient. Le jeune Merakeb Koceïla déclare avoir été battu par le gendarme Benferdi Mounir, qui aurait réservé le même traitement à Guermah Massinissa. Merakeb Koceïla
est le seul à avoir parlé de 2 rafales, ce qui sera confirmé
par lexpertise balistique. Toujours devant le juge dinstruction militaire, le gendarme Mourad Fouad déclare que le pistolet-mitrailleur du gendarme Mestari Merabet a glissé de son épaule et au moment où il tentait de le récupérer, il a appuyé sur la détente, doù la rafale.... Le gendarme Merzoug
Youcef déclare navoir pas vu larme glisser de lépaule
du gendarme Mestari Merabet. Le gendarme Rouabah Rabah non plus na
pas vu le mouvement de chute de larme. Mestari lui-même
ne donne pas cette version. Mon arme était accrochée à mon épaule droite et la bouche du canon était pointée vers le sol. En conduisant la victime vers le banc qui se trouve en face de lentrée de la salle, subitement larme sétait glissée (sic) de mon épaule. Lorsque jai voulu la réajuster une rafale de 6 cartouches sétait déclenchée dont 3 ont occasionné des blessures sur mon collègue qui se trouvait à la droite ..; et les 3 autres sur la victime qui était à ma gauche. - Mais daprès les experts, il y a eu 2 rafales. On lit ainsi en page 3 du rapport, et au paragraphe : C. reconstitution de la scène du crime : En résumé, il résulte de cette reconstitution que le prévenu et la victime faisaient face au comptoir. Larme, accrochée à son épaule droite, sétait glissée (sic) au moment où il conduisait la victime vers le banc de la salle de permanence : une rafale de 3 cartouches avait été tirée, causant 3 impacts sur le sol et blessant ainsi le gendarme qui se trouvait à proximité du comptoir. Surpris par le recul de la culasse et voulant maîtriser son arme, le prévenu avait, par inadvertance, dévié larme de sa direction vers la gauche, ce qui avait déclenché une seconde rafale de 3 cartouches, causant les blessures à la victime au niveau des membres inférieurs. Pour vérifier
létat de fonctionnement de larme, les experts ont procédé
à un tir dessai de plusieurs cartouches. Ils déclarent
(p.5 du rapport) : En conclusion,
ils déclarent, entre autres (p.6) : - Il résulte ainsi de cette conclusion que la chute de larme nest pas la cause des tirs, quil a fallu, par deux fois, actionner la détente pour faire partir dabord 3 balles, puis 3 autres. Il faut un hasard singulier pour que, par deux fois et dans un mouvement de chute incontrôlé, le doigt du gendarme se pose sur la détente et appuie involontairement. On peut, semble-il, expliquer la seconde rafale par le doigt resté crispé sur la détente après la première rafale, mais les experts nenvisagent pas cette hypothèse qui est sans doute hors de leurs attributions. - Indépendamment de ces supputations, des conditions de linterpellation des deux jeunes gens qui restent non élucidées, de la question de savoir si le tir a été volontaire ou non, ce qui sera déterminé par la juridiction de jugement, il reste la gravité même du comportement du gendarme, qui garde à lintérieur de la brigade, et face à plusieurs personnes, le cran de sûreté levé, et balle au canon. Se peut-il quun gendarme ignora que son arme était non sécurisée et armée ? On peut à tout le moins parler de ce que les juristes appellent en droit civil, la faute lourde équipollente au dol , qui assimile alors lacte involontaire à lacte volontaire. - Trois membres de la Commission ont assisté à la procédure judiciaire complémentaire de reconstitution des faits dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Béni-Douala en date du 1er juillet 2001. Cette reconstitution na pas apporté délément nouveau significatif sinon que les déclarations du gendarme Mestari et celles de son collègue Benferdi Mounir se rejoignent sur lidée de larme qui glisse de lépaule de Mestari avant le déclenchement du tir de six balles en deux rafales de trois balles chacune. Ces déclarations faites le 1er juillet 2001 sont en contradiction avec certaines de leurs déclarations consignées antérieurement. Il reste que les explications apportées tant par le prévenu que par le témoin Benferdi et même les conclusions des services de la police scientifique sagissant de la trajectoire des tirs, ne concordent pas et ne sont pas satisfaisantes. En prenant en considération le fait que larme na pas présenté de défection mécanique lors de son examen par les experts en balistique, et la conclusion de ces derniers, il est possible de déclarer que le tir na pas été provoqué par la chute de larme, mais par une pression sur la détente de Mestari, dans des conditions qui nont pas encore été élucidées de façon satisfaisante par linformation judiciaire en cours. - Le témoignage de Merakeb Koceila eut été capital dans la mesure où ses déclarations font état de brutalités exercées sur sa personne et sur celle de Guermah Massinissa. Malheureusement les services de gendarmerie affirment avoir été dans limpossibilité dacheminer sa convocation à assister à la reconstitution. - Lors de celle-ci, les membres de la Commission ont eu à constater la présence, en nombre, de gendarmes confinés dans des locaux et dans des conditions dhygiène déplorables, avec labsence complète de contact avec lenvironnement immédiat. Cette situation risque dentraîner des conséquences néfastes sur le moral des éléments, et des comportements de nature à amener à une nouvelle confrontation avec les jeunes de la région. Le rapport dautopsie et lexamen de ce rapport indiquent que les balles sont parties de haut en bas. Alors quune arme du type de celle que détenait le gendarme Mestari, qui échappe au contrôle de son détenteur, a plutôt tendance à bondir de bas en haut... Le rapport dautopsie relève que les balles qui ont atteint la victime décrivent une trajectoire oblique de la droite vers la gauche et du haut vers le bas. Cest une trajectoire contraire au mouvement de larme : le FA Kalachnikov est une arme dassaut dont langle dincidence important lentraîne naturellement du bas vers le haut. Le mouvement contraire observé par le médecin légiste nest pas convaincant. 2 - le jeune Guermah Massinissa est décédé le 20 avril 2001 à lhôpital Mustapha des suites de ses blessures. Dans un rapport
du lendemain 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressé par le commandement
de la gendarmerie nationale à Monsieur le ministre de lIntérieur,
il est signalé un mouvement de mécontentement et dindignation
... au sein de la population de Béni-Douala, se traduisant par
lenvoi dune requête au commandant du groupement de la
wilaya de Tizi-Ouzou.... Voilà donc lexplication : le décès du jeune Guermah est imputable à lhostilité de Béni-Douala au Pouvoir et à ses sympathies FFS! Mais on relève dans les documents additifs transmis par le ministère de lIntérieur, une résolution de lAPW de Tizi-Ouzou du 30 avril 2001 et transmise directement au ministre de lIntérieur. Cette résolution rappelle lappel lancé le 22 avril 2001 par lequel lAPW attirait lattention des autorités sur les dépassements des brigades de gendarmerie. - Dans un rapport additif du 24 avril 2001 (n°145/2001), le même commandement de la gendarmerie porte à la connaissance du ministre de lIntérieur lévolution de la situation à travers la circonscription de la commune de Béni-Douala. Il signale que dès le 21 avril à 8h30 des manifestants ont contraint les directeurs des établissements scolaires et les commerçants à cesser toute activité. A 9 h, une foule estimée à environ 300 personnes sest rassemblée devant le siège de la brigade locale, lançant des projectiles et scandant des slogans hostiles au pouvoir. Cette même foule, à laquelle se sont joints dautres personnes, sest scindée en deux groupes; le premier sest introduit à lintérieur de la cour de la brigade où il a mis le feu à des pneus usagés apportés à cet effet, pour ensuite incendier lemblème national et tenter dinvestir les locaux administratifs après avoir détruit le mur denceinte de lunité et arraché le portail de lentrée secondaire. Les gendarmes ont fait usage de bombes lacrymogènes. Le second groupe
sest dirigé vers le siège du détachement de
la garde communale, mitoyen de la brigade, doù il a été
repoussé par des tirs de sommation. - En prévision de lenterrement du défunt Guermah Massinissa, prévu pour le 23 avril 2001, deux escadrons dintervention du GIR de Tizi Ouzou ont été acheminés et positionnés à Béni-Douala, un escadron dintervention renforcé dune section du GIR de Réghaïa fut prépositionné à Tizi-Ouzou. Trois escadrons dintervention relevant des GIR de Bouira, Chéraga et Zéralda ont été mis en état dalerte. -Le 22 avril 2001 à 19h45, la dépouille mortelle de Guermah Massinissa arrive au domicile mortuaire, sis à Tizi Hibel, commune de Aït Mahmoud, daïra de Béni-Douala. Le 23 avril 2001 à 11h30, 300 personnes, toujours selon les chiffres du rapport additif, se sont rassemblées devant le siège de la brigade locale de Béni-Douala et ont lancé des pierres en direction lédifice. Cet attroupement a été dispersé par les gendarmes. A 13 h, le défunt est inhumé au cimetière de Tizi-Hibel et une foule estimée à 4000 personnes assiste aux obsèques. A lissue des funérailles, le père de la victime a invité lassistance à observer le calme et à laisser la justice suivre normalement son cours. Toutefois, selon le même rapport, 500 personnes environ se sont dirigées vers Béni-Douala, distante de 7 km, dans lintention dorganiser une marche. Quatre cents manifestants se seraient livrés par intermittence à des jets de pierres en direction des membres des forces de lordre et tenté dinvestir et de détruire la porte principale de la Recette des postes et télécommunications. Ils ont été refoulés. Ces mêmes manifestants ont tenté de sintroduire à lintérieur du siège du détachement local de la garde communale, laquelle aurait tiré des coups de feu en lair. Les unités dintervention sont intervenues pour rétablir lordre. Le même jour, 23 avril 2001, aux environs de 16h, des manifestants se sont introduits à lintérieur du siège de la recette des contributions diverses où après avoir fait sortir le mobilier et les documents, y ont mis le feu et se sont dispersés aux environs de 20 heures. Le rapport précise que les suites judiciaires concernant le gendarme Mestari Merabet, de la brigade de Béni-Douala et auteur dun homicide, que le rapport qualifie dinvolontaire, sur la personne du nommé Guermah Massinissa, seront rendues publique par voie de presse. Ainsi donc, et malgré ce quon a pu déclarer ici et là sur le calme relatif qui aurait régné après laccident du 18 avril, les mouvements de foule ont commencé dès le 20 avril 2001, jour du décès du jeune Guermah et les autorités alertées.
Ceci devait entraîner,
dès 14 h, des manifestations accompagnées de jets de pierres
devant la brigade, la sûreté de daïra, le siège
de lAPC et la daïra. Les manifestants mirent le feu au véhicule
appartenant au sergent chef Sersoub, auteur de linterpellation des
3 collégiens. Dans un rapport du 23 avril 2001 (n°142/2001) adressé par le commandement de la gendarmerie nationale au ministre de lIntérieur, on relève que vers 19h30, la foule a mis le feu à des bureaux du siège de la daïra; quà 21h45 et, après avoir été dispersée, elle se réunit une 2e fois pour se rendre au siège de la daïra où elle a incendié un véhicule appartenant à cette administration, qui était à lintérieur de la cour. Toujours le même jour, à 23h45 et daprès le même rapport du 23.4.2001, un tract à caractère tendancieux, émanant du bureau local du FFS a été placardé sur les lieux. Le 23 avril 2001 une foule nombreuse effectue une marche au centre-ville, en direction de lAPC, lançant au passage des projectiles en direction des sièges de la brigade de gendarmerie et de la sûreté de daïra; On apprend daprès le même rapport, quindépendamment du dispositif déjà mis en place, des renforts constitués de deux escadrons dintervention de Jijel et Bordj Bou-Arréridj ont pris position respectivement à Souk El Thenine et Sidi Aïch. Une commission denquête est annoncée par ce rapport. Le tract du FFS, joint à ce rapport, décrit autrement les incidents. Il indique que les trois collégiens ont été enlevés en plein cours par la gendarmerie, que lenseignant devant qui ces faits ont eu lieu, a subi une pluie dinjures et de menaces avec des klachs. Que les collégiens ont été séquestrés et passés à tabac dans lenceinte de la brigade. Le tract, daté du 22 avril 2001 parle dune opération planifiée pour faire basculer la région dans une spirale de violence. Il parle de limpunité qui a ouvert la voie aux atteintes systématiques aux droits de lhomme, aux libertés démocratiques et à la liberté dexpression. La section locale du FFS prévient et dénonce ce plan diabolique concocté dans les laboratoires, et appelle la population à demeurer vigilante, à ne pas répondre à la provocation et à déjouer tous les complots doù quils viennent. Il est significatif de mesurer la distance qui sépare le rapport de la gendarmerie et le texte du FFS. Alors que dans le premier, le sergent Sersoub Mouloud na interpellé les trois collégiens quà leffet daviser leurs parents sur leur comportement pour ensuite les relâcher. Dans le tract du FFS, dune demi-page, il est fait successivement mention dune opération planifiée, dun plan diabolique et de complots. Deux jours après le premier rapport, le commandement de la gendarmerie nationale adresse au ministre de lIntérieur un second rapport, du 25 avril 2001 (n° 146/2001), dans lequel il mentionne dès le premier paragraphe que les incidents se sont étendus à Béjaïa, Aokas, Tichy, Akbou, Oued Ghir, Sidi Aïch, Akfadou, Chemini, Adekar, Berbacha, Sémaoune Feraoun, Sedouk, Béni Maouche, Tizi-Ne Barbar et Ouzelaguène ... soit 16 localités. Force est de déduire que, soit il y a eu effectivement un plan, soit que la provocation était tellement grave quelle a entraîné des perturbations dans 16 localités. Des marches et des saccages sont signalés; le même rapport fait état des moyens engagés pour rétablir lordre : 6 escadrons venant dautres localités, et un 7e de Annaba, prépositionné pour une interventions éventuelle. Lenquête ordonnée plus haut est effectuée le 23 avril 2001 par le lieutenant colonel Taallah Omar. Il signale le comportement du sergent-chef Sersoub Mouloud, en ce que ce chef de patrouille a répondu à la provocation en conduisant au siège de la brigade 3 adolescents qui ont proféré des propos outrageants..., quil a manqué de maîtrise et de sang froid, que des sanctions disciplinaires suivies de la relève immédiate de ses fonctions ont été prises à son encontre. Dans le premier
rapport de gendarmerie, du 23 avril 2001 (n° 142/2001) et dans le
rapport denquête du lieutenant colonel Taallah Omar, les trois
collégiens auraient été relâchés par
le sergent chef Sersoub. A la même page
on lit :
I - Les faits
«Dans le cadre des opérations de rétablissement de lordre public qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est rappelé que les munitions de guerre doivent être retirées aux personnels agissant en opération de maintien de lordre. Ces mesures doivent être strictement observées». Ce message semble être un rappel dinstructions antérieures. Il est adressé selon toute vraisemblance à 21h 15. Sil avait été immédiatement exécuté compte tenu de son caractère impératif et de son urgence, cet ordre aurait permis déviter les sept morts survenues le lendemain 26 avril dans la wilaya de Béjaïa, très certainement les 8 morts constatées dans la wilaya de Tizi Ouzou le 27 avril 2001, et les 16 autres constatées le 28 avril toujours dans la wilaya de Tizi Ouzou. Cette instruction est à rapprocher des déclarations faites par le commandant régional de la Gendarmerie de Tizi Ouzou lors dune conférence de presse tenue le 2 juin 2001 à Tizi Ouzou, reprise par le quotidien El Moudjahid dans son édition du 3 juin 2001, page 9. Cet officier supérieur de lArme déclare quil avait lui-même retiré le 15 avril les cartouches aux gendarmes. Ce quotidien rapporte que ce même officier jure à cette occasion que pour laffaire Guermah, il sagit dun accident et que celui-ci revêt aucun caractère inavoué, pas plus quil ne constitue une manuvre visant à soulever la région. Cette déclaration, lourde de sens, constitue une tentative de réponse à une interrogation qui traverse les esprits, sagissant dun événement faisant lobjet dune information judiciaire en cours et ayant entraîné beaucoup dautres. Ainsi donc, le 15 avril, le commandant de lArme dans la wilaya de Tizi Ouzou retire les munitions, ce qui nempêchera pas, trois jours plus tard, un de ses éléments, dans les locaux dune brigade de Gendarmerie à Béni-Douala daffirmer quune ou deux rafales, suivant les déclarations, seraient sorties accidentellement de son arme. Curieuse manière dexécuter les ordres! Un second message en date du 21 mai 2001 (01/304/M B.S.P.R.) émanant du commandant du groupement de la wilaya de Béjaïa et destiné, à titre de compte-rendu, au commandant du 5ème commandement régional de Constantine, au Chef de division sécurité publique/CGN, chef du centre opérationnel CGN, et chef du centre opérationnel de la 5e/CTRGN Constantine, et «pour exécution», à tous les commandants de compagnie, commandants de lESR et commandants des Escadrons 532 GIR Bordj Bou-Arréridj et 563 GIR Jijel, est ainsi conçu : «Dès
réception des instructions ci-après qui doivent être
appliquées par tous les Chefs dunité et responsables
des opérations du maintien de lordre.
La référence à ce texte réglementaire est nécessaire au vu du document en date du 22 mai 2001 émanant du commandement de la Gendarmerie de wilaya de Béjaïa qui informe ses supérieurs hiérarchiques du refus du wali de Béjaïa de délivrer des réquisitions écrites «en dépit de linsistance» du commandant de Gendarmerie de la wilaya. Interrogé verbalement, le wali de Tizi Ouzou, affirme navoir jamais délivré de réquisition, ni avoir jamais été sollicité pour ce faire, par quelque autorité du ressort de la wilaya. Les observations qui précèdent amènent à sinterroger sur les motivations qui sous-tendent la protestation du commandant de Gendarmerie de la wilaya de Béjaïa, soudainement soucieux, le 22 mai 2001, soit plus de un mois après le déclenchement des troubles, de mettre le comportement de son Arme en conformité avec la réglementation en vigueur. Pour mémoire, il y a lieu de rappeler que le décret 83/373 du 28 mai 1983 précisant les pouvoirs du wali en matière de sécurité et de maintien de lordre public fait obligation de recourir à des réquisitions écrites et motivées. Sur le plan juridique, les actions menées en dehors du cadre réglementaire sus-visé revêtent donc le caractère dune voie de faits mettant en cause la responsabilité directe des structures en cause. La commission denquête na pu accéder aux actes des commissions de sécurité des wilayas concernées tels que prévu par le décret 83/373 du 28 mai 1983 en son chapitre 4, et mises en application par linstruction interministérielle (ministère de lIntérieur et ministère de la Défense nationale) du 9 juillet 1983. Ce qui précède ne constitue que lun des aspects des dysfonctionnement de lArme, qui apparaissent, par exemple dans la façon souvent contradictoire, dont les faits sont rapportés à propos des affaires aussi sensibles que celles de Béni-Douala et Oued Amizour et dans linexécution des ordres, donnés par écrit et réitérés.
Dans un message
du 27 avril 2001 (N°) 153/2001) le commandant de groupement de wilaya
de Tizi Ouzou, sadresse à sa hiérarchie dAlger
et de Blida, ainsi quà M. le wali de Tizi Ouzou, et rend
compte de la gravité de la situation et de lhostilité
montante contre les gendarmes, et estime. A. à défaut,
il prévient : Cela est devenu
tellement inquiétant que dans un message du 21 mai 2001, reproduit
plus haut, le commandant de Gendarmerie de Béjaïa rappelle
linterdiction à tout militaire davoir sur lui des munitions
de guerre, que la responsabilité du chef est entièrement
engagée, et que : Cette fouille à corps doit être la suite de la désobéissance à une précédente prescription du commandement de Blida, et sans doute de tous les commandements régionaux, du 26.04.2001, répercutant apparemment un message du Commandement de la Gendarmerie nationale du 25.04.2001, n° 363, également reproduit plus haut, qui rappelle : «Dans le cadre
des opérations de rétablissement de lordre public
qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est
rappelé que les «munitions de guerre doivent être retirées
au personnel agissant en opérations de maintien de lordre.
Ces mesures doivent être strictement observées». - La brigade de gendarmerie de Beni-Douala sest particulièrement distinguée, elle a fait lobjet dune pétition signée du 2.08.1999 adressée au commandant de Gendarmerie de Tizi Ouzou. Cette pétition fait état de la situation alarmante qui prévaut à Taguemount Azouz, dans la daira de Béni-Douala : vols, vente de drogue, vente illégale de vin, lieux de débauche, insultes de la part des gendarmes, intimidation à coup de rafales. Les signataires demandent «le changement radical de tout le corps de cette brigade qui, actuellement, nhonore pas nos services de sécurité...». Une deuxième pétition, adressée aux autorités civiles et militaires, arrivée au cabinet du wali de Tizi Ouzou le 11 décembre 1999, réitère ces griefs, rappelle un crime non élucidé, en date du 5.03.1999 et dénonce «le comportement indécent de certains éléments de la brigade de Gendarmerie de Béni-Douala». Ces pétitions ne semblent avoir abouti quà la mutation et au remplacement du chef de brigade de Béni-Douala à compter du mois de janvier 2000 (lettre de M. le wali de Tizi Ouzou à la Commission nationale denquête du 16 juin 2001 - n° 19/CAB/2001). Dans une lettre du 21 avril 2001 (n°531/2001) le président de lAPC de Beni-Douala lançait encore à M. le wali de Tizi Ouzou un appel dramatique. Il signale que «la situation prend des proportions inquiétantes», quil y a lieu de prendre les mesures nécessaires, «notamment avec les groupes de Gendarmerie nationale, de manière à interpeller les éléments de la Brigade de Béni-Douala, de surseoir aux tirs de sommation et lutilisation de bombes lacrymogènes qui ne peuvent conduire quà des conséquences fâcheuses». Dans une lettre
du 5 mai 2001 (n° 421/2001), adressée à M. le wali de
Tizi Ouzou, le président de lAPC de Tadmaït rend compte
du comportement de certains éléments de la Brigade de Gendarmerie
de sa localité. Il écrit entre autres : - Dans une note de synthèse du 15/05/2001, le centre des opérations du commandement de la Gendarmerie nationale fait état dune plainte pour vol de son kiosque, émanant du nommé Yacoubi Akli, commerçant à Azzeffoun, mettant en cause «des éléments de renfort». Les premiers éléments de lenquête ouverte par la brigade de la Gendarmerie locale «ont permis la découverte dobjets signalés volés auprès de certains gendarmes (éléments de la Brigade locale et de GIR dOran)». - Dans une lettre
du 26 avril 2001 (n° 2592) adressée au ministre de lIntérieur,
le directeur général de la Sûreté nationale
rend compte de la situation et de lévolution du mouvement,
dans les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa. Il signale la grogne
qui règne, le rôle des partis politiques et associations,
et prévient : Dans une autre lettre,
non datée mais portant le n°3131, le même haut fonctionnaire
fait parvenir à son ministre, copie de quatre communiqués,
émanant de syndicats locaux et écrit : - On relève
dautres messages de Chefs de daïra, notamment de Draa El Mizan
et de Tizi Ouzou, Boghni, Ouzellaguen, Larbaâ Nath Iraten, Ouaguenoun
et Beni Yenni. Le dernier fait état dune situation alarmante.
Les membres de la Commission qui se sont déplacés à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont entendu, malgré la réserve exprimée à lencontre de toute commission denquête, des autorités, des élus, des universitaires et de simples citoyens dans chacune de ces deux villes et alentour. Jughurta et Ali, de Béni-Douala, Slimane, étudiant, Nacéra étudiante, Hamid, commerçant, Rachid, Djazira et Hocine, Nourredine. Ils sont de Beni Douala, Aïn El Hammam, Tizi Rached, Mekla, Maâtkas. Ali, de Beni Douala, déclare que le jeune Massinissa avait été «embarqué» par un gendarme et deux civils dans une voiture Laguna, et quil a été torturé. Les personnes qui étaient autour de lui confirment la version. A Tizi Ouzou, le jeune Boughrara, sortie de chez lui pour rejoindre un groupe qui était en face des CNS, à une distance de 200 m environ, sécroule, touché de 2 balles. La 3e est allée se loger dans le mur du bâtiment. A Aïn El Hammam, dit Djazira, 33 ans, un gendarme tire délibérément sur une femme à son balcon. Elle en meurt. Deux jeunes gens
de Tizi Rached, et dans une longue déposition, rapportent ce qui
se passe chez eux. - sous le vocable de «hogra», de nombreuses exactions - de manière plus précise, la gendarmerie serait un corps corrompu avec la base un véritable système fondé sur une répartition des rôles. Cest ainsi que certains gendarmes se seraient spécialisés dans les cartes du service national, dautres seraient les «parrains» du transport du sable, dautres enfin «exploiteraient» les documents afférents aux véhicules automobiles. - le 3e grief a trait aux mauvaises murs et à la débauche puisquà Sidi Rached, localité rurale, existent 2 lieux de débauche, débit de boissons et cabaret, fréquentés par les gendarmes, qui par ailleurs, en garantiraient le maintien. Ceci est très mal accepté par la population. Ils reprochent à un gendarme en particulier un certain Nabil, davoir délibérément commis un véritable meurtre le samedi 28 avril vers 13h. Ce gendarme, connu sous le sobriquet de Van Damme, aurait profité de ces graves évènements pour opérer un règlement de compte en assassinant Ahmane Mourad, 38 ans, marié, 2 enfants. Les relations entre le gendarme et ce citoyen sétaient particulièrement dégradées lorsque ledit gendarme, jeune et célibataire, sétait montré irrespectueux à légard des jeunes filles de la localité. Selon les 2 témoins, ce gendarme qui se trouvait sur la terrasse de lédifice de la Gendarmerie le samedi 28 avril à 13h, a froidement mis en joue Ahmane, qui était debout à proximité de son lieu dhabitation, situé à plus de 100 m de lédifice, et la abattu dune balle de Séminov, tirée dans le crâne. Ce fait serait à lorigine dune escalade de violence puisque les jeunes de Tizi Rached essayèrent à trois reprises de forcer le portail du siège de la Gendarmerie au moyen de 3 véhicules lourds, propriété de la commune. Les griefs qui reviennent
toujours et dans la bouche de tous, seront résumés par Noureddine,
de Maâtkas : Sy ajoutent labsence de sanction à lencontre des responsables, labsence de réaction des autorités politiques, et lordre de tirer, qui est bien venu de quelque part... dans des cas qui ne sont pas tous des cas de «légitime défense». Un haut responsable
de lEtat, exposant les faits qui se sont déroulés
dans la wilaya de Tizi Ouzou, laisse percer son dépit : Cinq universitaires, (deux sociologues, deux linguistes et un économiste) font un large exposé devant les membres de la commission. Ils brossent un large panorama des problèmes de la région, qui vont de la sensibilité culturelle et identitaire au chômage et à la misère qui sévissent dans la région. Les corps de lEtat sont accusés dencourager la délinquance et la corruption. Le corps de la gendarmerie est soupçonné de complicité agissante et impunie avec des réseaux de trafic de sable, de proxénétisme et de circulation de la drogue jusque dans les établissements scolaires. Il semble, daprès ces témoins, que la situation de lutte contre le terrorisme ait donné des pouvoirs exorbitants à certains gendarmes, qui semblent échapper de fait au contrôle de leur hiérarchie et au contrôle social de la population puisquils ne sont généralement pas originaires de la région (contrairement aux autres corps de police dont le recrutement serait plus local). Les témoins se déclarent consternés par lampleur de la répression. Trois membres de la commission se sont rendus le mardi 22 mai 2001, au siège de lONM, où ils ont rencontré le secrétaire général, son adjoint et le secrétaire général de lONEM. Ils brossent un
tableau général de la situation en Kabylie. Ils donnent
des faits précis : Interrogés
sur léventualité dun complot, ils répondent
par laffirmative et ajoutent que «la cause amazigh est trahie».
Ils ne donnent pas plus de précisions. Lun deux résume et ironise : «le pouvoir tue et le pouvoir enquête». Ils attendent un
signe fort des autorités politiques par exemple, et en premier
des sanctions contre ceux qui ont donné lordre de tirer car,
ajoute lun deux «les gendarmes nauraient jamais
tiré sans lordre de leur hierarchie». «Les rapports dautopsie démontrent lintention de tuer. Pour quelle raison utiliser des balles explosives ? Pourquoi tirer dans le dos ? Pourquoi labsence de sanctions ?» «La mort des 8 policiers de Tigzirt» ne serait pas le fait du GIA. «La population pense plutôt quil sagit dune vengence des gendarmes sur ces policiers, tous natifs de la région et qui avaient exprimé leur sympathie à cette même population». Il y aurait eu des échanges de tirs entre les gendarmes et les policiers. Cest ainsi quà Larba Nath Irathen, les manifestants ont saccagé le siège de la brigage sans toucher le commissariat de police mitoyen. Un avocat ajoute
: Un autre avocat
précise : «Le colonel de la gendarmerie, le commandant du secteur militaire sont toujours en place. «Une victime transportée par Maître Fellahi, a été arrachée de ses mains par les gendarmes de la brigade de Mekla qui lont achevée». A Azazga, ajoute un autre, «un gendarme a tué quatre personnes par ailleurs, les criminels sont identifiés, les présidents des comités de village ont la liste de tous les auteurs de ces crimes, qui sont malheureusement toujours en liberté. «Le résultat des travaux de la commission doit être publié dans la presse». Le groupe dit de Béjaïa, sous la responsabilité du bâtonnier Abdelwahab Benabid, se rendit dans cette ville le 21 mai 2001. Mais dès le 7 mai des contacts ont été entrepris avec les localités de Amizour, Sidi Aïch, Seddouk, Akbou, Ighzar Amokrane et Souk El Thenine pour recueillir des témoignages. Le 21 mai 2001, le groupe rencontra M. le wali de Béjaïa. Celui-ci fit un tableau général de la situation. Il établit le bilan au 21 mai 2001 : 13 tués par balles et 82 blessés par balles. Le nombre total de blessés serait à cette date de 511 dont 87 gendarmes. Il signale la perte dun il de la petite fille dun gendarme, ainsi que lincendie des sièges des partis FFS et RCD à Amizour. Il attribue «ces évènements» aux éléments «trotskistes, du PST et notamment ceux activant au sein de léducation». Quant à lincident dAmizour, le wali reprend la version diffusée par les gendarmes. Il considère celui-ci comme pure coïncidence avec celui de Béni Douala, que les opérations de contrôle et de saisie des marchandises auprès des commerçants, qui avaient menacé de faire grève, entraient dans le cadre des attributions classiques du Darak. Mais le wali précise que les marchandises saisies ont été restituées, quil nétait pas au courant de cette initiative et quaucun ordre na été donné par lui. Quune réunion avait été organisée avec les services concernés et quil avait donné ordre « de ne plus entreprendre de telles démarches sans son accord préalable». Le wali donne les
causes, économiques et sociales, qui ont influé sur les
évènements. Il «na pas exclu une main cachée
des gros commerçants concernés par limport»
ni une implication «de mains étrangères derrière
tout cela». Les membres de la
commission continuèrent leurs investigations. Les responsables
de la santé leur parlèrent des morts et des blessés. A Tichy, Aokas,
où le groupe est arrivé au milieu des échauffourées,
les membres de la commission entendirent ce quils avaient déjà
entendu ailleurs : provocations, tirs à balles réelles,
pillages et casse. Un président dAPC précise que «les
dépassements sont programmés», et que les manifestations
sont dues «aux provocations de darkis».
Les constats et
les témoignages rapportés par la presse algérienne
sont trop nombreux, trop précis et trop pleins de certitudes pour
ne pas être relevés. Le quotiden Le Matin du 23 mai 2001 rapporte (p.3) les témoignages déposés devant la délégation du Parlement européen, et plus précisément devant Mme Hélène Flautre, députée européenne, et son assistant Claude Taleb. Le mari de Nadia
Aït Abba, enseignante tuée à Aïn El Hammam, le
28 avril, déclare, tel que rapporté par le journal : les
gendarmes ont violé les franchises scolaires. Ils ont saccagé
de nuit lécole où enseignait la défunte avant
décrire sur sa blouse : «Vive la gendarmerie nationale
et à bas Tamazight». Le père de Belhouane Azzedine, 25 ans, tué lors des émeutes qui ont éclaté à Larbaâ Nath Irahen, dira : «Le visage de mon fils a complètement sauté, preuve quil a été tué par des balles explosives. Il était méconnaissable». Les incendiaires
continuent . La presse du jeudi 24 mai 2001 rapport à la une : Le même jour, les télévisions étrangères (TF1 et France 2) montrent la manifestation de 10.000 femmes à Tizi Ouzou. Le quotidien Le Matin du 24 mai 2001 rapporte : «Hier vers 19h 30 des gendarmes ont fait usage de leurs kalachnikovs, en tirant sur les murs des maisons et des locaux commerciaux à Souk El Tenine. Ils ont même, selon des témoins oculaires, procédé à la destruction de pharmacies, de kiosques et de cabines téléphoniques au moyen de bulldozers et autres engins de travaux publics». Le même journal rapporte quà El Kseur «les CRS ont violé plusieurs domiciles et quelquefois défoncé des portes». Le journal ajoute que «en réaction à la répression de plus en plus incontrôlée exercée par les forces de sécurité dans plusieurs localités de Béjaïa, les manifestants ont multiplié les destructions ces dernières vingt-quatre heures. Dans la seule ville de Kherrata, qui relève de la wilaya de Sétif, une station dessence Naftal a été incendiée ainsi que la recette des Impôts». Le même journal rapporte (P.3) quà Tigzirt on continue à tirer à balles réelles. La Nouvelle République,
du même jour jeudi 24 mai 2001, rapporte (p.3) quà
Maâtkas, un jeune manifestant «a été tabassé
et déshabillé avant dêtre jeté dehors.
Cette même gendarmerie a, par ailleurs, proféré des
obscénités et porté atteinte à lhonneur
des habitants». Le même journal annonce (p. 23) un nouveau commandant de groupement à Tizi Ouzou. Plus dun mois après le début des troubles qui ont éclaté dans la région ! Liberté du même jour, jeudi 24 mai 2001, signale lattaque par des gendarmes dun bar à Tizi Ouzou et les mauvais traitement infligés aux consommateurs que lon a fait sortir. Le même journal ajoute à la même page (3) lattaque de la brigade de Tizi Ouzou à 22h 30 par une dizaine de jeunes gens qui, à laide de cocktails Molotov, ont incendié la brigade. Les gendarmes sortis, «ont décidé de sen prendre aux premiers passants». Et le journaliste déclare avoir vu de son bureau en direct «le passage à tabac de trois individus», lun portant un cartable, les deux autres «dun âge très avancé». Les CRS (sic) ne seraient arrivés quà 23h 15, mais à 00h55, les émeutiers «pas disposés à rentrer chez eux», auraient allumé un grand feu au niveau de la rue «menant vers lhôpital Nedir». Le journaliste ne donne pas la suite. - La presse du 19 juin 2001 fait état de troubles qui perdurent depuis maintenant deux mois et ne semblent pas devoir sarrêter. Un quotidien du 19 juin 2001 donne même le titre suivant à lun de ses articles, à propos de Tizi Rached : «Des gendarmes pillent la ville». Larticle commence ainsi : «Après lexpédition punitive organisée récemment à Tizi Rached, les gendarmes viennent de franchir une étape dangereuse pour la survie-même de lEtat en tant quEtat et Nation, en saccageant, pillant et brûlant pratiquement tout le chef-lieu de la commune de Tizi Rached» Un quotidien du
même jour affiche le titre suivant : «la tension demeure vive
en Kabylie et sétend à lEst». Lémeute semble être lunique langage entre la société et le pouvoir. Sous la plume de son reporter, Yahia Harkat, le quotidien Le Matin du mardi 26 juin revient sur les fusillades qui ont eu lieu à Draa El Mizan le jeudi davant (21 juin). Le journaliste se rend à lhôpital Krim Belkacem de la localité et interroge les blessés. Hakim raconte : «Jétais à 300 m de la brigade lorsque à partir de la bâtisse de la gendarmerie, un gendarme ma tiré deux balles dans le dos». (tir à balles et à grande distance). A 10h 30 les premières rafales font les premières victimes : Didouche Ferhat (14 ans) décède au cours de son transfert vers un hôpital dAlger, alors que Khalfouni Kamel (28 ans) rendra lâme juste après son admission à lhôpital. Ali (27 ans) a été touché par six balles dans les parties génitales. Il reconnaît avoir pris part à la «manif» de mardi où cinq jeunes gens ont été blessés par balles, mais ce jeudi, cest au moment où il est sorti de la maison quil a été touché par les tirs dun gendarme (tir à balles et à grande distance et sans motif de légitime défense). Belabiod Hakim (29 ans) «était ce jeudi noir loin du siège de la brigade... mais il na pas échappé puisque Hakim a été touché par une balle dans le dos... : «jeudi, jétais à 500 m de la brigade, à côté de la Casoral. Un jeune de Draâ El Mizan est blessé à lil par une bombe lacrymogène. Jaccours pour le secourir, mais un gendarme qui a suivi mes mouvements, a tiré 4 balles dans ma direction dont une matteindra dans le dos. Son copain, Saïd Benzahi (21 ans), a été lui, touché à la cuisse : «cest vers 14h quun gendarme ma visé avec un séminov. Même les secouristes «nont pas été épargnés». M. Amrani Noureddine,
nest pas un émeutier. Père de famille, il travaille
comme gardien à lhôpital Krim Belkacem. Il témoigne
: Si Yahia Dahmane,
commerçant, a eu les doigts tailladés lors des affrontements
de jeudi. Pour lui «les gendarmes ont fait dans la provocation». Améziane Mourad, 19 ans, a été touché par balles loin de la brigade à côté de lhôpital. Pour lui, cest la preuve que les gendarmes ont fait dans la provocation. Son collègue, Menas, 27 ans, tient, lui aussi, à témoigner : la balle qui la atteint lui a transpercé le bassin. Cétait jeudi à 12h 30. Comme les autres blessés, il a été touché loin du siège de la brigade : «Jétais un peu isolé de la foule quand jai vu un gendarme en position de tir dans ma direction. Jai essayé desquiver mais la balle ma atteint au bassin». Aziz, 20 ans, a été lun des premiers à être blessé, jeudi dernier à 10h. «Le gendarme ma pourchassé dune rafale de balles dont une ma fracassé le péroné. Je suis donc tombé à terre, le gendarme a poursuivi sa course folle vers moi, sans doute pour machever. Cest grâce à des manifestants qui mont évacué à lhôpital que jai eu la vie sauve». Son état reste néanmoins critique. Le journaliste signale que des manifestants avaient remis un chargeur de balles aux autorités locales, récupéré à Tizemrin, après quun gendarme eut tiré sur un mulet. Conclusion - La réaction violente des populations a été provoquée par laction non moins violente des gendarmes, laquelle, pendant plus de deux mois, a nourri et entretenu lévénement : tirs à balles réelles, saccages, pillages, provocations de toutes sortes, propos obsènes et passage à tabac. La commission na pas relevé de démenti. - Au commencement ce ne sont pas les foules qui ont été lagresseur. Elles ne sont pas à lorigine des deux événements déclenchants (Guermah et Amizour). Si quelquun a forcément donné lordre de tirer à balles réelles, en revanche personne na donné lordre de cesser le feu. - Les gendarmes
sont intervenus sans réquisition des autorités civiles comme
la loi le stipule. - Où que le commandement de la gendarmerie a perdu le contrôle de ses troupes. - Où que la gendarmerie a été parasitée par des forces externes à son propre corps, avec forcément des complicités internes, qui donnent des ordres contraires, et assez puissantes pour mettre en mouvement la gendarmerie avec une telle rudesse pendant plus de deux mois et sur une étendue aussi vaste. - La Gendarmerie nationale a été isolée et impliquée seule. Son appel (du mois celui dun groupement régional) à impliquer les autres services de sécurité, et ses mises en garde, nont pas reçu décho. - La violence enregistrée contre les civils est celle dune guerre, avec usage de munitions de guerre. - La légitime défense, notion juridique, est corrigée par lopportunité politique. Au demeurant cest une autorité tierce, en droit pénal, les tribunaux, qui apprécie létat de légitime défense, et non lune des parties. - Comparativement
la manifestation sans précédent, du 14 juin 2001 à
Alger, a pu être contenue sans usage darmes à feu,
et 20 ans auparavant, en Kabylie, la répression na pas engendré
de morts. - Aucune force du paysage politique algérien nest capable de soulever une région, sur une telle étendue et en si peu de temps, ni étendre les troubles à plusieurs localités de lEst du pays et y mettre fin en quelques jours. - La mort de Guermah et lincident dAmizour ne sont que les causes immédiates des troubles constatés. Les causes profondes résident ailleurs : sociales, économiques, politiques, identitaires et abus de toute sorte. Les responsabilités sont situées en amont. - Les autorités et les institutions ont été averties dans des délais raisonables et le directeur général de la Sûreté nationale a même laissé prévoir une insurrection. Cela na reçu aucun écho et donne la désagréable impression que personne ne sétait senti concerné. - La Commission nationale denquête sest heurtée à des réticences et des refus déguisés dans ses demandes de renseignements, documents, balles extraites et radiographies. Des «sachants» se sont manifestés, par téléphone ou par intermédiaire, mais déclarent ne pouvoir témoigner dans la conjoncture actuelle. - On ne peut justifier le laxisme et les négligences, comme on ne peut expliquer les dépassements, par linsuffisance de la formation et ainsi justifier limpunité des responsables, qui restent à identifier. - Les meneurs, les «récupérateurs» et les télévisions étrangères sont intervenus en aval. Ils nont pas déclenché les événements, qui ont commencé à Béni Douala pour sétendre à 16 localités, puis Amizour pour gagner finalement 11 autres localités. - Si une «main» quelconque peut, aussi rapidement et aussi facilement, soulever une région du pays, loin des côtes, des ports et des aéroports, cela signifierait que lAlgérie est dangereusement vulnérable et que la République nest pas capable de prévoir, déceler et contenir. - Ce sont là les conclusions provisoires de la Commission Nationale dEnquête. Elle continuera les investigations lorsque les langues seront déliées, la peur disparue et les éventuels témoins sécurisés. Alger le 7 juillet 2001 Liste des membres de la Commissionnationale d'enquête Issaâd Mohand (professeur de droit, avocat, président de l'ex-CNRJ),Ablaoui Mohamed Arezki (avocat, bâtonnier d'Alger, membre de l'ex-CNRJ),Allouache Driss (avocat, juriste-enseignant, membre de l'ex-CNRJ), AmmedMostapha (ancien parlementaire), Bahloul Mohamed (économiste), BakelliAbdelouahab (ancien ministre, ancien parlementaire), Belabid Ali(architecte), Benabid Abdelouahab (avocat, bâtonnier de Sétif, membre del'ex-CNRJ), Benchaâbane Redouane (avocat, bâtonnier de Blida, membre de l'ex-CNRJ), Benhizia Mounir (juriste-enseignant, membre de l'ex-CNRJ), Benmesbah Djaffar (journaliste), Bennadji Cherif (professeur en droit), Boudiaf Ahmed Réda (avocat, bâtonnier national, membre de l'ex-CNRJ), Chenaïf Fatima Zohra (magistrat, membre de l'ex-CNRJ), Cherif Amor (avocat, ancien bâtonnier adjoint), Djeghloul Abdelkader (sociologue), Djilali Ghalib (professeur de médecine), Foudil-Bendjazia Chafika (avocat, membre de l'ex-CNRJ), Ghouadni Mahi (avocat, bâtonnier d'Oran, membre de l'ex-CNRJ), Ghouma Brahim (ancien parlementaire), Lakhdari Saïd (juriste), Louaïl Mohamed Lamine (magistrat, membre de l'ex-CNRJ), Meziane Ali (avocat), Remaoun Hassen (sociologue), Yanat Abdelmadjid (juriste-enseignant), Zekri Abdelaziz (industriel, ancien membre du CNT). Retour (Emeutes en Algérie) zurück - retour - rapports - Berichte
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www.algeria-watch.org
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