Le soulèvement kabyle, une chance pour l'Algérie

Par Rachid Nekkaz*

Près de 100 morts déjà. La Kabylie est en sang.

Pourquoi ces 100 morts revêtent-ils une importance et une signification plus grande que ces quelques 250 000 morts que la guerre civile algérienne a causé depuis 10 ans, après l'arrêt brutal par le pouvoir du processus électoral qui allait voir la victoire du FIS et un changement profond dans le paysage politique et sociale en Algérie ?

Oui, en effet, tous les jours, il y a entre 20 et 100 personnes, femmes, enfants, vieillards, soldats qui sont tués au hasard d'un vrai ou faux barrage ou d'une opération meurtrière dans tel ou tel village de l'algérois ou de l'est algérien. Et force est de constater que la Kabylie a très peu été touchée par ce terrorisme aveugle que d'aucuns attribuent à des éléments islamistes qui veulent faire payer a la population le prix de leur soutien passif au pouvoir jugé renégat et que d'autres attribuent au pouvoir, aux fameux éradicateurs de l'armée, qui ainsi veut discréditer au yeux de la population ces " terribles " islamistes qui veulent apporter le " bonheur " aux 30 millions d'Algériens. Qui y a t-il donc de si nouveau, de si encourageant dans ce qui se passe en Kabylie aujourd'hui ? Avant tout, pour la première fois depuis 1991, la révolte de la jeunesse kabyle identifie clairement qui sont les victimes (la population qui aspire a la liberté et a la dignité) et qui sont les coupables (les forces armées qui n'hésitent pas a repousser avec des balles réelles les jeunes manifestants pourvues de pierres seulement, a l'image des forces d'occupation israéliennes en CisJordanie.

D'ailleurs, le parallèle entre la situation en Kabylie et en Cisjordanie que certains n'hésitent pas à faire est dangereux car il supposerait que la Kabylie, berceau de l'Algérie historique voudrait faire sécession au pouvoir d'Alger.
Cette lecture du drame kabyle ne pourrait que discréditer leur combat au yeux de la population algérienne dans son ensemble qui n'aspire qu'a une chose, la sécurité, la liberté, le travail et la dignité.
Cette même population algérienne vit une situation terrible depuis 10 ans, partagée entre un pouvoir laïc, pseudo démocratique mais qui ne résout aucun des vrais problèmes de l'Algérie ( insécurité, chômage, logement, liberté) et l'alternative islamiste qui a fait peur aux Algériens et notamment aux femmes algériennes qui associent l'islam politique a la négation de leur droits et de leur liberté.

Force est de constater que 10 ans après la fin du processus électoral, rien n'a été réglé, le pouvoir n'a pas éradique la violence malgré l'option militaire qui a cause des milliers de victimes et les islamistes retranches dans le maquis, prives de leur dirigeants politiques en prison (Abbas Madani et Ali Belhadj), qui se retrouvent a commettre les pires crimes qui desservent leur cause, au début on ne peut plus légitime de lutte contre la corruption du pouvoir et le retour des libertés au citoyen algérien.

Avec le début de cette guerre civile en 1992, certains commentateurs en Algérie et à l'étranger craignaient que la Kabylie, profondément musulmane (Tarik in Zyad, le conquérant musulman de l'Espagne en 711, n'était-il pas Berbère ?) mais attachée aussi à la préservation de la culture berbère, profitent de la situation pour faire sécession et revendiquer un statut d'autonomie. Il n'en a rien été car la Kabylie, au même titre que les autres régions d'Algérie a aussi souffert de ce terrorisme aveugle dont l'exemple le plus médiatique a été l'assassinat du chanteur Matoub Lounes le 25 septembre 1998.

Et à ce titre, la Kabylie est solidaire dans la douleur du drame que vive l'ensemble des Algériens et de cette jeunesse (moins de 30 ans) abandonnée qui représente 70 % de la population.
Aujourd'hui, la Kabylie se réveille, et cela est une excellente chose pour l'ensemble des Algériens car, et l'histoire en témoigne, les Kabyles ont toujours affiché leur désir de liberté et d'autonomie à l'égard de tout pouvoir central quel qu'il soit (aujourd'hui, celui d'Alger, hier celui de la France et avant hier celui d'Istanbul). Les Kabyles apportent un souffle nouveau à la société civile algérienne qui depuis 10 ans n'arrive pas à sortir de cette contradiction effroyable dans laquelle le pouvoir la mise, c'est a dire choisir entre être tué par les bons (armée) et être tué par les mauvais ( Islamistes). Les kabyles, ne faisant dépendre leur destin ni des uns ni des autres ont cette liberté de se penser comme citoyens algériens libre, et du pouvoir, et des islamistes, dont ils n'attendent absolument rien.

Aujourd'hui, le soulèvement kabyle est une chance pour l'Algérie car il montre que la société civile algérienne a des ressources en elle suffisamment fortes pour sortir de ce cycle de la violence qui lui a fait perdre confiance en elle et en son avenir pendant 10 longues années de sang et de larmes.

Il est a parier que ce soulèvement de la jeunesse kabyle, à condition qu'il ne se revendique pas comme exclusivement régionaliste berbère, mais manifestation de la dignité de tous les Algériens dans leur ensemble va faire tache d'huile dans toutes les autres régions d'Algérie (Algérois,Constantinois, Oranais, Sahara) qui ensemble reprendront la parole pour demander un changement radical de la situation politique avec un gouvernement de transition qui prépare le retour aux urnes avec comme seul décisionnaire la société civile, muette depuis 10 Ans, mais qui ne demande qu'une chose, décider elle-même de son propre destin.

Et cette transition est appelée des veux les plus chers de tous les Algériens en Algérie et dans le monde entier.

* : Rachid Nekkaz, 29 ans, co-auteur avec Léonard Anthony de " Millenarium, quel avenir pour l'humanite ", entretiens avec les sept Chefs d'Etat du G7, Editions Robert Laffont, février 2000 et Président de l'association Millenarium (association dont le but est la paix dans le monde : www.millenarium.org ). Tel: 06 82 68 32 02

 

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