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Il est rassurant que la France se penche sur ses actes durant la guerre d'Algérie. Mais elle passe sous silence l'origine du mal. Les colonies, terres de torture Par LAHOUARI ADDI Libération, Le jeudi 7 decembre 2000 Un débat s'est engagé
sur la torture durant la guerre d'Algérie, dans lequel l'absence des
Algériens a été remarquée. Il faut dire que ces
derniers n'ont pas été étonnés par les déclarations
révélant les cas de torture: ils savaient qu'elle était
pratiquée à grande échelle, la connaissant par l'expérience
de parents et de voisins qui l'ont subie. Ce débat franco-français
est à l'honneur de la France assumant son passé et reconnaissant
qu'il n'a pas toujours été à la hauteur de l'image qu'elle
cherche à donner dans le discours universel des droits de l'homme proclamés
en 1789. Mais le plus étonnant, c'est qu'en France le débat n'en
finit pas, alors qu'en Algérie les autorités officielles gardent
un mutisme déconcertant. Car, ici, cela s'est passé il y a plus
de quarante ans. Là-bas, on y est encore. Les courants nationalistes modérés n'ayant obtenu aucune réforme, le courant radical s'enracina dans la population, ce qui lui permit de lancer l'insurrection en 1954. Le FLN a été la réponse à la rigidité du système colonial qui ne réagissait et ne comprenait que le langage de la violence. Soutenu par la majorité de la population, le FLN était arrivé à écarter les courants rivaux, notamment le MNA, en recourant souvent à une violence qui était en effet disproportionnée. L'idée que le FLN s'était imposé par la violence à la majorité des Algériens, avancée pour justifier la torture de l'armée française, est contestable parce qu'on ne comprendrait pas d'où lui viendrait sa force s'il luttait tout à la fois contre les Européens et contre une majorité d'Algériens. La torture a été la réponse au terrorisme du FLN, qui a été la conséquence de la domination coloniale. Les actions du FLN étaient assurément illégales, mais étaient-elles pour autant illégitimes? Le FLN aurait-il existé si les revendications des colonisés étaient portées par des institutions et des cadres légaux républicains? Les victimes du FLN ne sont-elles pas, au fond, des victimes du système colonial qui a laissé exploser la révolte populaire dont le FLN a été l'expression? Répondre à ces questions permettrait de ne pas isoler la torture de son contexte et permet aussi d'éviter de chercher des boucs émissaires - du côté français ou algérien - à sacrifier, pour laver l'injustice coloniale relevant d'une responsabilité collective dans laquelle les socialistes de la SFIO n'ont pas la part la plus minime. Il ne suffit donc pas de blâmer des individus, encore faut-il démonter le mécanisme qui a mené à la torture. La colonisation française s'est effondrée, et pourtant la torture continue de faire des ravages aujourd'hui en Algérie, sous prétexte de la lutte anti-islamiste. C'est ce qui explique le silence assourdissant des autorités d'Alger. A l'évidence, les généraux sont gênés par cette campagne sur la torture, pour deux raisons. La première est que, aujourd'hui, la pratique de la torture est institutionnalisée et générale comme le rapportent les ONG de droits de l'homme: des milliers de disparus, des exécutions extrajudiciaires, des assassinats de prisonniers, des parodies de procès, etc. La seconde raison est que certains généraux, selon des informations circulant à Paris et à Alger (Libération du 29 novembre 2000 et le Quotidien d'Oran du 2 décembre 2000), auraient participé, en tant qu'officiers de l'armée française, à la répression contre le FLN durant la bataille d'Alger, au cours de laquelle des milliers d'Algériens ont péri et, parmi eux, Larbi Ben Mhidi, le Jean Moulin algérien. Il y a alors comme une continuité entre le passé et le présent, qu'il est difficile d'assumer publiquement. Un lieutenant, déserteur de l'armée algérienne réfugié en France, raconte qu'un matin, alors qu'il était de garde à la caserne, il a eu affaire à une vieille femme qui recherchait son fils arrêté par les services de sécurité. Il lui a demandé pourquoi elle était venue à cette caserne: elle lui a répondu qu'elle pensait que son fils y était détenu parce que, du temps des Français, c'est là qu'on torturait. N'est-ce pas terrible que le temps n'évolue jamais pour certaines catégories de la population, condamnées indéfiniment à porter la part maudite de l'humanité?.
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www.algeria-watch.org
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